Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Poursuivis pour assassinat par empoisonnement - Ibrahima Diagne et Fatou Ndiaye risquent vingt ans de travaux forcés

Mamadou Sarr

4 Novembre 2009


La première affaire inscrite au rôle de la première session de la Cour d'assises de Dakar, ouverte lundi, moins d'un an après la suppression des jurés populaires, porte sur une sordide histoire d'assassinat par empoisonnement et complicité d'empoisonnement. Le parquet général a requis vingt ans de travaux forcés contre les accusés Ibrahima Diagne et Fatou Ndiaye qui se sont accusés mutuellement du meurtre de l'Allemand Johans Herman Dirks dit Hans, en juillet 2003 à Ngor.

Le 6 juillet 2003 disparaissait, dans le salon de l'appartement qu'il avait pris en location à Ngor et dans des conditions mystérieuses, un citoyen de nationalité allemande âgé de plus d'une cinquantaine d'années du nom de Johans Herman Dirks dit Hans. La dernière personne a l'avoir vu vivant et le premier à avoir découvert le cadavre de l'allemand gisant par terre dans son salon et qui a ameuté les médecins urgentistes de Suma assistance et différents amis de la victime, n'est personne d'autre que le sieur Ibrahima Diagne avec qui la victime était associée en affaire. Ce dernier s'en était déjà ouvert à la bonne et en même temps compagne de Hans, Fatou Ndiaye qui habite Pikine. Le sieur Diagne ne s'est pas arrêté là puisqu'il a informé Urshula Dirks, la soeur de la victime qui habite Berne en Allemagne. Il a voulu également expliquer aux uns et aux autres la mort de Hans par le Vih/Sida, par une surdose de médicaments ou du fait de la cirrhose du foi.

La soeur de Hans, unique héritière de la victime à qui on prête d'avoir une fortune dans des paradis fiscaux et qu'il voulait de son vivant rapatrier au Sénégal, saute dans le premier avion et arrive à Dakar le lendemain de la mort de Hans. A la découverte de son corps à la morgue, 'la bouche ouverte comme un monstre', Urshula Dirks en conclut que ce n'est pas une mort naturelle et exige une autopsie. Elle reste un mois à Dakar pour s'occuper des comptes bancaires, des affaires de son frère qu'elle finira par enterrer en Gambie après la délivrance d'un certificat de genre de mort sur la base des résultats de l'autopsie réalisée par un médecin légiste qui a conclu à une 'mort par congestion viscérale après l'absorption d'une substance toxique'.

Deux mois après, de retour au Sénégal, la soeur dépose une plainte à la Division des investigations criminelles (Dic) qui auditionne toutes les personnes avec qui Hans était en contact. Sur la base des résultats des enquêtes, notamment grâce aux aveux de la bonne et concubine, Fatou Ndiaye, qui rêvait de se marier avec la victime et a reconnu devant les enquêteurs avoir 'administré du bissap avec une poudre blanche' à Hans, le juge délivre des mandats de dépôt à la dame et au sieur Ibrahima Diagne. Entre temps, en 2007, Fatou Ndiaye a bénéficié d'une liberté provisoire et consacre son temps à l'enseignement. Voilà résumé, les faits pour lesquels, Fatou Ndiaye et Ibrahima Diagne ont été traînés, avant-hier, devant la Cour d'assises à qui il revenait de démêler les fils de cette affaire pour le moins alambiquée.

Lors de l'interrogatoire d'audience, les deux accusés se sont mutuellement accusés pour la responsabilité du meurtre de Hans dans le but de faire main basse sur sa fortune réelle ou présumée. Et dans ce sens, la dame Fatou Ndiaye a dit à la barre que si elle n'a gardé le silence que pendant deux mois, c'est parce qu'Ibrahima Diagne n'a pas respecté la promesse qu'il lui avait faite de lui donner la poissonnerie et la délivrance d'un faux certificat de mariage pour lui permettre d'hériter de Hans. Des accusations que son coaccusé a rejetées.

Pour sa part, l'avocat général Alioune Ndao, pour asseoir son accusation, n'a pas cherché loin. Il a soutenu, parlant de Fatou Ndiaye, qu'on a 'relevé chez elle un silence coupable'. 'La meilleure manière de prouver son innocence, c'était de faire des déclarations spontanées à la brigade de gendarmerie de Ouakam', relèvera-t-il. S'agissant d'Ibrahima Diagne, le représentant du parquet général fera remarquer 'son comportement affairiste' qui a consisté à écarter les anciens amis de Hans. Avant de le charger de façon implacable : 'Le plus grand responsable de la mort de Hans, c'est naturellement Ibrahima Diagne qui a eu cette idée maléfique et a armé le bras de Fatou Ndiaye'. Et de marteler dans la foulée que 'quoi qu'il en soit, l'auteur et le complice sont punis de la même peine selon les articles 286 et 287 du Code pénal'. Ainsi, il requerra que la Cour reconnaisse Ibrahima Diagne et Fatou Ndiaye coupables de l'assassinat de Johans Herman Dirks dit Hans par empoisonnement et les condamne à la peine de vingt ans de travaux forcés.

De leur côté, les avocats de la partie civile, Mes Alassane Cissé et Khoureichi Ba, ont chacun, à sa manière, démontré que les accusés voulaient faire main basse sur la fortune de Hans. Aussi ont-ils demandé à la Cour de faire 'un complément d'information sur les comptes bancaires réels ou supposés' de Hans y compris ceux qui sont dans les paradis fiscaux. En guise de dommages et intérêts, les conseils de la partie civile ont réclamé 1 milliard de francs Cfa.

Pour sa part, Me Aly Kane, conseil de Fatou Ndiaye, a soutenu qu'il y a plus d'éléments à charge contre Ibrahima Diagne que contre sa cliente. Comme tous les avocats qui ont défilé à la barre, il a reconnu qu'il y a 'une imbrication entre argent et crime', non sans fustiger les 'insuffisances du dossier', avant de demander l'acquittement pour sa cliente. Une demande que vont prendre à leur propre compte et pour leur client les six avocats commis par Ibrahima Diagne que sont Mes Ciré Clédor Ly, Gorgui Guèye, Ndiaga Dabo, Ramatoulaye Bâ, Abdourahmane Sow dit Lenine et Augustin Senghor. 'Tout est mensonge dans ce dossier. Fatou Ndiaye est le genre de personnage qui peut conduire à une erreur judiciaire. Car, elle n'a jamais administré une substance toxique. C'est pourquoi, le code dit que l'aveu est laissé à la libre appréciation de la Cour', a plaidé Me Ciré Clédor Ly.

Après la fin des débats, le président de la Cour, Bara Niang, a mis l'affaire en délibéré pour ce mercredi 4 novembre 2009.

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