Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Halte à la violence sexuelle aux hommes !

YOKA LYE

4 Novembre 2009


opinion

Kinshasa — La rumeur court, court et n'en finit pas. En plus, relayée par «La Radio du monde », «la Radio-Songi-Songi» (comme les Kinois l'ont surnommée) pourtant sous embargo ici, la nouvelle s'est répandue comme trainée de poudre. C'est qu'avec l'embargo, les auditeurs se sont transformés en internautes ; et suivent donc désormais les nouvelles en catimini. D'ailleurs dans mon quartier, les « parlementaires-debout » ont trouvé des astuces inattendues : après cotisation, l'un après l'autre, à tour de rôle, ils consacrent la demi-journée dans un cybercafé ; et là ils zappent sur toutes les chaînes indexées et recueillent les nouvelles les plus sensationnelles.

Avec ce butin, dans l'après-midi, ils retrouvent les congénères sous l'arbre à palabres, et les échanges peuvent commencer à chaud. Et donc la rumeur court depuis quelques jours sous l'arbre à palabres que des villages entiers au nord-Kivu seraient désertés par les hommes, non pas pour fuir la guerre et les «forces négatives», selon le jargon de la MONUC, mais pour fuir la furie des amazones qui hantent tout le territoire pour traquer des proies mâles en vagabondage dans la brousse. Cela s'appelle en jargon de la MONUC, «violence faite à l'homme». En fait il s'agit des épouses abandonnées des ex-rebelles en déroute et qui, pour assouvir leurs appétits de lit et de nuit, prennent en otages les mâles, et les violent à tour de cuisses.

Gare à vous, mâles, si d'aventure, vous vous égariez dans la brousse à la recherche de quelque gibier : c'est vous qui allez être transformé en gibier de lit et de nuit entre les jambes d'amazones déchainées et obsédées. Les statistiques de la MONUC, jusque là secrètes, ont fini par révéler, par « Radio-songi-songi » et « parlementaires-debout » interposés, qu'une bonne centaine d'hommes mâles ont été ainsi violés en un mois dans un territoire à la dimension d'un mouchoir de poche. Le malheur en est que même les milices privées constituées par les villageois pour traquer les violeuses ont fini par trahir, et sont devenues des victimes consentantes des violeuses.

Les choses se sont empirées quand un ambassadeur en vue d'un pays européen , poussé par des ONGs d'anthropologues curieux, s'est avisé de se renseigner de très-très-très près sur ces pratiques carnivores et cannibales de femelles sauvages et excitées. Prise en otage, Son Excellence ! L'ambassadeur y a laissé, pour ainsi dire sa peau ; et n'a eu finalement son salut que grâce à une action énergique de la MONUC qui l'a exfiltré en catastrophe.

C'est alors que la primature a décidé d'envoyer en commando mon patron, le Ministre des Affaires stratégiques (à prononcer avec respect ). Mon patron est descendu sur place tambour battant avec son garde du corps et son chauffeur que je suis. Or la première nuit s'est mal passée pour mon patron Ministre : toute la nuit, mon patron hurlait comme un hibou en détresse. Quand nous sommes arrivés sur les lieux de son campement avec le garde du corps, nous avons trouvé notre patron en train de se débattre tout seul dans son lit comme en proie à des forces mystérieuses.

Nous l'avons réveillé ; et l'oeil hagard, notre patron de Ministre nous a raconté comment toute la nuit dans un cauchemar, il a été agressé par des dizaines de femelles violeuses nues. La nuit suivante, il a exigé que son garde du corps dorme dans le même lit de camp que lui. Or cette nuit-là, tous les villageois et moi avons été de nouveau réveillés et par les cris de mon patron et par ceux plus volcaniques de son garde du corps. Les deux nous raconteront la même histoire mélodramatique que la veille.

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La troisième nuit, mon patron a exigé que nous dormions à trois dans le même lit de camp. En pleine nuit, ô horreur ! Nous avons entendu des ronronnements et des gloussements suspects. Et j'ai vu, oui, j'ai vu de mes propres yeux des bandes de femelles nues débouler dans notre campement avec des flèches et des machettes ! Le garde du corps n'a pas eu le temps de dégainer son arme : ces sauvages de femmes nous avaient déjà encerclés et nous menaçaient avec leurs sexes et leurs babines retroussées. Et le marchandage a commencé : ces sauvages de femelles exigeaient que chacun d'entre nous s'offre à au moins cinq violeurs.

C'est alors qu'il se passa quelque chose d'extraordinaire : le garde du corps, dans un geste chevaleresque inattendu, s'est complètement déshabillé, et a offert son corps aux assaillantes, au nom de toute la délégation ; et particulièrement au nom de Son Excellence Monsieur le Ministre. J'ai cependant cru lire dans les yeux de notre garde du corps plus de concupiscence que de vertu Jusqu'à aujourd'hui, alors que nous sommes rentrés exténués dans la capitale, nous n'avons pas de nouvelles de ce héros de lit et de nuit. ..

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