Souleymane Diam Sy
5 Novembre 2009
Le nommé Babacar Camara alias Babacar Kama, accusé d'incendie volontaire et vol au préjudice de l'Etat par un agent non fonctionnaire hume depuis hier l'air de la liberté.Condamné à six ans de travaux forcés, le séjour carcéral de l'accusé dépasse de quatre mois la peine prononcée.
La cour d'Assises de Dakar a rendu hier sa première décision, depuis l'ouverture de la première session de la cour d'Assises, en condamnant l'accusé Babacar Camara à six ans pour les délits d'incendie volontaire et vol au préjudice de l'Etat par un agent non fonctionnaire. Les faits remontent à six ans, plus exactement au 09 juin 2003. A cette date, vers 22 heures, un incendie s'est déclaré dans les locaux de la direction de la Protection des végétaux (Dpv) à Diamaguène sis en face du foirail des petits ruminants. Alertée, la Police s'est transportée sur leurs lieux pour constater la dévastation par les flammes du bureau du comptable des matières et de la salle voisine qui fait office de chambre de service de Babacar Camara, le surveillant des gardiens, par ailleurs neveu du directeur de la Dpv.
Interpellé le lendemain des faits vers 9h par la Police, M. Camara déclare qu'il était absent au moment de l'incendie. La perquisition de son domicile avait permis aux enquêteurs de découvrir une machine à écrire électrique neuve. L'accusé avait déclaré l'avoir acheté à 6.000 francs Cfa. Lorsque l'objet fut présenté à Bara Samb, le comptable matières, celui-ci l'a formellement reconnu.
Interrogé à nouveau après son placement en garde à vue, l'accusé passe aux aveux. Recruté à la Dpv en 2001 en qualité de gardien superviseur par son oncle, alors directeur général, il gagnait 55.885 francs Cfa. Ses demandes réitérées pour une augmentation de salaire se heurtent à des promesses non tenues. Selon l'enquête de la Police, l'accusé semble soutenir que c'est en raison des difficultés économiques auxquelles il est confronté, qu'il a commis le vol qu'il a médité pendant un mois. Déterminé à réaliser son forfait, il achète un sac de voyage. A l'aide d'une brique, Babacar Kamara avait défoncé la veille de son forfait le plafond du bureau du comptable pour y dérober six cartons de rames de papiers, un carton de piles et une machine à écrire électrique, révèle le procès verbal.
A en croire le procès verbal, il avait d'abord gardé une partie du butin dans la maison de fonction de son oncle dont lui seul détenait les clefs. C'est après son départ des lieux vers 20 heures que les locaux ont pris feu. A la barre, l'accusé, qui a connu un passé pénal, a catégoriquement nié les faits. Selon lui, c'est sous la contrainte qu'il a signé le procès verbal. Parce que ces derniers lui avaient indiqué que tant qu'il n'aurait pas reconnu les faits, il serait torturé.
« Je n'ai ni volé ni incendié les locaux de la Dpv », a-t-il déclaré. Sa conviction est qu'il a été victime de sa rigueur parce qu'il avait fini de démasquer les hauts fonctionnaires qui voulaient des produits phytosanitaires et autres auprès de son oncle. Souleymane Sy, l'un des agents de sécurité en service ce jour-là, qui a comparu en qualité de témoin, a souligné à la barre qu'il était en train de prier au moment où Babacar Camara sortait des locaux de la Dpv. Et quelques minutes après le départ de l'accusé, des vigiles d'une autre structure, qui se trouve à côté de la Dpv, sont venus pour les alerter de l'incendie.
Pour la partie civile, représentée par l'agent judiciaire de l'Etat, Babacar Bâ, la haine n'est pas le seul motif de la détention de M. Camara. Sa conviction est que les flammes ne résultent pas d'un court-circuit, écarté par « une expertise ». A son avis, ce qui reste constant est que les locaux ont été brûlés et l'auteur des faits n'est personne d'autre que l'accusé. L'agent judiciaire a réclamé 30 millions de francs Cfa en titre de réparations du préjudice subi.
L'Avocat général, Alioune Cissokho, a souligné que les faits qui sont reprochés à l'accusé sont « graves ». Pour lui, il n'y a aucune « machination » ni « conspiration » contre lui. Sa position est que s'il y en avait, les fonctionnaires allaient s'arrêter seulement au vol et lui en imputer. En plus, à l'en croire, l'accusé a frauduleusement soustrait des objets appartenant à l'Etat.
L'Avocat général a requis 20 ans de travaux forcés. Me Issa Diop, de la défense, a souligné que personne n'a vu son client mettre le feu à l'édifice. « Il n'y a aucune preuve qui peut fixer votre conviction », a-t-il ajouté. Qualifiant le procès verbal de la Police de laconique, il a averti que celui-ci ne vaut qu'à titre de renseignements. Sa conviction est que ni le vol ni l'incendie n'ont pas été caractérisés. Il a plaidé à titre principal la relaxe pure et simple, subsidiairement la relaxe au bénéfice du doute et infiniment subsidiaire une application bienveillante de la loi. La cour a condamné Babacar Camara à six ans de travaux forcés et à payer deux millions de francs Cfa à l'Etat du Sénégal.
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