Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Fistules obstétricales - Un 'drame social' qui fait des ravages à l'Est du Sénégal

Issa Niang

4 Novembre 2009


A défaut d'une auto-exclusion sociale, la fistuleuse est presque toujours en marge de la société. Certaines sont répugnées par leur famille, d'autres par leurs maris. Au-delà, leur vie sexuelle et la procréation sont compromises. Un drame social que vivent au quotidien beaucoup de femmes de la région de Tambacounda qui a accueilli une mission de sensibilisation dans le cadre de la campagne d'élimination des fistules.

Les fistules obstétricales constituent 'une véritable injustice sociale'. Elles provoquent une souffrance atroce et muette qui met la fistuleuse en marge de la société. Une infection honteuse et dramatisante qui fait que tous les cas ne sont pas déclarés du fait de la stigmatisation. La fistuleuse est souvent victime d'abandon et d'exclusion sociale. A défaut d'une auto-exclusion sociale, elle est souvent en marge de la société. Certaines sont répugnées par leur famille, d'autres par leurs maris. Au-delà, la vie sexuelle et la procréation chez les fistuleuses sont compromises. 'Pourtant, le mari d'une fistuleuse ne court aucun risque d'infection, sinon la forte puanteur des urines que la victime ne peut plus retenir', souligne le Docteur Issa Labou, urologue de l'Hôpital général de Grand Yoff. Il participait à une mission de sensibilisation et de réparation dans la région de Tambacounda, dans le cadre de la campagne d'élimination des fistules.

Une fistule obstétricale, c'est quoi ? C'est une communication anormale entre la vessie et le vagin, le plus souvent acquise, engendrant une perte involontaire d'urines permanente par le vagin. Ces fistules sont de différentes natures. Il faut ainsi distinguer les fistules urétéro-vésicales, recto-vaginales de l'ectopie du méat urètral.

Dans les pays en voie de développement, la fistule constitue un problème de santé publique du fait du nombre de cas. Cette situation est un baromètre assez éloquent d'une mauvaise politique de santé d'un pays. Selon les chiffres de l'Unicef datant de 1996, on les estime à 80 000 par an et le monde compterait 1 million de fistuleuses. Et selon le Docteur Issa Labou, ce 'drame social' fait des victimes de plus en plus jeunes. Parmi ses facteurs favorisants, on peut citer les mutilations génitales et les mariages précoces, ainsi que l'absence de suivi des grossesses et de l'accouchement. Dans des localités comme Tambacounda et Kolda, les réalités socioculturelles font que les femmes sont données en mariage très tôt. Rencontrée dans l'enceinte de l'hôpital de Tambacounda, la fistuleuse Fatoumata Diallo qui attend son passage au bloc opératoire pour une réparation, confirme : 'Je me suis mariée à l'âge de 12 ans. Mon premier enfant, je l'ai eu à 13 ans', explique la dame qui nourrit un grand espoir à sa quatrième intervention.

A cela s'ajoutent les anomalies morphotypiques (petite taille) et congénitales, mais aussi un défaut de système référence-recours et une mauvaise couverture sanitaire. Dans les régions de l'intérieur, les indicateurs concernant la santé de la reproduction sont, en effet, au rouge. A Tambacounda, par exemple, le taux de mortalité maternelle est estimé à 785 décès pour 100 mille naissances vivantes. Au-delà de ce taux qui est le plus élevé parmi les régions du Sénégal, on note une inaccessibilité aux services de planification familiale et un non respect des consultations prénatales.

Cette inaccessibilité géographique aux structures de santé constitue la contrainte majeure pour les populations de Tambacounda. Les femmes sont obligées de parcourir plus d'une vingtaine de kilomètres pour se faire assister dans une structure de santé. C'est le cas de M. Baldé a quitté le département de Vélingara pour se faire opérer. Sa communauté rurale est dépourvue de structures sanitaires. Elle a parcouru plus d'une centaine de kilomètres pour être parmi les fistuleuses qui vont être opérées à l'hôpital de Kolda.

Sous l'initiative de Fonds mondial des Nations Unies pour la population (Unfpa), une campagne d'élimination et de réparation des fistules a été lancée dans les régions de Tamba, de Kolda, Ziguinchor, Saint-Louis, Thiès et Matam. C'est ainsi qu'un voyage d'études a été organisé du 2 au 8 novembre 2009 dans les régions de Tambacounda, Kolda et Sédhiou. Cette campagne est exécutée en partenariat avec la Direction de la Santé de la reproduction du ministère de la Santé, du Service urologie de l'hôpital général de Grand Yoff, de la Clinique obstétricale de l'hôpital Le Dantec.

Cette campagne vise à renforcer la prévention et les capacités d'amélioration de l'accès au traitement. Il s'agit également d'encourager des services d'appui, avant, pendant et après le traitement afin d'assurer la réinsertion sociale des femmes guéries de la fistule dans leur communauté. A cette réinsertion sociale, il faut y joindre la réinsertion économique.

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