Cameroon Tribune (Yaoundé)

Soudan: L'unité en question

Rousseau-Joël Foute

3 Novembre 2009


Le Sud et le Nord du Soudan peuvent-ils s'unir durablement ?

La question mérite aujourd'hui d'être posée, tant l'unité affichée depuis l'accord de paix ayant mis fin à la guerre Nord-Sud en 2005 paraît fragile. La dernière sortie du président du Sud-Soudan semi-autonome et premier vice-président du gouvernement d'union nationale, Salva Kiir, est là pour le montrer. Ce dernier, a en effet, livré samedi un plaidoyer en faveur de la sécession et de l'indépendance du Sud-Soudan lors du référendum à venir, affirmant que l'unité allait faire des Sudistes des citoyens de « second rang ».

Comme il fallait s’y attendre, ces propos ont provoqué dans le camp d’en face une véritable levée de boucliers. Le lendemain, le Parti du Congrès national (NCP) du président Omar el-Béchir, dans un communiqué, a dit "regretter" l'appel du chef sudiste Salva Kiir en faveur de l'indépendance du Sud-Soudan, estimant que ces propos étaient "contraires" à l'accord de paix selon lequel « la priorité doit être donnée à l'unité du Soudan ». Le texte soutient également l’idée que « les Sudistes ne sont et ne seront jamais des citoyens de second rang au Soudan ».

A l’analyse, les déclarations de Salva Kiir sont mal venues et ne rassurent guère à quelques mois des élections générales prévues l’an prochain, les premières élections multipartites depuis 1986. Surtout quand on sait que la paix n’a pas toujours été la chose la mieux partagée dans le pays le plus vaste du continent africain, avec ses 2,5 millions de kilomètres carrés et une histoire contemporaine marquée par la guerre civile dans le Sud dès l’indépendance en 1956, puis, des coups d’Etat militaires retentissants.

C’est d’ailleurs en 2005 seulement qu’un accord de paix a mis fin à plus de deux décennies de guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan, une confrontation à l'origine de deux millions de morts. Certes, l’accord a permis la formation d'un gouvernement d'union nationale entre le NCP d'Omar el-Béchir et le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, ex-rebelles sudistes) de Salva Kiir. Tout comme il a prévu la tenue d'élections multipartites -reportées à avril 2010- et un référendum en janvier 2011 sur l'indépendance du Sud-Soudan. Mais, la polémique née des propos du premier vice-président du gouvernement d’union alourdit le climat, les deux partis s’étant engagées à rendre l'unité du Soudan "attractive" jusqu'à la campagne référendaire.

Cette situation ne surprend pas les observateurs avertis de la scène politique soudanaise. Certains estiment, à tort ou à raison, que Salva Kiir est « coutumier du fait ». Contrairement à John Garang, fondateur du Mouvement de libération du peuple soudanais, l'ex-rébellion du Sud, l'actuel président du Sud-Soudan n'aurait, semble-t-il, jamais caché son penchant sécessionniste. Dès lors s’impose une interrogation. Les déclarations de Salva Kiir ne risquent-elles pas d’alimenter les tensions entre les deux camps et servir d'excuses au président Omar el-Béchir et à son entourage pour durcir encore leur position vis-à-vis du Sud ? Rien n’est moins sûr.

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