Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Coopération décentralisée - Sédhiou passe en revue ses relations avec les ULIS

Moustapha Barry

3 Novembre 2009


Pour faire reculer la pauvreté du 26 au 31 octobre dernier, les communes de Sédhiou et des Ulis ont passé en revue leur coopération décentralisée. Pendant cette rencontre, elles en ont diagnostiqué les points forts et points faibles. A la lumière de tout cela, ils vont signer au printemps prochain un protocole d'accord pluriannuel.

Ce sont dix ans de coopération décentralisée que Sédhiou et les Ulis, une ville de l'Essonne (banlieue parisienne), ont passé au peigne fin pendant une semaine pour engager de nouveaux chantiers. De la micro-finance à la solidarité, en passant par la gestion des ordures et la latrinisation, aucun aspect des relations entre les deux villes n'a été laissé en rade. Ainsi 314 latrines ont été construites pour les populations de Sédhiou en raison de 175 000 francs Cfa l'unité, soit 54 millions 950 mille francs Cfa investis pendant 10 ans, dont 10 % apportés par les populations de Sédhiou. Des écoles en ont été équipées ainsi que le marché de Sédhiou. Mais il reste encore des concessions et des lieux qui en sont dépourvus.

'Mais les besoins se font encore sentir et le maire adjoint de Sédhiou (Seydou Touré, Ndlr) nous disait qu'à peu près 74 % des besoins sont couverts en latrines', explique Mme Monique Troalen, maire adjointe des Ulis chargée des relations internationales, en marge d'un séminaire sur la gestion des ordures de Sédhiou. Elle ajoutait que ce programme de latrines répondait à une étude de jeunes sédhiois qui luttaient, en 1998, contre une épidémie de choléra dans l'ancienne capitale de la Casamance. 'Depuis la mise en place de ce programme de latrinisation, nous constatons qu'il y a une plus grande prise de conscience de la population et il y a beaucoup moins de mortalité', se réjouit Mme Monique Troalen, comme pour dire que l'intervention de sa commune semble avoir servi à quelque chose.

En matière de santé, ce qui a été fait, n'est pas non plus négligeable. La commune des Ulis a équipé le centre de Santé de Santassou (un quartier de Sédhiou) et le poste de santé de Kolibantan. Faits nouveaux, les équipements de ces établissements de santé ont été achetés soit à Sédhiou, soit à Dakar. La raison ? 'Nous pensons qu'il faut faire travailler les gens localement pour créer des emplois. On évite d'amener quoi que ce soit d'ici (France) pour faire travailler les gens sur place', explique l'adjointe au maire des Ulis. Elle informe que sa commune a participé au financement des mutuelles de santé scolaire puisque la cotisation des parents d'élèves ne couvrait que deux trimestres.'On continue de financer un trimestre de mutuelle de santé scolaire parce que c'est primordial', soutient la chargée des relations internationales de la commune française.

Ensuite viennent les ordures qui constituent un casse-tête pour toutes les grandes villes sénégalaises. C'est ainsi que la municipalité des Ulis, à travers le syndicat intercommunal des ordures ménagères qui regroupe plus de 25 communes de l'Essonne, a mis à la disposition de Sédhiou 16 ânes pour effectuer le ramassage. Pour elle, il s'agit de traquer les ordures dans les zones les plus inaccessibles de Sédhiou. Et seuls les ânes pouvaient jouer ce rôle. Mais à cause des conditions de vie très difficiles de ces bêtes dans une zone où la mouche tsé-tsé ne laisse aucune chance à ces animaux, presque tous sont morts. Il ne reste que deux ânes sur seize achetés par les Ulis. A cela s'ajoute la réprobation de la population qui considère comme un recul l'utilisation des ânes alors qu'il y a quelques décennies, c'est un tracteur qui ramassait les ordures de Sédhiou. Sans compter la charge négative que traînent ces animaux.

Alors, que faire ? Faut-il abandonner les ânes et les remplacer par des engins motorisés ? C'est sur ces questions que les deux communes ont planché durant la semaine d'évaluation de leur coopération. Mais déjà Mme Monique Troalen donne une piste de réflexion : 'Ce matin (jeudi 29 octobre, Ndlr), nous avons appris quelque chose que nous ne soupçonnions pas. Les populations de Sédhiou ont le sentiment qu'avec le ramassage des ordures par les ânes, c'est un recul. On ne savait pas que Sédhiou avait eu des tracteurs pour le ramassage des ordures il y a quelques années. La question aujourd'hui, c'est de savoir s'il faut continuer avec les ânes ou avoir de gros camions, des bennes. Ensuite savoir qui gère, qui finance, qui répare, qui paie l'essence. Parce qu'on peut toujours trouver de l'argent, ce qui est important, c'est le fonctionnement. La réponse viendra de Sédhiou', répond-elle.

Un tracteur va remplacer les ânes dans le ramassage des ordures

Les villes de Sédhiou et des Ulis (dans la banlieue parisienne) ont convenu de remplacer pour le ramassage des ordures les ânes par un tracteur qui est déjà acquis. Il ne reste qu'à le confier à un groupement d'intérêt économique. Il a coûté 15 000 euros, soit 9 millions 839 mille 355 francs Cfa. La moitié du financement a été apportée par le syndicat intercommunal des ordures ménagères de l'Essone et l'autre moitié par la commune des Ulis dont 10 % devait être l'effort des populations de Sédhiou, comme dans tout projet de coopération décentralisée. 'Dici la fin de l'année, nous allons acquérir un tracteur. Nous allons aussi tenir en compte l'étude diagnostique faite par un expert des Ulis. Ce sont des propositions assez pertinentes pour la gestion des ordures'. Cette étude de l'ingénieur des Ulis avait encore préconisé l'utilisation des ânes, mais cela va être abandonné à cause de la réprobation de la délégation sédhioise.

L'autre volet important de cette coopération décentralisée entre les deux villes, c'est l'éducation et la formation. C'est ainsi que des fournitures sont achetées pour les élèves. 'Toutes les écoles ont été dotées deux ou trois fois de fournitures pour les primaires. Pour les lycées, il y a des contacts très poussés entre les proviseurs des deux lycées, notamment les classes de première et de terminale : échanges de courriers, travail par internet.

L'année dernière, ils ont travaillé sur l'eau par Internet. Le lycée des Ulis a offert des webcam au lycée Ibou Diallo', précise Mme Troalen. Pour montrer que l'éducation est au coeur de cette coopération, le proviseur du lycée Ibou Diallo et deux de ses élèves les plus méritants ont fait le voyage avec la délégation communale.

Mais Sédhiou compte aussi sur ses propres programmes pour sortir la ville de la pauvreté ambiante. 'Dans deux semaines, nous allons organiser un séminaire de formation en matière de teinture et de transformation des produits. Nous sommes en train d'installer un projet pour le développement de la culture du palmier. ( ). Nous avons commencé à nous attaquer à l'éclairage public. Nous allons mettre des ampoules pour éclairer. Nous allons reprendre le marché central pour en faire un modèle ( ). Nous allons aussi nous attaquer à la voirie, au curage des canaux. Nous allons accroître les recettes de la municipalité en changeant tous les percepteurs. ( ). Nous voulons aider les populations à faire reculer la pauvreté', promet l'adjoint au maire de Sédhiou.

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