Le Pays (Ouagadougou)

Madagascar: A quel jeu joue Ravalomanana ?

Le Pays

4 Novembre 2009


Les accords de Maputo, de l'avis général, permettaient à Madagascar de sortir pacifiquement de la crise politique qui a suivi la prise du pouvoir en mars dernier par Andry Rajoélina, grâce à la complicité des forces armées. Un consensus avait été trouvé sur le partage du pouvoir. La formation d'un gouvernement de transition devait conduire le pays vers l'organisation d'une élection présidentielle en 2010.

Au début du mois d'octobre dernier, les quatre principaux acteurs de la scène politique malgache, les anciens présidents Didier Ratsiraka, Albert Zafy, Marc Ravalomanana et Andry Rajoélina avaient marqué leur disponibilité à appliquer ces accords qualifiés de "gagnant-gagnant". Mais alors que l'on pensait que ces accords étaient profitables à tous, l'attitude de Ravalomanana, président renversé par Rajoélina, venait remettre tous les efforts en cause. Sa position faisait de lui le nouvel obstacle à la mise en oeuvre des accords mais aussi et surtout ne permettait plus de mettre fin à la souffrance et au désespoir dans lesquels vit le peuple malgache depuis bientôt une année. Le président déchu a fait volte-face et s'est mis à ramer à contre-courant de tous ses concurrents, refusant que le fauteuil de la présidence de transition soit occupé par Andry Rajoélina et exigeant qu'une autre personnalité soit désignée à sa place. Marc Ravalomanana ne manque aucune occasion pour mettre les bâtons dans les roues du processus de paix. L'un de ses derniers actes en la matière, a porté sur la réunion de Genève, avortée à cause de son refus d'y prendre part. A Addis Abeba, il a fait languir les participants à la discussion, en exigeant la présence du médiateur Joaquim Chissano. Que peut bien vouloir Ravalomanana en agissant de la sorte ? A quel jeu joue-t-il ?

A force de trop tirer sur la corde, il finira par la casser et nul ne peut prédire les conséquences d'une telle situation. Des quatre leaders, Marc est le seul à faire bande à part. Il semble nourrir une haine viscérale contre Rajoélina qui l'a chassé du pouvoir ; ce qui reste malgré tout compréhensible. Sa résistance vise aussi à montrer son refus d'avaliser et d'encourager les coups d'Etats. Il semble pourtant que le moment soit venu pour lui de mettre de l'eau dans son vin au risque de se retrouver complètement sur la touche. Sa capacité de nuisance, qui s'est émoussée au fil du temps, ne doit plus certainement être très forte comme elle l'était au début. Il n'est donc pas exclu que Rajoélina, Zafy et Ratsiraka décident de se mettre ensemble, de coaliser et de former une sorte d'union sacrée contre Ravalomanana, pour qu'il soit mis en minorité et que son poids devienne insignifiant sur l'échiquier politique. En politique, toutes les alliances, même celles qui sont contre-nature, peuvent être faites pour atteindre l'objectif recherché.

Ravahomanana n'étant plus au pouvoir, il n'est pas sûr qu'il puisse mobiliser encore de grandes vagues de soutiens populaires derrière lui ; le rapport de force, selon toute vraisemblance, n'est plus en sa faveur. Marc Ravalomanana ne devrait pas non plus compter excessivement sur la SADC ou sur la pression que la communauté internationale pourrait exercer sur Rajoélina. Celui-ci tient fermement les rênes du pouvoir qu'il n'est pas disposé à abandonner aussi facilement. Cette communauté internationale, par ailleurs, peut se lasser ou tourner son regard vers d'autres points chauds du continent. Du reste, en Afrique, il devient de plus en plus rare que la pression de la communauté internationale fasse partir un président. En tout état de cause, c'est le peuple malgache qui paie les pots cassés du comportement de ses dirigeants. Plutôt soucieux de défendre et de préserver leurs propres intérêts, ils semblent moins préoccupés par les conditions de vie exécrables des Malgaches.

Au regard de la tournure des événements et la manière dont sont conduites les négociations, on peut dire que les habitants de la Grande Ile ne sont pas près de voir le bout du tunnel. Les protagonistes de la crise paraissent évoluer dans une sorte de cercles concentriques. Les réunions succèdent aux réunions. De même, les villes du continent voient passer les adversaires politiques malgaches. C'est autant d'argent jeté par la fenêtre, qui aurait pourtant pu être profitable, à bien des égards, aux populations des villes et des campagnes. Ce n'est pas étonnant que les Africains croupissent toujours dans la misère et que les pays stagnent, voire reculent. Bien des dirigeants africains prennent le plus souvent en otage leurs compatriotes pour satisfaire leurs égoïsmes et leurs sombres ambitions. Les protagonistes de la crise malgache doivent être convaincus qu'ils sont responsables devant l'Histoire d'une éventuelle aggravation de la situation du pays. Si la classe politique ne peut pas avoir un sursaut d'orgueil pour agir dans le sens de l'intérêt général, il faut souhaiter que d'autres alternatives soient trouvées et que par exemple la société civile malgache soit utilisée comme une issue de secours.

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