4 Novembre 2009
Kinshasa — Autant il n'est pas facile d'être un adversaire politique de Robert Mugabe, autant il n'est pas non plus facile de travailler côte à côte avec lui. Celui qui est devenu aujourd'hui son Premier ministre, en l'occurrence Morgan Tsvangirai, en sait quelque chose. Dans tous les cas, c'est à ce calvaire qu'est soumis, depuis belle lurette, l'homme fort du MDC. D'abord, en tant qu'opposant de première force au président Mugabe, celui-ci à la tête de la Zanu-PF, celui-là comme numéro un du MDC.
Des rapports tendus, tous les temps. Des rapports qui n'en finissaient pas de s'envenimer. Le tout dans une atmosphère constamment lourde. Et puis, leurs rapports ont pris une autre tournure. En tous les cas, plus préoccupante, avec les élections générales de mars 2008. Avant, pendant la campagne électorale et après la proclamation des résultats de législatives au cours desquelles Mugabe et sa ZANU-PF avaient mordu la poussière. Depuis lors, la tension est montée de plusieurs crans. Plusieurs mois d'escarmouches, de brimades, de tortures, d'enlèvements, d'assassinats. Les partisans de Morgan Tsvangirai en ont été les principales victimes.
Dans l'opinion, on avait cru que la mise en place d'un gouvernement de coalition Zanu-PF/MDC allait créer un nouveau climat entre les deux camps. Un climat moins délétère. Mais, on s'est vite rendu compte qu'il s'agissait d'une mauvaise analyse. La suite des événements nous en a donné la preuve. Les choses ont empiré. A la base, la mauvaise application de l'accord de partage du pouvoir conclu entre les deux camps.
Déjà que les deux protagonistes vivaient en chiens de faïence. Il ne fallait donc pas s'attendre comme cela à la normalisation de la situation. Et voilà que surgissent d'autres scènes de ménage. Comme dans un foyer. Des sautes d'humeur. Le dernier rebondissement en date : Morgan suspend sa participation au gouvernement de coalition. Un gouvernement qui ne semble plus tenir qu'à un fil.
Entre-temps, la cohabitation au sommet de l'Etat zimbabwéen est devenue plus qu'impossible. Le Premier ministre ne décolère pas. Il continue à porter des accusations qui n'en finissent pas contre son chef de l'Etat. Ce dernier ne se fait pas prier pour les rejeter d'un revers de main. Leur première rencontre depuis le 16 octobre lorsque Tsvangirai avait qualifié le camp présidentiel de « partenaire indigne de confiance » et boycotté le conseil des ministres, après l'arrestation d'un de ses proches, le vice-ministre désigné de l'Agriculture, se termine sur une impasse; leurs positions restant « aux antipodes ».
« Nous sommes aux antipodes les uns les autres sur les questions fondamentales », a affirmé le porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique. « Les dirigeants se sont rencontrés. Tristement et tragiquement, l'impasse se poursuit », a-t-il ajouté.
Pendant que les deux frères ennemis continuent de jouer au ping-pong, la question pour le moment est celle de savoir si la SADC qui vient d'être appelée au chevet du Zimbabwe, va contribuer au règlement de la crise qui mine ce pays. En cas d'échec, le MDC a déjà fait savoir sa position : « Il ne nous restera plus que l'option d'organiser des élections justes et équitables sous la supervision de la communauté internationale, de la SADC et de l'Union africaine », a-t-il prévenu.
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