Corinne Minerve
3 Novembre 2009
Port Louis — Réutilisation du papier, présentations sur le changement climatique, ces deux étudiantes de l'université de Maurice militent pour l'environnement et ont même fondé une organisation non-gouvernementale.
Karuna Rana a 21 ans, Varnabhye Mahadea, 22 ans. Et déjà, ces deux étudiantes en Chemical and Environmental Engineering de l'université de Maurice ont la fibre écologique. «Au contraire, c'est un peu tard. Nous aurions dû déjà accomplir plus que cela. Le problème de changement climatique s'accroît de plus en plus. Dans vingt ou trente ans, les personnes âgées ne seront fort probablement plus là, et c'est nous qui allons souffrir. Si nous-mêmes, nous ne nous y intéressons pas, qui s'en intéressera» ? s'interroge Karuna. Ce raisonnement on ne peut plus (éco) logique a mené les deux amies à monter leur propre organisation non-gouvernementale, la Green Initiatives for Africa (GIFA). D'autant plus qu'on dit que «un milliard de personnes seront déplacées à cause du changement climatique jusqu'à l'année 2050. Et notre petite île est particulièrement vulnérable».
Karuna est la présidente de la GIFA, Varnabhye, la secrétaire. Si l'organisation n'est pas encore officiellement enregistrée, le processus est
entamé, assurent-elles. Le point de départ de leur aventure verte a été une compétition organisée par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) en avril dernier. Il était question de soumettre une proposition pour combattre le changement climatique sur le campus universitaire. Les deux étudiantes travaillèrent sur la réutilisation et le recyclage du papier sur le campus, histoire d'éviter le gaspillage.
«Nous avions constaté qu'il était habituel d'utiliser seulement le recto d'un papier et pas le verso. Et c'était comme ça que les papiers partaient à la poubelle.»Elles ont alors décidé de collecter les pages et de les distribuer dans une école pré-primaire, ayant appris que les petits écoliers n'avaient pas assez de papier pour jouer les artistes peintres. Le projet soumis par Karuna et Varnabhye fut retenu parmi les trente meilleurs en Afrique. C'était lors du Sustainability Generation Workshop à Nairobi, au Kenya. De retour de leur voyage,elles approfondirent leur travail. Et leur projet fut cette fois présenté à la Tunza Children & Youth Conference on Climate Change 2009 dans la Corée du Sud. 800 participants venant de 110 pays y étaient réunis. Karuna y fut du reste élue vice-conseillère pour la jeunesse dans la région Afrique. L'élection à ce poste se fait chaque deux ans. Le conseil est chargé de recommander à la PNUE les façons d'inclure les jeunes dans leurs travaux et dans les négociations internationales sur l'environnement.«C'est la première fois qu'une Mauricienne fait partie du Youth Advisory Council de Tunza», déclare Karuna, non sans un brin de fierté légitime. Les propositions faites en Corée du Sud seront présentées aux chefs d'Etat du monde entier lors de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique à Copenhague, au Danemark en décembre. De retour de Corée du Sud, Karuna et Varnabhye se rendirent compte que tous les participants qui y étaient, représentaient une ONG. C'est comme cela que naît la GIFA en septembre. De deux membres, elle en est maintenant à huit. «C'est encore un chiffre très modeste, estime Varnabhye. Mais nous attendons d'enregistrer notre organisation pour poursuivre sur des chapeaux de roues». «Et il ne faut pas croire que c'est parce que nous étudions l'environnement que nous nous y intéressons. Nos membres viennent de plusieurs facultés. L'environnement appartient à tous,» précise Karuna.
Leur dernière activité: une présentation sur le changement climatique, une distribution de souvenirs liés à l'environnement et une plantation d'arbres au SOS Village de Beau-Bassin le 25 octobre dernier. Un des soucis majeurs des deux étudiantes, c'est le problème des déchets à Maurice. Puisque «la station d'incinération devra être dotée d'équipements efficaces pour contrôler les émissions possibles, ça pourrait résulter à un cout de production bien plus élevé. Est-ce que la population acceptera de payer son électricité deux ou trois fois plus cher. D'un autre coté, le compostage lui aussi émet de la méthane et du gaz carbonique».
En somme,«compostage ou incinération, il est important de dégager une solution au problème des déchets le plus vite possible. Trop de temps se perd en discussions,» estime Karuna. Ont-elles leurs propres suggestions pour faire face au problème des déchets ? Les deux demoiselles estiment qu'il faudrait non seulement étendre le concept de tri de déchets à plusieurs villes et villages du pays, mais aussi que «le gouvernement devrait offrir des motivations. Sinon, les gens ne se déplaceront pas vers les poubelles de tri, et le problème restera
entier», estime Varnabhye.
Elles sont d'avis qu'il faudrait aussi communiquer davantage sur la nécessité d'adopter des gestes verts. «Plusieurs personnes ne sont pas au courant des dégâts qu'ont leurs habitudes sur la nature». Varnabhye cite un chiffre qui leur tient à cÅ"ur : le 350. «Ce chiffre représente le nombres de parties par million (ppm) de gaz carbonique présent dans l'atmosphère qui serait sans danger. Nous en sommes à 387».
L'objectif de réduire à 350 est-il réalisable ? «Oui, si nous nous y mettons tous. Il ne faut pas se dire : en quoi est-ce que ma petite action va aider à quoi que ce soit? Ce sont des petites gouttes d'eau qui font un océan,» lance Karuna.
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