Ibrahima B. Kamagaté
3 Novembre 2009
L'histoire est un témoignage. Ce n'est pas Laurent Gbagbo, historien de formation, chef de l'Etat sortant, qui contredira cet adage populaire.
Cela fait exactement cinq ans, jour pour jour, que le régime FPI avec à sa tête Laurent Gbagbo et sa soldatesque, avait décidé de «rayer» de la carte, les zones occupées par la rébellion des Forces nouvelles. Gbagbo aurait voulu exterminer les populations de cette partie de la Côte d'Ivoire qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Des villes telles que Bouaké, Korhogo, Vavoua, Man Séguéla, etc. ont connu les affres de la furia de l'armée loyaliste de Gbagbo. Les effets collatéraux et le désastre humanitaire de cette folie meurtrière de «l'armée nationale» doublée de la volonté manifeste de Laurent Gbagbo d'en finir, vaille que vaille, avec les rebelles, furent incommensurables. A moins de quarante huit heures, ce qui était considéré comme «une reconquête du Nord», s'est avéré une véritable tragédie du Nord.
Contexte
Octobre 2004, le chronogramme des accords d'Accra III peine à être appliqué. L'opposition armée et politique d'une part et le camp présidentiel d'autre part, se rejettent la responsabilité de l'impasse dans laquelle est englué le processus de sortie de crise. Les projets de lois prévus dans le processus sont bloqués par le FPI à l'Assemblée nationale de même que les conditions d'éligibilité pour le scrutin présidentiel conformément aux accords de Marcoussis. Laurent Gbagbo prétend choisir une procédure référendaire et non la voie des ordonnances, suggérée à Accra. Devant le blocage politique, le désarmement dont le début est prévu quinze jours après ces modifications constitutionnelles, ne s'engage pas à la mi-octobre. Le FPI tient une conférence de presse au cours de laquelle, il annonce leur volonté de rentrer à Bouaké le 15 novembre et y fêter la libération de la Côte d'Ivoire. Du bluff, disent des membres des Forces nouvelles. Stratégie qui cache des intentions malveillantes inavouées, affirment des observateurs lucides de la scène politique ivoirienne. Une chose est certaine; c'est que la tension remonte et des signes avant-coureurs d'une confrontation sont perceptibles. Les rebelles annoncent le 13 octobre leur refus de se laisser désarmer face aux achats massifs d'armes des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI).
"Opération dignité"
Elles ont en effet intercepté deux camions des FANCI plein d'armes lourdes faisant route vers la ligne de démarcation. Le 28 octobre, elles décrètent l'état d'urgence dans le Nord du pays.
Abidjan décide d'une contre-offensive, baptisée « opération Dignité » (parfois appelée « opération César ») conduite par le Colonel Philippe Mangou, alors commandant du théâtre des opérations. Mercredi 3 novembre, Paris s'inquiète de la montée de l'adrénaline entre les deux camps protagonistes.
Le président français, Jacques Chirac, après une réunion de crise avec Michel Barnier, son ministre des Affaires étrangères et Michel de Bonnecorse, son conseiller pour les affaires africaines, met en garde contre une offensive sur le Nord. Chirac joint Gbagbo. Et avertit qu'en cas de dérapage, la France mettra de l'ordre. Selon les mêmes sources diplomatiques, Gbagbo aurait dit qu'il était impossible pour lui de tenir ses hommes.
Jeudi 4 novembre, l'offensive commence à 7 h20. Les bombardiers Sukkhoï, pilotés par des mercenaires russes, ukrainiens et biélorusses bombardent des emprises militaires, le PC des Forces du Nord et détruisent les résidences de certains chefs de la rébellion dans la région de Bouaké. Le 6 novembre, l'aviation ivoirienne bombarde la base française de Bouaké (2e RIMA, RICM et 515e régiment du train) faisant neuf morts et 37 blessés parmi les soldats français et un civil américain. La riposte sera fatale à l'aviation militaire ivoirienne. L'ordre venu de Jacques Chirac, est appliqué avec célérité par le général Poncet et ses hommes.
Pour la première fois, l'acheminement de l'eau et de l'électricité vers le Nord est coupé par la volonté de l'homme fort d'Abidjan. En moins de quarante huit heures, ce sont des dizaines de morts dus essentiellement à la coupure de l'électricité et de l'eau. Un crime contre l'humanité qui ne dit pas son nom. Du jamais vu en Afrique ; même au plus fort de la crise libérienne. Une situation qui rappelle étrangement le bombardement des Kurdes par le Tiran Sadam Hussein. Il a fallu la protestation vigoureuse de l'opposition politique auprès de l'ONU, pour ramener le régime Gbagbo à de meilleurs sentiments plusieurs jours après. Suite à l'appel de Charles Blé Goudé, et des pontes du FPI, «les jeunes patriotes» décrètent une véritable «fatwa» contre les Français et les intérêts français. Des centaines d'entreprises sont saccagées mettant au chômage des dizaines de milliers d'ivoiriens. Par la faute de Gbagbo et son régime, la Côte d'Ivoire a vécu le moment le plus atroce de son histoire que la population n'oubliera pas de si tôt. Et surtout, pas les régions qui ont vu leurs populations recevoir des tonnes de bombes sur leurs têtes et leurs maisons.
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