L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Guinée: Blaise aux forces vives guinéennes - « Allez et ramenez-moi vos préoccupations »

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

3 Novembre 2009


Fidèle à ce qui est désormais « sa méthode », qu'il a du reste éprouvée au début des pourparlers ivoiriens et togolais, Blaise a entamé ceux de la Guinée en recevant d'abord les forces vives pour les écouter. Hier 3 novembre 2009, ces dernières, après près de deux heures avec le chef de l'Etat burkinabè, ont été priées d'aller coucher sur du papier leurs préoccupations relatives au Conseil national de transition (CNT), au processus électoral... et de les ramener ce matin même afin que les choses sérieuses commencent.

Un tour d'horizon des avis des présents dans la salle polyvalente du palais de Kosyam met en lumière une certaine disparité des attendus ou plutôt de vues sur le processus de sortie de crise. Bien sûr, sur le départ de Dadis il y a une certaine unanimité, même si, de plus en plus, la realpolitik ramène des positions maximalistes à la baisse.

Jean-Marie Doré, leader de l'Union pour le progrès de la Guinée (UPG) et porte-parole des forces vives, affirme : « Ce serait redondant de vous répéter ce que nous venons faire ici...

Quand ça ne va pas, ça ne va pas... en Guinée ça ne va pas.. Tout le monde est inquiet et il faut ramener l'ordre... permettre aux Guinéens de se retrouver... nous pensons qu'il peut ramener les Guinéens à se retrouver... ». Sur le départ immédiat du chef de la junte, il est moins catégorique quand il affirme : « Il y a une confusion sur la question du départ du président Dadis, car jusqu'à la fin du dialogue, notre interlocuteur est le président du CNDD ... c'est donc un non-sens d'exiger son départ ; avec qui nous allons discuter ? »

Sidya Touré, patron de l'Union des forces républicaines (UFR) : « Nous avons exposé les points de vue des forces vives au facilitateur, Blaise Compaoré, notamment sur l'insécurité grandissante vis-à-vis des leaders politiques et des syndicats ; sur la transition conformément aux accords d'Abuja ».

Rabiatou Sera Diallo, patronne de la Centrale nationale des syndicats de Guinée (CNTG) : « Nous attendons du médiateur qu'il nous aide à sortir la Guinée de la crise. Concernant la candidature du président Dadis, je dois avouer que, pour moi, il n'a pas encore dit qu'il serait candidat ».

Celloun Dalein Diallo, président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) : « Nous attendons que le président Blaise Compaoré, dont les talents et l'expérience sont connus, les mette au service de la Guinée ». Sa position sur le départ du chef de la junte n'a pas varié d'un iota : « Nous attendons qu'il parvienne à convaincre Dadis de se retirer et à dissoudre le CNDD ».

Laonsény François Fall, président du Front uni pour la démocratie et le changement (FUDEC) : « Nous faisons confiance à Blaise... le chemin est balisé avec le travail fait par le Groupe de contact international (GTI) ...nos soucis sont liés à la libération des prisonniers, à la remise des corps des victimes aux familles et à l'interdiction aux soldats de se promener avec les armes dans les rues ».

Mouctar Mamadou Diallo, jeune leader des Nouvelles Forces démocratiques (NFD), comme d'habitude, avec son verbe acéré, laissera entendre relativement au 28 septembre 2009 : « La commission que Dadis a mise en place, c'est de la diversion... il dit que ce sont les leaders politiques qui sont responsables... c'est lui, le boucher ...ce qui est clair, c'est que le capitaine Dadis est complètement disqualifié pour quoi que ce soit... il sera jugé par les structures internationales, les Guinéens et l'Histoire ».

Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) : « Vous avez dit à l'Observateur paalga des choses que je n'ai pas dites... ». Vous n'avez pas dit, que Dadis doit partir ? « Oui, mais je n'ai pas fais ces déclarations au Burkina. J'en reparlerai après ». On l'aura constaté, les représentants des forces vives sonnent le tocsin, mais à plusieurs, si fait qu'on perçoit certaines divergences qu'il faudra nécessairement aplanir sinon ce sera pain bénit pour le CNDD.

Des clashs qui se sont déjà signalés au niveau des délégations à venir à Ouagadougou. Plus de 70 personnes ont fait le déplacement dans la capitale burkinabè, « certains sont venus sans y être invités », grince un leader politique. A la décharge de tout ce monde, ils ne sont pas venus du même lieu. Si plus de la soixantaine est arrivée de Conakry, d'autres ont atterri à partir de : Paris, Abidjan, Abuja.... Mais à Ouaga on aurait dû faire le tri. En tout cas, le résultat est que, hier devant le portique de la salle polyvalente du palais présidentiel, certains ont été d'abord recalés, d'autres, qui sont parvenus à entrer, ont par la suite été priés de sortir et convoyés à ...l'hôtel Laico (voir vu et entendu).

Une situation qui est symptomatique du fait que les opposants à Dadis doivent véritablement accorder leurs violons s'ils veulent vraiment que le médiateur réussisse sa mission. Ce qui ne devrait pas poser problème, puisqu'on a affaire à des politiques et personnalités de la société civile aguerries.

Ayant en tout cas constaté sans doute que certaines aspérités doivent êtres élimées avant les rounds, Blaise Compaoré a dit, au sortir de cette réunion de prise de contact : « Ce matin, il s'est agi pour le médiateur d'écouter les forces vives et de faire une évaluation de la situation en Guinée...j'ai fait le constat que la situation est préoccupante sur les plans politique, économique, social et des droits humains... il faut réellement s'engager rapidement pour une sortie de crise.

Guinée: L'appel au dialogue

Bien sûr, de mon côté, j'ai présenté une démarche de travail qui va commencer bientôt, demain. Je leur ai demandé de me fixer sur leurs idées, leurs pensées centrales sur la sortie de crise. Ainsi que leurs points de vue sur la nouvelle autorité qui a été préconisée par les chefs d'Etat de la CEDEAO et de l'UA, sans oublier le chronogramme du processus et les conditions d'éligibilité. Tout cela va me permettre, avec les avis que je vais prendre du côté du CNDD, de faire la synthèse afin de discuter avec tout le monde ».

Autrement dit, Blaise invite les forces vives à lui ramener un mémorandum aujourd'hui même 4 novembre pour lui permettre d'avancer. C'est véritablement à partir de ce document, qu'on souhaite consensuel (qui servira de référentiel), que la palabre guinéenne pourra débuter

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