Fraternité (Cotonou)

Bénin: Entretien avec Sidiki Bakaba, acteur réalisateur, directeur du palais de la culture d'Abidjan

Amour GBOVI

3 Novembre 2009


Au dernier festival panafricain à Alger, Sidiki Bakaba a été distingué pour l'ensemble de sa carrière. L'acteur, réalisateur, metteur en scène ivoirien avait reçu son trophée aux côtés de neuf géants dont Wolé Soyinka et son compatriote Bernard Dadié. Bakaba a de la poigne et de la baraka. Tous ceux qui le connaissent vous le diront. L'homme qui dirige depuis 2000 le palais de la culture d'Abidjan, est un vrai King au royaume de l'art. En attendant de boucler le casting de " Requiem pour un champion", le prochain film qu'il réalise, il incarne un commissaire lugubre mais flamboyant, dans " Un pas en avant : les dessous de la corruption " du béninois Sylvestre Amoussou. On en parle ?

Sidiki Bakaba, acteur réalisateur

Il m'a proposé un rôle, celui d'un inspecteur qui est dans les magouilles. Un méchant, c'est difficile à jouer, mais quand il sort son attitude contre nature, c'est intéressant. On a tout en soi, le bon, le méchant...quand on doit sortir une personne qui est en soi, c'est un beau rôle. Plusieurs réalisateurs africains ont peur des acteurs qui ont du talent. Ils continuent à prendre des amateurs parce qu'ils ne veulent par partager l'affiche avec des acteurs qui ont du charisme. Je salue l'initiative de Sylvestre Amoussou, un grand ami qui a fait preuve d'audace sur ce projet, comme d'ailleurs sur Africa Paradis, son précédent film. Je suis aux cotés de Dieudonné Kabongo, Pascal Nzonzi, Fatou N'diaye, Mariam Kaba...c'est un plaisir.

Parlez-nous de vos débuts sur scène

J'ai eu un début classique. Tout a commencé par des cours à l'école nationale d'art dramatique en Côte d'Ivoire dès 1963. La Formation a été classique, faite de théâtre, de culture générale. Après l'obtention d'une bourse d'études en 1969, je me suis rendu à l'université internationale du théâtre à Paris. Etant étudiant, j'ai eu l'immense chance de travailler en Pologne avec Grotowski, le maitre du théâtre. Cap ensuite sur le living theather en 1970 avec des américains. Ce fut une époque d'enrichissement culturel. Je suis revenu en Côte d'Ivoire en 1972, où j'ai été nommé professeur d'expression corporelle et d'art dramatique à l'Institut National d'Art dramatique. De grandes mises en scène ont marqué cette époque où j'enseignais.

Quelle création a révélé vos talents de metteur en scène au public ivoirien ?

J'ai créé à 22 ans un spectacle dénommé "C'est quoi même". Il fait la critique de l'Afrique d'avant la colonisation. Ce fut une réflexion aux critiques très acerbes qui me rendit célèbre. A l'époque, la Côte d'Ivoire parlait de deux personnes : le footballeur Laurent Pokou et Sidiki Bakaba. Ce spectacle est le géniteur de plusieurs spectacles ivoiriens actuels. A cause de mon engagement, j'avais des difficultés en Côte d'Ivoire et j'ai dû me refugier au Bénin en 1974. Je m'étais alors caché durant un mois. L'exil s'était prolongé jusqu'au Nigeria où la grande légende Fela m'a offert l'abri, avant de m'aider à repartir en France la même année, 1974. Une nouvelle carrière commençait pour moi avec un grand spectacle aux côtés de Jeanne Moreau.

Sidiki Bakaba, c'est surtout un réalisateur accompli, un acteur admirable. On vous cite souvent comme une référence au cinéma. Quel a été votre parcours ?

" Bako, l'autre rive ", fut un film remarquable. J'y jouais le rôle de Boubacar l'immigré. Ce personnage m'a offert l'occasion de jouer en bambara, un cultivateur pommé. Ce personnage m'habitait, ce qui me permit d'obtenir " un palmier d'or " à Nice. C'était le premier prix d'interprétation pour un africain. Ensuite, une série de films français a suivi : " Le professionnel " avec Jean-Paul Belmondo, " Descente aux enfers " avec Sophie marceau, " Le médecin de Gafiré " que nous avons essentiellement tourné au Niger et au Burkina Faso. En 1972, j'ai fait "Visages de femmes" premier film érotique africain, réalisé par Désiré Ecaré. Le film connut un bon parcours, entre autres le prix de la critique internationale à Cannes en 1985 ; ce fut ensuite " Le Camp de Thiaroye " avec le grand maître Sembène Ousmane.

Puis vous êtes passé derrière la caméra

J'ai réalisé et produit le film " Les Guérisseurs " avec un casting de rêve qui réunissait Alpha Blondy, Nayanka Bell, Georges Benson d'origine béninoise. A mon retour en Europe, je gagnais des cachets de grandes stars en France, mais j'avais le souci de me mettre au service du 7ème art africain. J'aidais certains réalisateurs africains dans leurs projets.

A votre arrivée en Côte d'Ivoire en 2000 pour le tournage du film d'action " Roue libre ", le président Laurent Gbagbo vous a fait appel pour vous confier le palais de la culture d'Abidjan. Comment avez-vous accueilli cette décision ?

Favorablement. C'était pour moi l'occasion de donner corps à certaines aspirations artistiques. Au palais de la culture, j'ai ouvert une école de formation d'acteurs. En 9 ans, j'ai formé de grands acteurs. Je crée une ou deux pièces chaque année, parce que le président Gbagbo m'a bien précisé que mes responsabilités ne devaient en rien freiner mes activités précédentes. Je n'ai jamais arrêté ma carrière. Mieux, je n'ai jamais autant travaillé comme comédien et metteur en scène que depuis que je suis à la tête du palais de la culture. En 2006, j'ai dû par exemple quitter le palais pour jouer dans " l'héritage perdu " du franco-Gabonais Christian Lara. Parmi mes grandes créations, il y a " îles de tempêtes " de Bernard Dadié où j'avais le rôle de Toussaint Louverture. Les descendants du père de Toussaint Louverture aujourd'hui représentés par sa majesté Adjahouto Dodo roi des Aizo, m'ont fait prince d'Avakpa en m'offrant une recarde royale. J'en suis très honoré et je manifeste ma reconnaissance au Bénin pour cette affection.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Fraternité. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com).

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Bénin

Rubriques