Le Pays (Ouagadougou)
Abdou Zoure
3 Novembre 2009
Le jeudi 29 octobre 2009, le maire de la commune de Ouagadougou, Simon Compaoré, a rencontré les associations et syndicats de commerçants et les premiers responsables des forces de sécurité.
L'objectif était de rendre compte des conclusions auxquelles a abouti la commission ad hoc chargée, depuis le 20 août 2009 de réfléchir et de donner des solutions aux doléances des commerçants du grand marché Rood-Woko. Il est ressorti entre autres que la zone piétonne est définitivement interdite aux engins à deux roues et aux véhicules, mais qu'il est permis aux commerçants de Rood- Woko de présenter les échantillons de leurs marchandises devant leurs boutiques.
Au total, 16 doléances ont été recensées et examinées par la commission ad hoc. A ces doléances, la commission a proposé des solutions. De ces solutions, deux n'ont pas reçu l'assentiment de la municipalité. En l'occurence, il n'y aura pas d'infirmerie au marché sans au préalable la présence de la Sécurité, ni d'autres espaces réservés aux restauratrices que celui prévu sur le plan architectural.
Dans le gros lot des conclusions qui ont reçu l'aval de la mairie, il y a le maintien de la zone piétonne, vu l'anarchie et les risques divers qui y règnent maintenant. A ce propos, Simon Compaoré a assuré que l'ordre y sera remis dans quelques jours. L'échantillonnage des marchandises à la devanture des boutiques a également recueilli l'approbation de la mairie, quitte à ce que les pompiers y fassent des contrôles réguliers. Quant à la circulation des vendeurs ambulants dans la zone commerciale, la baisse des prix des loyers des boutiques et échoppes, l'installation de la police judiciaire au marché pour les légalisations de documents, la commission, soutenue par la municipalité, a refusé d'y donner suite. Le même sort a été réservé à la demande de restitution de la chambre froide aux bouchers de Rood-Woko, le maire ayant estimé que ces derniers ne pouvaient en supporter les coûts d'entretien. Il n'était pas question non plus, pour des soucis de sécurité, que les agents de la Police municipale soient relevés au niveau des portes d'entrées.
Encore moins que les espaces supposés vides au sein du marché, qui servent en réalité d'espaces de sécurité en cas d'incendie, soient exploités. En ce qui concerne les questions relevant de l'organisation du marché, le maire a assuré qu'une suite diligente sera donnée à la remise des contrats de location, au processus d'électrification des boutiques, à la situation des échoppes de la boucherie, ainsi qu'à l'ouverture d'une porte d'entrée sur la rampe côté sud du marché. Certains grands commerçants qui jouxtent les abords du marché ont été priés de se délocaliser "afin que les commerçants qui se trouvent à l'intérieur du marché ne disent pas qu'il y a un second marché dehors", a expliqué Simon Compaoré. Simon Compaoré a enfin demandé aux commerçants de se concerter pour former un bureau homogène qui leur servira d'interlocuteur avec l'administration. Tout ceci, rappelle Simon Compaoré, afin que le malheur ne se reproduise plus au marché Rood-Woko.
Avis de quelques représentants de commerçants
Souleymane GUIMBOU, président de l'ONSL/OSPCO
"Il est clair aujourd'hui qu'on ne peut pas se passer de la sécurité car elle évite le désordre. Il nous appartient maintenant à nous responsables de faire comprendre aux commerçants que la sécurité doit prévaloir pour préserver ce joyau qu'est Rood-Woko."
Saïdou ZANGRE, président de l'AJSBF
"J'ai eu la chance de participer à la commission ad hoc, et les débats ont parfois été très houleux. Le rapport de la commission a été déposé et s'il peut faire avancer le marché, c'est tant mieux. Je pense que notre objectif à tous c'est que le marché fonctionne bien."
Simon Compaoré sort la grande artillerie
La rue piétonne est redevenue réalité autour du marché Rood-Woko, ce lundi 2 novembre 2009. Très tôt hier, la Police nationale et municipale ainsi que la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) ont été déployées en force autour du grand marché. "Nous sommes arrivés vers 6h à Rood-Woko et nous avons commencé à nous déployer", nous a confié un assistant de police. Il nous a indiqué par ailleurs que tout se passe bien jusqu'à présent (nous sommes passés aux environs de 12 heures). Et comme on peut l'imaginer, de l'autre côté, les récriminations fusent de toutes parts. Assis à même le sol, les jeunes commerçants ambulants sont méconnaissables. "Qu'est-ce que le maire veut qu'on fasse ? Certains d'entre nous ont des familles à gérer", se lamente l'un d'entre eux. Venus trouver les forces de l'ordre, ils n'ont pu se déployer autour de Rood-Woko pour proposer leurs marchandises aux clients. Une journée donc sans recettes pour beaucoup d'entre eux. Que comptent-ils faire avec cette nouvelle donne ? "Nous, nous avons décidé de travailler pour gagner notre pain. Nous ne sommes pas des délinquants comme la mairie veut le faire croire", martèle un autre qui tient malgré tout des chaussures de femmes. Les commerçants ambulants souhaitent qu'on revienne sur la mesure de la rue piétonne et qu'on cesse de les harceler. Selon nos informations, des associations de commerçants pourraient monter au creneau dans quelques jours pour dire leur mécontentement face à ces mesures.
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