Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
4 Novembre 2009
Dakar — La faible intégration de l'UEMOA à l'économie mondiale ne suffit pas à expliquer sa survie à la crise financière, a affirmé mercredi à Dakar le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) Philippe-Henri Dacoury-Tabley, pour qui une gestion rigoureuse de la monnaie et de la régulation financière a permis de réaliser cette prouesse.
"Je relèverais qu'à ce stade actuel de la crise, les secteurs bancaires des Etats membres de l'UEMOA n'ont pas été affectés. Certains analystes se sont souvent limités à évoquer la relative faiblesse du degré de développement financier de nos économies pour expliquer cette situation", a fait remarquer M. Dacoury-Tabley. Le gouverneur de la BCEAO était l'invité de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, où il a donné la leçon inaugurale de la rentrée 2009-2010.
"J'aurais souscrit à cette thèse si dans certaines régions au système financier peu profond, notamment du continent, des pertes financières relativement importantes n'avaient pas été enregistrées, du fait de placements risqués", a-t-il expliqué. "Ce n'est donc pas seulement la faiblesse de notre système financier qui nous a mis à l'abri des effets de la crise financière, a-t-il précisé, suggérant de "chercher les raisons ailleurs".
"Un cadre rigoureux de gestion monétaire et de régulation financière au sein de l'UEMOA" ont permis au système financier des pays membres de se mettre à l'abri de la crise financière, a-t-il soutenu.
Cette "rigoureuse gestion" repose d'abord sur "une démarche prudente" de la BCEAO "dans la gestion des réserves de rechange de l'Union, permettant de les consolider et les préserver".
Ensuite, "le deuxième aspect a trait au suivi régulier de l'activité du secteur bancaire et ses transactions avec l'extérieur, s'appuyant sur des textes communautaires et sur des principes en phase avec les meilleures pratiques internationales. Ce dispositif visant à encadrer les risques du secteur bancaire de l'Union a contribué à réduire son exposition aux actifs financiers (les crédits hypothécaires) à l'origine de la crise", a-t-il encore expliqué.
Le troisième pilier de cette rigoureuse gestion est "l'ouverture contrôlée du compte de capital, afin de limiter les opérations de placement et d'investissements à l'extérieur".
"Cette analyse est, au demeurant, partagée par les institutions financières internationales qui, pourtant, dans le passé, n'ont pas toujours eu une appréciation positive de notre dispositif de régulation financière, le jugeant restrictif à certains égards. Le temps nous a donné raison", a affirmé M. Dacoury-Tabley.
Toutefois, a-t-il ajouté, "si nos économies ont été épargnées par la crise, dans sa dimension financière, force est de constater que nos pays ont été durement affectés par l'aggravation de celle-ci et sa mutation en une crise économique qui a affecté la plupart des pays du monde". L'économie mondiale a connu un net ralentissement en fin 2008, puis une récession généralisée à partir du premier trimestre de l'année 2009, a-t-il rappelé.
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