Jacques Préjean
4 Novembre 2009
"Hélas ! tu me ressembles" ! Vous vous souvenez sans doute de cette confidence de Laurent Gbagbo. Confidence que lui avait faite son historique adversaire d'antan, l'ex-président de la République, Félix Houphouët-Boigny au soir de sa vie.
Nous avons eu droit à cette citation, récemment, dans une contribution à vous faire pleurer, dans "Le Nouveau Réveil", pareille à une véritable complainte de la part de l'ex-Secrétaire général de la Présidence sous Konan Bédié. Comme c'était triste, tous ces faits passés et cités pêle-mêle au désespoir du glorieux temps passé du PDCI au pouvoir.
Et l'auguste ex-Secrétaire général de vouer aux gémonies, ceux qui, selon lui, ont quitté le navire en perdition. Croyez-vous qu'il va reconnaître un seul mérite à ceux qui sont arrivés au pouvoir par leur propre mérite, leur lutte historique et déterminée, contrairement à son maître qui, lui, y est parvenu par legs ou par quel droit de sang, tel dans une monarchie des plus vieillottes et surtout en déperdition.
Quelle mouche a donc piqué ce monsieur pour sortir de telles jérémiades quand nous savons que, tel l'exil d'Israël, si exil il y a eu, est presque terminé? C'est-à-dire en fin de compte, la fin de la crise en Côte d'Ivoire que nous constatons, grâce au génie politique de Laurent Gbagbo, la véritable "ressemblance", nous y sommes, d'Houphouët au propre comme au sens figuré.
Gbagbo, en inventant le Dialogue direct avec les ex-rebelles de Soro Guillaume, a créé un nouveau concept de règlement des conflits à l'intérieur des Etats.
Le Dialogue direct est en train de faire école aujourd'hui en Afrique voire dans le monde. Le Premier ministre nigérien ne dit pas autre chose quand il estime que c'est aux Nigériens de régler ce qui les oppose, plutôt que les cris ahurissants d'une communauté internationale toujours effarouchée quand il s'agit de l'Afrique.
C'est ici que nous allons nous arrêter, pour nous pencher sur la dimension de ces deux personnages, longtemps opposés, mais complémentaires à l'épreuve des faits de l'histoire récente de notre pays.
Houphouët-Gbagbo; Gbagbo-Houphouët. Deux hommes, deux politiciens hors norme. Deux hommes que tout oppose, que tout a opposé, mais aujourd'hui complémentaires comme dit tantôt. Pour étayer cela, nous citerons deux proclamations des deux hommes pour asseoir notre comparaison.
Sous la colonisation, un fils de ce pays attira sur lui la furia de nos maîtres d'antan. Il se nommait Dia Houphouët. Il deviendra par la suite Félix Houphouët-Boigny. Il s'était révolté contre nos oppresseurs, les colons, en proclamant à un moment où personne ne savait quoi dire : "On nous a trop volés".
Ce qui lui valut ce qu'on peut imaginer de la part d'un pouvoir arbitraire et surtout colonialiste : brimades de toutes sortes et affectations des plus ignominieuses, dans les coins les plus reculés du Pays.
De même, Laurent Gbagbo écrira lui aussi, alors qu'Houphouët a tous les pouvoirs, sans jeu de mots, la toute puissance du pouvoir, en 1983, dans "Côte d'Ivoire, pour une alternative démocratique," ce que nombre de nos concitoyens étouffés par la chape de plomb du parti unique, le PDCI-RDA, pensaient tout bas. Lui, il a osé : "Nous nous battons pour l'avènement du multipartisme dans notre pays. Les arrestations dont nous avons été l'objet, les emprisonnements, les bastonnades, les injures, les diffamations, les intimidations, et aujourd'hui l'exil, n'ont entamé en rien notre conviction que l'avenir de notre pays et de notre peuple se trouve dans la liberté pour chacun et pour tous".
C'est cette liberté retrouvée qui permet aujourd'hui à l'ex-Secrétaire général de la Présidence d'admonester qui il veut et quand il veut, dans telle ou telle autre contribution.
Pour être plus précis encore, disons que ces deux proclamations d'Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo les placent déjà à l'écart de tous, les hommes politiques ou non, comme le Saint-Esprit mit Barbanas et Saul à part pour l'oeuvre de Dieu pour laquelle ils sont appelés.
Approfondissons notre approche et examinons : Houphouët-Boigny est devenu premier Président de la République de Côte d'Ivoire en 1960. Il avait 55 ans. Laurent Gbagbo lui succède en fait et en réalité, à la tête de la même Côte d'Ivoire, mais, dans une nouvelle République, la deuxième du genre, à l'âge de 55 ans. Tout un symbole. Peu importe les intermèdes Henri Konan Bédié, triste période d'une Côte d'Ivoire lugubre et handicapée, après les fastes d'un Houphouétisme triomphant ou même les conséquences hélas ! d'un coup d'Etat des plus ignobles dont le principal acteur était Alassane Ouattara ayant pour bras séculiers, Robert Guéi, Palenfo et autre, Abdoulaye Coulibaly. Hélas, avec les effluves du pouvoir, Robert Guéi a cru se présenter comme celui qui devait balayer la maison Ivoire quand lui-même a été balayé.
Le talent d'Houphouët
On dit souvent que comparaison n'est pas raison. Mais au-delà de la raison, la comparaison met face-à- face deux personnes ou deux choses dont on veut relever les ressemblances ou les dissemblances en relevant à l'occasion, de manière explicite, une relation de similitude ou de divergence entre les deux objets ou les deux personnes.
Si tel devait être le cas, nous dirions que Houphouët avait du talent et que Gbagbo a du génie. Mais qu'est-ce que le talent s'il n'y a pas un brin de génie à la base et vice versa ?
Houphouët avait du talent. C'est certain. Mais avant d'aller plus loin, explicitons ce qu'avoir du talent, veut dire.
Pour nous appesantir sur ces concepts, crevons l'abcès.
Nous savons que les peuples, surtout les grands peuples, ne connaissent pas de fatalité. Dans la cosmogonie qui est la nôtre, on dit qu'à la place d'un Iroko pousse toujours un autre Iroko. Nous constatons avant d'y arriver qu'après le talent d'Houphouët, nous étions en attente d'un autre, mais c'est à un génie que nous avons droit.
Un écrivain français disait que quand on a du talent, on fait ce qu'on veut, alors que lorsqu'on a du génie, on fait ce qu'on peut. Tout est à présent clair. Houphouët a fait de nous ce qu'il voulait. Les faux complots, le parti unique qu'il fallait absolument à notre pays. Personne n'avait droit à la parole puisque lui seul avait le monopole de l'intelligence et nous y avons succombé.
Gbagbo, au contraire avec son génie politique, résout les problèmes tels qu'ils se présentent. Qui peut être à l'extérieur, alors que son pays est en proie à un coup d'Etat, et décider de rentrer? Refuser de prendre M. Jacques Chirac au téléphone, ressort d'un trait de caractère du génie politique, là où d'autres allaient avoir la frousse. Ou bien refuser d'aller à l'ONU, c'est quand même fort.
Dans tous les cas, rien ne sert aujourd'hui d'opposer les deux hommes, n'en déplaise à l'ex-Secrétaire général de la Présidence.
La politique d'une Nation est une continuité dans le temps. Ce que Houphouët a entamé, Gbagbo peut le terminer pour le plus grand bonheur de notre Pays.
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