Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa:Linguistique Afro-américaine - « Africanisms in the Gullah Dialect», l'influence des langues d'Afrique dans le Gullah

PATOU NSIMBA

4 Novembre 2009


Kinshasa — Les seaislands (différentes langues véhiculaires issues de l'Islande), un archipel Bantu ! C'est la conclusion que l'on tire après la lecture de la dernière édition du précieux ouvrage « Africanisms in the Gullah Dialect » du grand linguiste noir, originaire de l'ancienne esclavagiste Caroline du Nord, Lorenzo Dow Turner (1895-1972).

La suite de l'ouvrage, dont la première édition a été publiée à Chicago, en 1949, s'articule en une dizaine de chapitres dans lesquels l'auteur, Lorenzo Dow Turner, premier Africain américain, vrai linguiste professionnel, aborde l'évolution de l'installation des esclaves africains en Caroline du Sud et en Géorgie, l'influence des langues de l'Afrique occidentale et centrale dans le Gullah (région des îles et plaines côtières de Caroline du Sud et de Géorgie) , et, notamment, les parlers du Congo/Angola, c'est-à-dire : le kikongo, le kimbundu et l'ovimbundu. Aussi, le pionnier y analyse la continuité africaine dans les contes, les chants, les prières et les récits collectés dans l'archipel évoquant l'asservissement esclavagiste.

Lorenzo Dow Turner, premier noir membre de la société américaine de linguistique, présente, ensuite, une approche de haut niveau technique et presque exhaustif du parler seaislandais, le seul attesté en Amérique du nord, dans ses particularités phonétiques, ses modifications diacritiques, son système syntaxique et sa dynamique morphologique. Il y adjoint, dans la dernière rubrique de son ouvrage, entre autres documents : une carte de l'aire culturelle Gullah

L'originaire du Lowcountry (organisation athée locale et nationale de Caroline du Sud) confirme que la majorité des esclaves installés dans cette région venait directement de la contrée cote atlantique, et notamment, de l'actuel territoire de l'Angola.

En véritable érudit et conscient de l'importance des «Negro-Portuguese of Angola» dans le peuplement noir de l'archipel, Turner apprendra à la fameuse School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres, entre autres langues et cultures africaines, celle des Ambundu. . Le réexamen du matériel lexical recueilli par Lorenzo D. Turner fera dire à Frédéric Cassidy que « Congo -Angola elements strongest in the word-lists ».

BROKEN ENGLISH

Dans son éclairage des choix anthroponymiques des Gullah, le linguiste Tumer va citer les explications de Wilfried D. Hambly sur l'imposition des noms dans les plateaux centraux angolais, dans son ouvrage, devenu un classique, « The Ovimbundu of Angola », publié en 1934. Abordant ce système d'attribution anthroponymique mais aussi l'ensemble lexique geeche ou Gullah, dans le cadre de sa large approche technique de ce créole, Dow Turner y produit un véritable dictionnaire multilingue, dans une savante et convaincante démarche comparative impliquant donc le «broken english» et les idiomes de la contre cote atlantique. La moitié du livre est, pratiquement, consacré à cet exercice. Celui-ci va donner, au niveau de langues bantu, de centaines de continuum lexicaux Gullah à l'exemple de «a' wulu, du kimbundu, avulu, beaucoup ; malafee, du kikongo, malavu, vin de palme ; dati, de l'umbundu, ndati, comment ?» Expliquant la difficulté des sudistes noirs à prononcer certains mots anglais, le linguiste pense que cela « this probably related to the fact that languages like kikongo, umbundu ».

Rigoureux, le chercheur nord carolinien, Wilfried D. Hambly, l'un des grands contributeurs à une meilleure connaissance de la US non standard english a vérifié ses données de terrain grâce a des travaux antérieurs dans les grammaires et dictionnaires sur le Kongo language, la lingua bunda, mbundu, umbundu ou angolense, et l'essai du brésilien Edison Carneiro « Negros Bantu », publié à Rio de Janeiro, en 1937.

Ces éléments linguistiques et anthropologiques de caractère, visiblement, bantu, venus de l'Afrique centrale, c'est à dire, pour l'essentiel, du Royaume du Kongo et de la colonie d'Angola, ont aussi été examinés par Elaine J. Engwall, qui a commencé à parler le kikongo, dès sa tendre enfance, dans le Congo de la rive gauche (RDC) et Edwards Coles, fils du fermier nord-américain, Samuel B.Coles, installé dans la région de Ngalangi. Edwards naquit et grandit dans les plateaux centraux angolais, où il y parla très tôt l'umbundu.

Véritable travail d'investissement scientifique sur l'unique créole attesté en Amérique du nord, l'Africanisms in the Gullah Dialect a suscité, dans un « open wide door» de dizaines de travaux et une franche renaissance de l'idiome et de la culture afro-anglaise de l'archipel. En effet, de nombreuses initiatives, de tous ordres, ont été, depuis lors, prises, dans cette dynamique : sauvegarde des archives du linguiste afro-américain, organisation de rencontres de caractère national et international, production de festivals, concerts musicaux et pièces de théâtre, lancement de publications tels que des glossaires et manuels de gastronomie, édition en Gullah de divers supports imprimés et audio-visuels (bible et chants de gospel ) , réalisation de programmes de radio et de télévision, etc.

Deux exemples de cette régénération, qui a aussi revigoré, par effets induits, le singulier African American Vernacular English (AAVE), sont la production du Gullah Festival qui se tient le jour du memorial day, c'est à dire le 26 mai, de chaque année, et cela depuis 1986, sur le front de mer de Beaufort et la célébration dans l'île St Hélène, des « Heritages days», par le Penn Center, vénérable institution muséale aux Usa.

L'ouvrage de Lorenzo Dow Turner a bien établi un véritable pont transculturel entre les pays des Bantu et les régions côtières de la Caroline du sud et de la Géorgie, ce qui doit inciter, ainsi, les populations de l'Afrique centrale, orientale et australe a, également, célébré le mois de l'histoire Afro-américaine. Une opportune initiative prise par Carter G. Woodson, en 1926.

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Cette réédition, scellée, moins la préface et les liminaires contemporains, en 321 pages, entreprise sous l'initiative de l'Université de la jumelle Caroline du Sud et réalisée dans la capitale de cet état, Columbia, a, naturellement, nécessité une nouvelle introduction. Celle-ci est, didactiquement, rédigée par Katerina Willy Mille et Michael B. Montgomery, tous deux spécialistes de la sociolinguistique et du pidgin seaislandais (différentes langues véhiculaires issues de l'islandais)

SOURCE : SIMAO SOUINDOULA, HISTORIEN ET CRITIQUE D'ART ANGOLAIS. EXPERT DE L'UNESCO

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