La Presse (Tunis)

Tunisie: Changement - An XXII - 21e symposium international du RCD - L'approche tunisienne en exemple

Jawhar Chatty

3 Novembre 2009


 Intervenant à la première séance des travaux du 21e symposium international du RCD, M. Didier Rinders, ministre des Finances de la Belgique, a traité des causes de la crise financière, qui se traduit, a-t-il souligné, par une crise à la fois économique et sociale à l'échelle internationale.

Pour M. Rinders, l'excès de liquidités ainsi que la complexification croissante des produits financiers et des produits dérivés sont les principales causes du cataclysme financiers qu'a connu le monde en 2008 et dont les effets systémiques ébranlent aujourd'hui encore l'économie mondiale. Aussi, pour prévenir la naissance de nouvelles crises, le ministre belge préconise de laisser jouer les stabilisateurs économiques - avec les conséquences sur les budgets des Etats que l'on sait -, de protéger les épargnants et d'internationaliser le contrôle et la régulation du système économique et financier mondial. M. Rinders a appelé, dans ce sens, à faire évoluer la régulation du système financier et de la gouvernance mondiale en impliquant les pays émergents et en développement dans le processus de prise de décision.

L'essentiel, a-t-il encore souligné, est de trouver et de réussir l'équilibre entre la volonté de limiter les risques, de contrôler et de réguler, d'une part, et la volonté de progresser d'autre part, sachant qu'il n'y a pas de progrès sans prise de risque.

Pertinenc des choix de la Tunisie

Ce que corrobore d'ailleurs, et dans une large mesure, l'intervention de M. Taoufik Baccar, gouverneur de la BCT, pour qui la première cause de la crise mondiale réside dans le fait qu'elle s'est déclenchée dans une période marquée par une abondance de liquidités sur les marchés, un laxisme dans l'octroi des crédits et la quête du gain rapide de la part des investisseurs, dans un contexte caractérisé par la défaillance des mécanismes et des cadres de supervision et par la croyance partagée en la capacité des marchés à s'autoréguler. Traitant des mécanismes mis en place pour faire face à la crise, M. Baccar a relevé les trois spécificités des efforts considérables déployés dans ce sens par la communauté internationale : la célérité et l'efficacité dans la démarche adoptée, le réalisme des mesures prises comme le recours à des mécanismes d'intervention non conventionnels sur le plan de la politique monétaire et financière, et enfin l'adoption de ces mesures dans le cadre d'un consensus international que le monde n'avait jamais connu auparavant.

Néanmoins, avertit le gouverneur de la BCT, la reprise de l'économie mondiale et le retour à un rythme de croissance normal nécessitent, à court terme, la mise en place de stratégies concertées pour pouvoir retirer au moment opportun les mesures exceptionnelles de soutien, lorsque la reprise aura été confirmée, que le secteur privé aura été à même de jouer de nouveau son rôle de moteur de la croissance, et lorsqu'on aura réussi à contenir les risques découlant notamment des tensions inflationnistes qui pourraient résulter de l'aggravation de l'endettement public et du maintien durant une longue période de politiques monétaires expansionnistes. S'agissant de la démarche tunisienne face à la crise, M. Baccar a souligné que, comme à son habitude, la Tunisie a su anticiper les événements, en mettant en place, sur instructions du Président Ben Ali, à la fin de 2007 et dès l'apparition des premiers signes de la crise, une cellule de veille au sein de la Banque centrale de Tunisie puis et, après la faillite de Lehman Brothers et la propagation de la crise du secteur financier au secteur réel, d'un comité national de suivi sous l'égide du Premier ministre. Cette démarche a permis d'anticiper les événements et de dessiner une stratégie nationale pour faire face aux effets de la crise et dont les principaux axes sont la sécurisation des réserves en devises, la renonciation au recours, au titre des années 2008, 2009 et 2010, aux marchés financiers internationaux pour éviter le renchérissement des marges de financement sur ces marchés, la mise en place d'un plan de relance d'ordre structurel et conjoncturel d'un montant de 730 millions de dinars et la révision à la baisse, dans un premier temps, du taux de la réserve obligataire de 10 à 7,5% et, dans un deuxième temps, du taux directeur de 5,25 à 4,5%.

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Cette crise, a conclu le gouverneur de la BCT, a confirmé la justesse des choix adoptés par la Tunisie, sous l'impulsion du Président Ben Ali. Ainsi et autant le modèle tunisien de développement s'est basé sur la libéralisation et le renforcement de l'initiative privée et des mécanismes de marché, autant il a veillé à éviter la libéralisation hasardeuse et le recours systématique aux mécanismes de marché sans mettre en place les mécanismes et garde-fous nécessaires.

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