La Presse (Tunis)

Tunisie: Lecture : initier...accompagner... développer

M.h.abdellaoui

4 Novembre 2009


Objet de tous les désirs autrefois, le livre n'occupe plus, sous nos cieux comme sous d'autres, la position privilégiée dont rêvaient les parents soucieux de voir leurs enfants réussir. Raisons : la concurrence est rude.

La télévision, le cinéma, la musique, les jeux vidéo, le sport et, finalement, Internet prennent le dessus et occupent de plus en plus de place parmi les loisirs juvéniles. Plus, enseignants se la coulant douce aux yeux des parents ; parents à côté de la plaque dans l'éducation de leur progéniture, si éducation il y a, pour pas mal d'enseignants : le résultat de ce face-à-face en chiens de faïence va dans le sens d'une faiblesse du bagage culturel de l'élève et d'une modestie de ses capacités d'imagination.

Les programmes scolaires mis en place dans les écoles expriment une évidence : apprendre à lire est une priorité de l'enseignement primaire. De ce fait, il a été procédé à la consécration d'une démarche évolutive se devant de prendre en considération les spécificités et les exigences de chaque niveau scolaire.

Pour M. Abdelaziz Jerbi, directeur des programmes et de la formation continue au ministère de l'Education et de la Formation, ce qui prime à ce niveau est le fait d'amener l'élève à intérioriser les abc de la langue.

Le passage au deuxième niveau de l'enseignement primaire (3e et 4e années) implique une évaluation des pré requis de l'apprenant pour s'assurer de leur solidité. En cas de lacunes, on travaille à les corriger avant qu'elles ne s'accumulent ou ne s'aggravent. En outre, l'objectif à atteindre, à ce stade-là, est d'amener l'élève à être capable de lire un texte silencieusement ou bien à haute voix de façon fluide et d'en saisir le sujet. Quant à la troisième phase, qui se donne pour objectif un bon enracinement de la lecture chez l'élève, elle concerne les 5e et 6e années. L'écolier est censé, non seulement lire un texte, mais aussi déterminer sa structure et sa typologie.

C'est là, comme le souligne notre interlocuteur, une étape transitoire vers les textes longs relevant généralement d'un genre dominant, à savoir le conte.

On apprend également que la sélection de ces textes obéit à un critère primordial : du suspense avant tout, afin de maintenir en haleine le désir de poursuivre la lecture chez l'apprenant, en étant à l'abri de l'ennui et de la lassitude face au texte en question. En effet, la tâche de l'élève consiste désormais à lire chez lui, à la maison. Puis de le présenter en classe dans une ambiance vivante, de manière à ce que le livre serve de point de départ à un échange et à un débat. Une activité réalisée une fois par quinzaine à tour de rôle et dont la durée est d'une heure. D'autres objectifs s'y rattachant s'énumèrent comme suit : secouer l'imaginaire de l'élève, tester son potentiel fictif et l'amener à mieux s'en armer.

Les difficultés persistent malgré les efforts

Dans la même perspective, le ministère de l'Education et de la Formation s'est lancé dans l'expérience des bibliothèques scolaires. Il assure annuellement l'approvisionnement en livres à 4.500 écoles primaires, après avoir fait évaluer les textes par des pédagogues confirmés. Aussi, c'est en fonction des rapports d'évaluation que l'on décidera, par la suite, de l'acquisition ou non de tel titre parmi les publications récentes.

De son côté, le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine a procédé au lancement de tout un programme de motivation à la lecture. Une initiative datant de 1991, qui s'est fixée pour objectif une meilleure familiarisation du large public avec la lecture, tout en se focalisant sur le public des jeunes.

Nouveaux espaces

M.Ali Merzouki, qui est à la tête de la Direction de la lecture publique, indique que ledit programme s'appuie sur diverses manifestations alliant l'instructif au distractif. A l'image du concours national des créations littéraires des enfants, lancé en 1992, on a vu l'organisation, pendant les vacances scolaires, d'une manifestation baptisée " Le livre, viatique du voyageur " : une initiative visant à inciter les jeunes à meubler leur temps de voyage en s'adonnant à la lecture. Autres trouvailles obéissant à la même logique : " L'été du livre ", "Les journées nationales de la lecture et de l'information " et " Le concours national du lecteur fidèle ". Sans oublier le programme national de promotion de la lecture en milieu rural, qui mobilise un ensemble de bibliobus couvrant 1735 points de desserte dans les 24 gouvernorats. Autant d'efforts à saluer qui sont à mettre au crédit de l'Etat.

Pourtant, la lecture n'a pas pris, jusqu'à présent, une place réellement satisfaisante au sein de l'école. C'est pourquoi, il pourrait être utile d'envisager la modernisation des méthodes. D'où la mise en place d'un programme ministériel actuellement en cours. Il s'agit du lancement, par le ministère en charge de l'éducation, de 50 centres de ressources et de documentation dans les collèges et lycées secondaires d'ici à l'an 2010, à raison de deux établissements par direction régionale, avec pour exigence une priorité accordée aux zones rurales. Ces centres seront fournis en livres, oeuvres encyclopédiques, ordinateurs, journaux et magazines spécialisés, ainsi que tableaux interactifs. Avec, en prime, des sièges confortables et des espaces réservés à la recherche. Lesdits espaces allieront un décor gai et un fond de musique douce aux fins de redonner à l'activité de lecture tous ses attraits, face aux loisirs juvéniles les plus en vogue.

Mais d'autres difficultés sont également à identifier et surmonter. Certaines d'entre elles concernent les manuels. Feuilletons, par exemple, le livre de lecture en langue arabe de la cinquième année primaire : on y trouve une surcharge de questions qui, par l'effet de contrainte qu'elles provoquent, chassent le plaisir de la lecture chez l'apprenti du savoir. Côté illustration, c'est généralement terne et insipide, et cela ne suscite pas le désir de se plonger dans le texte.

A force de forger

Mais les raisons de la désaffection sont aussi à chercher hors de l'école. M. Mohamed Ali, en sa qualité d'enseignant de la langue de Voltaire, abonde dans ce sens: " Beaucoup d'élèves n'aiment pas lire parce qu'ils n'ont pas de modèle. En outre, chez eux, on ne lit pas et le livre, malgré l'école ou bien le collège, n'a aucun sens, faute d'être lié à une expérience intime. L'entourage familial est un facteur déterminant ".

Il faut savoir que l'on n'impose jamais un plaisir. Il convient plutôt de le susciter, puis de le développer. Notre interlocuteur ajoute, dans ce sens, qu'à partir du moment où l'on parvient à inoculer doucement chez l'enfant-élève le plaisir de la lecture, il ne sera point utile de s'inquiéter pour son avenir en tant que liseur. Mme Sihem, fonctionnaire et mère de deux enfants, semble être du même avis en revenant sur le rôle déterminant des parents. " Il y a des parents qui qualifient d'indispensable l'activité de lecture et de géniaux les livres, alors qu'ils n'en ouvrent pas un seul. En revanche, les enfants aiment voler le feu sacré et imiter leurs premiers éducateurs. Bref, je pense que rien ne sera plus efficace pour stimuler la curiosité d'un petit que de disposer, même de façon épisodique, d'un livre chez soi. Du reste, je trouve qu'il est urgent de remettre les pendules à l'heure, d'autant plus que le livre n'est pas une personne pour demander au secours dès qu'il est délaissé ".

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Tunisie

Rubriques