4 Novembre 2009
Kinshasa — Un coup dur - très dur alors - vient d'être porté au processus de revisitation des contrats et conventions minières, lancé en grande pompe en juin 2007. En cette date, le ministre des Mines promettait au terme de ce processus de « voir un peu plus clair » et corriger en même temps des « irrégularités » et « déséquilibres » dans divers engagements pris au nom de la RDC par des entreprises publiques ou d'économie mixte du secteur des mines.
Plus de deux ans après, le processus piétine. Pire, il s'est embourbé dans une confusion indescriptible. C'est comme si le gouvernement ne sait plus mesurer la portée de ses actes. Il vient d'en donner la preuve par la signature samedi dernier d'un accord par lequel il approuve la cession par l'Okimo de 20 % de ses actions dans la joint-venture Kibali Goldmines pour une bagatelle de 113,6 millions Usd. Aussi se retrouve-t-il avec à peine 10% contre 90% pour la sud-africaine RandGold. Véritable paradoxe en ce temps de revisitation.
Le gouvernement a décidé de céder 20% des actions détenues par l'Office des mines d'or de Kilo-Moto (Okimo), une entreprise publique en transformation, dans la joint-venture (JV) Kibali Goldmines à la firme sud-africaine RandGold pour 113,6 millions Usd. Du coup, l'Okimo qui, avant la cession, pesait 30% dans l'actionnariat de Kibali Goldmines, se retrouve en minorité avec à peine 10%. Ce qui place automatiquement RandGold en situation de quasi-monopole avec 90% d'actions dans Kibali Goldmines.
Voilà un pur exemple de déséquilibre, délibérément entretenu par le gouvernement qui avait valu en 2007 le lancement en grande pompe du processus de la revisitation des contrats et conventions minières signées par des entreprises publiques et d'économie mixte dans le secteur des mines. Tout se passe comme si le gouvernement cherche une chose tout en posant en même temps des actes qui contredisent sa démarche initiale.
Car les mêmes faits qu'on reproche aux projets miniers Tenke Fungurume Mining ou Kingamyambo Musonoi Tailings sont, paradoxalement ceux que le gouvernement vient d'avaliser dans la joint-venture créée entre l'Okimo et RandGold. En cédant 20% de 30% d'actions détenus initialement par l'Okimo dans ce JV, le gouvernement donner l'opportunité à RandGold qui détient alors 90% d'actions à rythmer la cadence. Voilà un exemple type de déséquilibre ou d'irrégularités que le gouvernement promettait en juin 2007 par le ministre des Mines, Martin Kabwelulu, à vider au terme du processus de revisitation.
Comme s'il serait frappé, le voilà qui s'engage dans une démarché qui remet totalement en cause les mobiles officiels de la revisitation des contrats miniers. Pire, avec l'opération menée dans Okimo, le gouvernement s'est mis à découvert. L'on sait aujourd'hui dire sans risque de se tromper que ses agissements dans le secteur minier ont pour soubassement des intérêts financiers cachés.
Pour 113,6 millions Usd, l'Etat congolais s'est résolu de céder volontairement, tout en déséquilibrant tout aussi volontairement, le contrat d'association Okimo-RandGold. Belle opération pour RandGold qui se retrouve avec 90% des actions dans Kibali Goldmines pour une concession dont le potentiel minier se compte en millions d'onces d'or. Avec une once d'or cotée à plus de 1.000 Usd sur le marché mondial, il y a de quoi se frotter les mains dans le rang de RandGold.
UN ACCORD VERROUILLE
Prévoyant, RandGold a trouvé mieux d'intégrer dans le contrat qui le lie désormais à Okimo une clause par laquelle l'Etat congolais est interdit d'exiger un quelconque paiement dès l'adoption de l'accord. Dans son article se rapportant à cette transaction, la revue sud-africaine « Mining weekly » note que « le gouvernement de la RDC reconnaît qu'aucun paiement supplémentaire n'est requis en ce qui concerne l'acquisition de la Moto par AngloGold Ashanti et RandGold ».
C'est dire que le contrat d'association signé entre Okimo et RandGold, couvert du sceau officiel est irrévocable et ne peut en aucun cas générer d'autres versements en faveur de l'Etat congolais. Ainsi, l'Etat congolais ne devra pas dans les mois ou années à venir exiger un paiement supplémentaire sous une quelconque forme. Il est tenu à se limiter aux 113,6 millions Usd perçus au moment de la cession. Belle surprise en cette période de revisitation !
Mais, le drame est qu'avec cette transaction, entachée d'un nombre impressionnant d'irrégularités, l'association AngloGold/RandGold se retrouve en situation de monopole dans les gisements aurifères de la province Orientale. AngloGold Ashanti est déjà présente dans la région par sa filiale congolaise Ashanti Goldfields Kilo (AGK).
On est donc passé pas le désengagement de l'Etat, décidé suivant le dernier décret du Premier ministre. Pour s'être lancé dans les mêmes turpitudes d'un désengagement sauvage, la Gecamines en paie aujourd'hui les frais. Et, comme s'il n'en suffisait pas, le gouvernement réitère la même opération à l'Okimo plaçant l'entreprise en minorité (10% des actions) pour 113,6 millions Usd.
Est-ce que le désengagement de l'Etat en concurrence de 20% dans Kibali Goldmines s'est fait dans les conditions que le gouvernement s'est fixées par le décret du 24 avril 2009 ?
C'est la grande énigme d'une transaction qui jette le doute sur la volonté du gouvernement de mener une revisitation des contrats miniers au mieux des intérêts de la RDC.
LA PERCEE SUD-AFRICAINE
La concession recèlerait 22 milliards de dollars de réserve au cours actuel. La concession de Moto est une partie du «craton du Congo », une formation géologique. « L'Afrique centrale est l'un des derniers carrés aurifères à exploiter », selon Mark Smith, analyste chez GMP Securities à Londres.
L'enjeu, pour les compagnies sud-africaines, en vaut donc la chandelle. La production d'or sud-africaine a baissé de 50% au cours des dix dernières années, alors que depuis huit ans le cours de l'or est en hausse.
Pour acquérir au départ 70% des actions de Borgakim dans Kibali Goldmines, réparties entre Moto Goldmines (60%) et Orgaman (10%), RandGold a dû débourser près de 480 millions Usd. Ce qui aurait sans doute attirer l'Okimo à se rapprocher de la firme sud-africaine en lui cédant 20% de ses 30 % d'actions dans Kibali Goldmines.
Nombre d'analystes pensent que RandGold et AngloGold ne devraient pas rester longtemps les seuls majors du métal jaune à s'installer en RDC. Dès leur installation, les autres devraient suivre. Le destin aurifère congolais s'annonce donc sous de bons auspices. Pourvu seulement que le gouvernement en saisisse les vrais enjeux.
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