Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Ça me révolte: Les sages du CNCA n'étaient pas bien inspirés

Abdoulaye Villard Sanogo

3 Novembre 2009


La fin du mois d'octobre 2009 ne paraît pas un moment de bonnes dispositions d'esprit pour le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA).

Vendredi, les sages de cette prestigieuse institution nous ont fait parvenir une décision prise le jour-même, totalement inappropriée et manquant d'inspiration. Elle est relative au traitement de l'information dans les media publics sensibles, notamment la télévision. Nous avons pris notre temps pour bien comprendre la quintessence de la décision et nous avons compris une seule chose : la pression exercée par l'opposition a payé. Les sages du CNCA, pris dans la tourmente, ont voulu faire vite pour faire plaisir à l'opposition et calmer ses ardeurs belliqueuses. Seulement, dans le feu de l'action, ils n'ont pas pris des décisions inspirées par la sagesse. Et les voilà pris en flagrant délit de violation de la loi qui fait d'eux les gendarmes du secteur de l'audiovisuel. Selon la loi de la République de Côte d'Ivoire, le dépôt de candidature à la CEI ne signifie pas que la campagne est ouverte. L'ouverture officielle d'une campagne électorale présidentielle en Côte d'Ivoire se fait quinze jours avant le jour du scrutin. Et c'est à partir de ce jour-là que le CNCA commence son travail de surveillance des antennes de la RTI. C'est à ce moment-là seulement que les décisions prises à la hâte, le 30 octobre par les sages du CNCA, se prennent et s'imposent aux responsables et aux travailleurs de la RTI. D'ailleurs, le CNCA ne le sait que trop puisqu'il relève dans sa décision que l'affichage de la liste électorale n'est pas encore effectif. Ce qui, pour lui, signifie que la campagne n'est pas encore ouverte. Mais d'où vient alors que le CNCA intime des ordres à la RTI et la cloue au pilori ?

Dans l'article 2 de sa décision, l'institution de régulation relève qu'elle constate une "situation de fait" due au fait que les candidats déclarés à la présidentielle "développent des activités de campagne sur l'ensemble du territoire". La conséquence de cet état de fait est que les sages prennent sur eux "de garantir, pour une période transitoire, les règles d'accès et de traitement équitable des partis politiques, des candidats déclarés à l'élection présidentielle( ) conformément aux dispositions de la loi n°2004-644 du 14 décembre 2004". On aurait bien aimé que le CNCA cite la disposition de cette loi qui parle de "situation de fait" et des dispositions à prendre dans ce cas-là.

Ce que nous savons et que les sages du CNCA savent, c'est que leur décision a été prise en dehors de la loi et ne devrait pas mériter une attention particulière de la part des dirigeants de la RTI. Pour la simple et bonne raison que la campagne n'est pas encore ouverte officiellement. Cela est d'autant plus important que les sages décident qu'à partir de maintenant, "les règles d'accès équitable aux médias de service public s'appliquent à tous les candidats déclarés à l'élection présidentielle et ayant fait acte de candidature, aux partis politiques et aux organisations qui les soutiennent ( )". Ouais ! Le CNCA aurait été mieux inspiré en demandant par exemple à la RTI de créer un nouvel espace en dehors du journal télé-radio pour faire passer tous les éléments filmés des manifestations des candidats. Avec cette décision totalement dictatoriale qui ne tient compte d'aucun texte de loi, il crée un dangereux précédent et peut se mettre à dos la direction de la RTI.

A la vérité, dans quel pays au monde où il n'y a pas de pré-campagne ? La Côte d'Ivoire n'est pas le seul pays à vivre une telle situation. Les périodes qui précèdent l'ouverte de campagne sont vécues de la même façon partout. Et si le CNCA ne s'était pas laissé aller au sentiment, il aurait fait des propositions dans l'ordre de ce qu'il fait habituellement à la RTI. Et les choses se seraient passées sans égratignures. La frilosité qui a guidé sa décision est si flagrante que l'institution s'est même permise de piétiner la liberté de pensée et d'action des agents de la RTI. Ce que les défenseurs de la liberté de la presse ne devraient pas laisser passer.

Le CNCA décide que désormais les journaux de la RTI ne comportent plus, plus de deux éléments consacrés à un candidat ; que tous les éléments filmés soient programmés et diffusés dans un délai de 72h. Mais au-delà, que la RTI donne des explications aux responsables des éléments filmés. Il ne reste plus à nos amis du CNCA qu'à prendre, eux-mêmes, les caméras, les stylos et tout autre matériel pour aller en reportage et diffuser les éléments qu'ils auront filmés. Ils vont plus loin dans la violation de la loi sur la campagne et celle de la liberté de la presse pour exiger "que les spots publicitaires à caractère politique contenant des slogans de campagne (soient) interdits sur les antennes des medias publics et privés". Comment est-ce possible quand, auparavant, on a décidé que dorénavant, la campagne est ouverte et qu'on entend gérer au mieux cette "situation de fait" ? Le CNCA ne peut dire une chose et son contraire. Mais il est tellement décidé à massacrer la liberté qu'il ne se prive même pas de prendre celle du public : "Que la diffusion de ces spots n'excède pas trois passages par jour et par candidat ( )". Messieurs et dame, les spots ne seraient-ils plus payables ?

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