Fraternité (Cotonou)
Héribert-Label ADJOVI
3 Novembre 2009
Bouter le paludisme hors d'Afrique. Conviés à cette fin par l'Initiative multilatérale sur le paludisme. 1500 scientifiques, politiques et autres spécialistes de la santé venus des quatre coins du monde, sont à Nairobi, au Kenya, depuis hier. Jusqu'à vendredi, la 5ème conférence panafricaine sur le paludisme devra, non seulement se pencher sur les voies et moyens pour renforcer les capacités de recherche et de contrôle de cette maladie en Afrique.
Mais également travailler au changement de perception du paludisme. En d'autres termes, il s'agit de susciter la mobilisation de la planète autour de cette pandémie qui continue de tuer impunément les populations les plus vulnérables de la planète. En se focalisant sur les nouveaux travaux de recherche d'experts scientifiques venus de dizaines de pays et de lier la recherche aux moyens de contrôle de la maladie.
A ce propos, plusieurs thèmes sont au menu des assises de Nairobi. On peut citer entre autres. Les techniques d'intervention. Les moustiquaires. Les thérapies combinées. Les vaccins. La problématique de l'accès aux moyens de prévention pour les populations les plus pauvres. Qui se trouvent en milieu rural. De quoi se demander, même si cela semble couler de souche, pourquoi une mobilisation planétaire sur le paludisme en Afrique ?
Reconnu par les spécialistes de la santé comme une maladie plus meurtrière que la pandémie du sida, notamment sur le continent noir, le paludisme est un souvenir vieux de 50 ans, en Occident. Pour avoir une idée des affres de ce fléau dans le monde. Disons que près d'un million de personnes en meurent chaque année. Et c'est superflu d'ajouter que l'essentiel des victimes viennent de l'Afrique. Une situation d'autant plus préoccupante que 85% d'entre ces victimes sont âgées de 0 à 5 ans. En la matière, cinq pays africains battent tous les records. La République démocratique du Congo, le Nigeria, le Kenya, l'Ethiopie et la Tanzanie.
Pour l'Initiative multilatérale sur le paludisme créée en 1997. Le monde ne viendra à bout du paludisme que si toutes les ressources et l'expertise disponibles sont mises en Å"uvre pour donner un coup d'accélérateur aux recherches. Cela passe naturellement par l'amélioration de la collaboration mondiale. La mobilisation des ressources. La promotion des initiatives propres à l'Afrique. Aussi, faut-il dire que le principal travail de l'Initiative consiste à rassembler diverses activités internationales de la recherche. Fixer des priorités longuement mûries et favoriser un ciblage efficace des énergies et des fonds. Et il semble bien que l'Initiative commence à porter ses fruits. Un exemple parmi tant d'autres. Au jour d'aujourd'hui, les investissements internationaux contre le paludisme sont passés de 50 millions de dollars en 2003. A plus d'un milliard de dollars en 2008.
N'empêche que sur cette question, comme sur tout ce qui concerne les voies et moyens pour lutter efficacement contre les maladies endémiques. Il va falloir que la communauté scientifique ne fasse pas l'impasse sur l'importante contribution de la pharmacopée africaine. Sur le continent, les mentalités ont évolué. Le paludisme est de moins en moins considéré comme la " maladie du soleil ". Par ailleurs, il est plutôt " hypocrite " de vouloir aider l'Afrique à parvenir aux Objectifs du millénaire pour le développement à l'horizon 2015. Si ceux, au bénéfice de qui ce développement est envisagé, doivent tous mourir avant qu'on en arrive là. On peut philosopher sur les méandres de la recherche anti-paludisme. Mais tout porte à croire que l'Occident assure, en la matière, " le service minimum ". S'il le veut vraiment, le vaccin contre le paludisme peut voir le jour. Dès la fin de cette conférence. Pourquoi la " nébuleuse " communauté internationale traîne les pas ? Est-ce peut-être parce que le seuil psychologique de morts d'enfants africains pour émouvoir l'Occident n'est pas encore atteint ? Mon humble avis, c'est pour la même raison qu'on continue de parler de détérioration des termes de l'échange. De la justice à deux vitesses dans le Concert des Nations.
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