Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Le poids de l'irresponsabilité

Eric Elouga

4 Novembre 2009


Situation économique difficile, négligence, ou insouciance, les cas d'abandon mettent souvent en avant le rôle des parents.

C'est un sujet qu'elle n'évoque pas de gaieté de coeur. Un malheureux concours de circonstances, devenu aujourd'hui son plus gros cas de conscience. Amélie TCR., étudiante de 24 ans, a porté une grossesse non désirée il y a trois ans. « A l'époque, j'habitais chez mes parents. Et comme il ne voulaient pas de l'enfant, j'ai été obligée de partir », explique-t-elle. Le père de l'enfant, quant à lui, a assumé ses responsabilités, relogeant même la jeune fille dans une chambre à la zone résidentielle universitaire de Ngoa-Ekellé. Mais peu de temps après la naissance, le géniteur - qui venait de convoler en justes noces avec une autre- juge l'enfant préjudiciable à son ménage et décide de couper les ponts. « J'ai tenu six mois. Mais c'était insoutenable. Mes études étaient perturbées, je n'avais aucune ressource, et j'ai parfois dû me prostituer pour nourrir l'enfant. Le fardeau était trop lourd, j'ai dû me résoudre à l'abandonner. Je l'ai discrètement déposé dans un centre de santé tenu par des soeurs, non loin de mon village natal dans le Littoral », relate la jeune fille. Cet argument du poids de la charge pesant sur des familles indigentes, est le plus avancé pour justifier les cas d'abandons d'enfants. Certains arguant même que c'est « pour le bien de l'enfant ».

Explication un peu facile ? C'est en tout cas l'avis d'un certain nombre de spécialistes de l'enfance. « Il y a des familles bien plus pauvres, mais qui se battent quand même pour élever leurs enfants elles-mêmes, nous indique-t-on au centre des Affaires sociales de Messa. Quand vous avez un enfant qui est abandonné à 7, 8 ou 10 ans, c'est difficile d'avancer l'argument économique, puisque les parents ont bien réussi à s'en sortir les années précédentes. La majorité des cas, c'est l'irresponsabilité des parents, notamment quand le couple a eu l'enfant trop jeune, ou que les deux parents ne vivent plus ensemble ». Notre source explique que beaucoup de jeunes mères seules ont souvent abandonné leur enfant, quand elles considéraient ce dernier comme un obstacle à leurs relations avec d'autres hommes.

A côté de ces deux raisons usuelles, des négligences parentales aboutissent également à l'abandon de la progéniture. Douala a ainsi été récemment le théâtre d'une dispute de couple durant laquelle le nourrisson de 13 mois, s'est retrouvé à errer seul dans les rues, avant d'être recueilli par les autorités locales, qui ont pu mettre la main sur les parents.

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D'autres cas enfin, s'ils peuvent apparaître comme des abandons, résultent parfois simplement de fugues. A la radio Vénus à Madagascar, par exemple, nombre d'enfants qui ont été conduits et présentés comme abandonnés, s'avéraient par la suite avoir quitté eux-mêmes leur maison. « Victimes de brimades ou par peur d'être punis, certains ont préféré fuir de la maison familiale, et se sont perdus par la suite. Mais par crainte d'avouer leur geste à ceux qui les recueillent, ils disent que leurs parents les a abandonnés ».

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