Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Ziguinchor - Dix ans de travaux forcés pour le meurtrier d'un enfant de 7 ans

Mamadou Papo Mane

3 Novembre 2009


La main des juges a été lourde hier, à l'ouverture de la première session de la Cour d'assises à Ziguinchor. Ainsi la première affaire jugée a été sanctionnée par une condamnation à dix ans de travaux forcés. Le forçat n'est autre que le meurtrier d'un enfant de 7 ans qui est, de surcroît, son neveu, en plus d'être son homonyme.

Première audience et première lourde peine à la Cour d'assises de Ziguinchor. Pour avoir été reconnu coupable de meurtre, Abdou Hannan Aïdara devrait purger dix années de travaux forcés. Une peine qui sanctionne l'acte de cet homme qui ne supportait pas le statut d'enfant naturel de son neveu. Et pourtant, le petit garçon portait le prénom de son bourreau. Mais, malgré tout, Abdou Hannan Aïdara ne supportait pas que son neveu, le fils de sa soeur soit né hors mariage. Pendant des années, il traînait cette haine vis-à-vis d'un innocent qui était loin de s'imaginer que c'est son propre homonyme qui signerait sa mort.

C'est le 16 juillet 2005 que les gendarmes de Sédhiou ont été informés de la mort suspecte d'un petit garçon au village de Hamdany, situé dans l'arrondissement de Djendé, dans le département de Sédhiou. Selon les villageois, la mort d'Abdou Hannan Bâ, âgé alors de 7 ans, a été provoquée par des blessures au crâne. L'auteur de ces blessures mortelles n'était personne d'autre que l'oncle de la victime. Abdou Hannan Aïdara sera interpellé. Devant les pandores, il a révélé l'impossibilité pour lui de supporter qu'un enfant né hors mariage soit son homonyme. C'est donc pour effacer ce 'déshonneur' lié au statut du garçon qu'il a décidé de lui asséner des coups de gourdin qui provoqueront la mort d'Abdou Hannan Bâ.

Seulement, devant le magistrat instructeur, il tentera de trouver d'autres raisons à son acte. Il évoquera alors l'inconscience et le poids de la drogue. Aussi, se réfugiera-t-il derrière des troubles mentaux pour justifier son acte. Devant la barre, tous ces arguments ont été balayés d'un revers de main par l'avocat général qui a conclu à la préméditation. Pour lui, tout dans cette affaire concourt à confirmer l'intention de donner la mort. Ce qui justifie sa demande d'appliquer douze ans de travaux forcés à Abdou Hannan Aïdara.

Cette peine était alors très loin de l'attente de la défense. Si cette dernière a reconnu la gravité de l'acte de son client, elle a cependant dégagé en touche la préméditation. Pour elle, il ne s'agit ni d'un meurtre, encore moins d'un assassinat. Me Badji et ses collègues ont d'ailleurs demandé la disqualification des faits en coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans avoir l'intention de la donner. Pour la défense, l'expertise médicale pourrait prouver l'état mental déficient d'Abdou Hannan Aïdara. Par conséquent, elle a émis le souhait de voir appliquée à son client la clémence. Cette interpellation n'a pas beaucoup pesé devant la gravité de l'acte de l'accusé. C'est en tout cas ce qui ressort du verdict rendu par la cour qui, après avoir qualifié les faits de meurtre, a condamné Abdou Hannan Aïdara à dix ans de travaux forcés.

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