Fatma Rassaa
3 Novembre 2009
10h00 à l'unité de dialyse de l'hôpital régional Mahmoud-Matri de l'Ariana. Un service où tout respire l'ordre dirigé par le jeune Dr Lotfi Sahnoun, chef de service, médecin spécialiste en hémodialyse.
Tous tributaires d'une machine hyper sophistiquée assurant la dialyse qui est un échange entre le sang et l'eau afin d'éliminer les toxines dans le corps des malades, jeunes pour la plupart, les insuffisants rénaux chroniques laissent deviner une souffrance, un désespoir et une sorte de résignation fatidique. Et pour cause, la liste d'attente pour une transplantation rénale est longue. «7.000 dialysés y sont inscrits, 99 seulement d'entre eux ont subi en 2008 une greffe rénale», indique le Dr Sahnoun.
Malgré le quotidien amer de ces patients, certains d'entre eux réfutent le problème de la pénurie d'organes en Tunisie et aspirent un jour à être greffés à l'étranger afin d'éviter ces appareils combien contraignants pour les dialysés rénaux.
Les complications de la dialyse ne sont pas des moindres. «La dialyse peut entraîner une complication cardiaque, des problèmes d'hypotension, des troubles du rythme, une anémie» souligne le Dr Sahnoun. On apprend ainsi que «15% des malades dialysés sont diabétiques et 33% sont hypertendus. La maladie rénale est très silencieuse. Un malade qui ne procède pas à un bilan rénal régulier s'en aperçoit en phase terminale».
Le Dr Sahnoun chapeaute une équipe formée de quatre médecins dialyseurs, six infirmiers, une diéticieuse et une psychologue qui opérent dans une harmonie parfaite. Primé en novembre 2008, ce service d'hémodialyse a reçu le Prix du Président de la République en considération pour la qualité de ses services et de l'abnégation de son cadre médical.
Il est à noter que le taux de remboursement des séances assuré par les caisses sociales est estimé à 100% par séance d'hémodialyse. «Les non assurés bénéficient également de la gratuite des séances. Même la greffe rénale est gratuite. Elle est réalisée à l'hôpital Charles Nicole ou à l'hôpital militaire» explique le chef de service qui ne perd pas une occasion pour réconforter ses patients, les motiver à s'inscrire sur les listes d'attente, vaincre leur précarité, hausser leur moral et surtout leur assurer une bonne dialyse avec beaucoup d'humanisme. «Un lien de familiarité s'est tissé entre l'équipe médicale et les patients», souligne le Dr Sahnoun qui, chaque jour que Dieu fait, sillonne le centre, à l'affût d'une intervention médicale. «Nous disposons de 15 machines dont deux sont réservées à l'urgence. Nous accueillons treize malades le matin et treize autres l'après-midi. Une séance de dialyse dure 4 heures à raison de trois fois par semaine pour un insuffisant rénal», poursuit-il.
On relève par ailleurs que dans ce centre, la dialyse est assurée directement par le médecin dialyseur qui veille personnellement à la bonne marche de cette thérapeutique vitale. A la question de savoir si parmi ses patients il y en a qui ont joui de la greffe rénale, le Dr Shanoun affiche un sourire et lance sur un ton fier : «Deux de mes patients ont été greffés, l'un en Tunisie et l'autre en Egypte. La Tunisie est un pays phare en matière de protection du don d'organes. Il n'y a aucun trafic dans ce sens. Nous obtenons les organes soit par le biais d'un coma qui évolue vers une mort encéphalique soit par des donneurs vivants compatibles».
Contacté par téléphone, Lotfi Hamada, ancien patient de ce même centre, déclare avoir été sensibilisé à la greffe par le Dr Sahnoun. Après quatre années et demi de dialyse, Lotfi s'est réconcilié avec la vie en obtenant un rein de son frère donneur. Il a subi l'opération à l'hôpital Charles-Nicolle après plusieurs bilans et examens médicaux.
Lotfi est reconnaissant envers l'équipe médicale du centre d'hémodialyse Mahmoud El Matri. Il maintient encore le contact. Il leur rend des visites. «Le greffé doit suivre un traitement médicamenteux à vie à défaut il bascule de nouveau dans l'insuffisance rénale», indique le chef de service.
Souci de qualité
Tous les dialysés de ce centre n'ont pas eu la chance de ce jeune greffé et sont là depuis de longues et pénibles années.
certains sont dialysés par les fistules, d'autres par les cathéter. «Jamais je ne me laisserais dialyser par le cathéter. On ne touchera pas à mon cou, en plus c'est moche esthétiquement», lance une jeune dialysée, nouvelle dans ce service.
Si Mohamed Azouz est avocat. Il se fait dialyser dans ce centre depuis une année. «Etant déclaré insuffisant rénal, je me suis fait admettre dans une clinique privée pourvue d'un centre d'hémodialyse. La séance me revenait à 120D. L'hygiène faisait défaut, les conditions de dialyse n'étaient pas bonnes et les séances de dialyse sont faites sous le contrôle d'un seul médecin, débordé et mal attentionné envers les malades. J'ai pu retrouver ma santé depuis que j'ai commencé à me faire dialyser dans ce centre. Jadis j'avais une idée reçue sur les hôpitaux, mais ce centre d'hémodialyse public où règnent une surveillance, un humanisme et une conscience professionnelle sans égal m'ont permis de changer d'attitude et d'opter pour les soins prodigués par les hôpitaux».
Interrogés sur leur parcours médical avant leur arrivée dans ce centre, les patients ont déclaré à l'unanimité leur désarroi dans des centres d'hémodialyse archicombles où l'état de santé du malade intéressait peu ou presque pas l'équipe médicale, notamment l'unité de dialyse de l'hôpital Charles Nicolle. Pourtant, le nombre des centres d'hémodialyse a connu une véritable hausse. On enregistre, en 1987, 14 centres entre public et privé contre 150 centres actuellement. Chaque gouvernorat jouit désormais d'un centre de dialyse.
La dialyse, observe le chef de service, repose essentiellement sur les filtres. «Les synthétiques il faut avoir un bon abord vasculaire pour bénéficier du fistule et non d'un cathéter», indique Dr Sahnoun.
Dans ce centre, le bilan mensuel, le suivi médical et l'octroi des médicaments sont assurés pour les dialysés. «Tous les services de l'hôpital fonctionnent en osmose ce qui fait que le dialysé dont la santé est fragile n'a pas à se déplacer pour d'éventuels examens», ajoute le spécialiste.
Certains patients de ce centre d'hémodialyse semblent résignés, alors que d'autres gardent l'espoir de se libérer un jour de ces machines qui purgent leur sang et de toutes les restrictions qui découlent de la maladie.
«Il ne faut pas s'attendre à des miracles pour les malades fragiles, en l'occurrence les cardiaques diabétiques ou cancéreux», explique notre spécialiste.
Malgré la surveillance médicale accrue, le va-et-vient incessant des infirmiers et les équipements sophistiqués, une certaine souffrance se laisse sentir dans le regard perdu de ces patients dont la vie dépend d'une machine, à défaut d'une transplantation rénale dans un pays où les chances d'une telle thérapeutique vitale demeurent des moindres, partant du fait que la culture du don d'organes ne fait pas encore partie des préceptes du Tunisien malgré tout l'arsenal juridique et les programmes de sensibilisation en la matière.
En somme, l'unité de dialyse de l'hôpital Mahmoud Matri, sous la direction du Dr Lotfi Sahnoun, procure à ses patients une bonne dialyse, une sécurité et un bien-être dans l'espoir d'un lendemain meilleur. Toutefois, cette unité n'a pas encore bénéficié de la dotation de 15.000 dinars destinée à promouvoir davantage ses prestations. «Avec cette somme, nous pourrions informatiser le service, seulement l'administration de l'hôpital freine la réalisation d'un tel acquis», conclut le Dr Sahnoun.
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