La Presse (Tunis)

Tunisie: Sécurité sociale - De l'artisan au fonctionnaire, ils seront tous couverts

Chokri Gharbi

5 Novembre 2009


Depuis plus de deux décennies déjà, la Tunisie a fait de la promotion sociale et de la garantie du bien- être du citoyen des axes stratégiques de sa politique de développement. Cet intérêt tout particulier s'est traduit au concret par une amélioration significative du taux de couverture sociale.

Au terme de l'année en cours, le taux de couverture sociale devrait se situer, selon les projections, aux alentours de 95% pour atteindre 97% au terme de 2011. Toutefois, l'on reconnaît que malgré toute la bonne volonté de l'Etat et tous ses efforts de sensibilisation et d'information, certaines catégories tardent encore à adhérer aux régimes mis en place. D'où le besoin d'une prise de conscience générale, car la couverture sociale est désormais un choix incontournable et même une priorité absolue. Toutes les catégories sont concernées.

Très marqué par l'âge et la fatigue, Am Hassen n'a que 53 ans, mais il paraît âgé de 60 ans et peut-être plus. Travailleur journalier de son état, il a fait presque tous les petits métiers : vendeur ambulant, jardinier, maçon Dans le quartier, tout le monde le connaît et les habitants font souvent appel à lui pour effectuer certains travaux comme l'émondage des arbres et même le nettoyage des grands tapis pendant la saison estivale.

Célibataire, Hassen vit chez ses parents et ses gains sont variables. Il n'a jamais pensé, cependant, à se faire inscrire dans un régime de sécurité sociale, car il estime qu'il n'a pas besoin de sécurité sociale : "Quand je tombe malade, je ne consulte pas un médecin mais je me soigne à la maison avec des méthodes traditionnelles. Je ne souffre pas de graves maladies mais juste un rhume ou une grippe de temps en temps. La retraite, je n'y pense pas tant que je suis en mesure de travailler ".

Couvrir le maximum de travailleurs

C'est dire que beaucoup reste à faire en matière d'information et de sensibilisation pour convaincre certaines catégories, notamment ceux qui travaillent à leur propre compte, de l'intérêt et des avantages de la sécurité sociale. Heureusement que le nombre des personnes non couvertes est réduit et le sera davantage au cours des prochaines années.

Tous les travailleurs relevant du secteur privé ou public ont besoin d'une couverture sociale leur permettant de se soigner en cas de maladie sans avoir à supporter des dépenses faramineuses. Dans les hôpitaux ou encore dans les centres de soins publics et privés, les assurés sociaux sont bien pris en charge jusqu'à leur rétablissement total. Chaque travailleur est appelé donc à demander à son employeur, une fois recruté, de l'inscrire au régime de sécurité sociale d'autant plus que l'Etat assure les facilités nécessaires à cet effet, avec l'ambition de couvrir le maximum de travailleurs dans les secteurs agricole, industriel et autres. Cette orientation est d'autant plus importante que la carte d'affilié permet à toute la famille (femme et enfants) de bénéficier des soins. Sans parler des autres avantages, comme les prêts personnels.

Mieux encore, grâce au régime de sécurité sociale, le travailleur a droit, une fois à la retraite, à une rente régulièrement servie. Il faut reconnaître toutefois que certains chefs d'entreprise cherchent parfois à contourner les régimes de sécurité sociale pour éviter de supporter des charges supplémentaires. Un argument sans aucun fondement.

Mme Néjiba B., employée dans une société privée depuis une vingtaine d'années, estime à cet effet que son patron a mis beaucoup de temps avant de l'inscrire à la Caisse nationale de sécurité sociale. Il a fallu faire des demandes et le contacter en personne plusieurs fois pour qu'il accepte. «J'avais peur d'être licenciée si j'insistais trop». Une fois affiliée (enfin !) dans une caisse de sécurité sociale, notre interlocutrice a pu enfin se soigner à moindres frais et bénéficier de prêts personnels.

Préserver les équilibres financiers

Reste que la réticence de certains patrons n'est aucunement préoccupante, elle ne concerne que quelques cas bien isolés. On assiste plutôt à une implication presque générale. D'ailleurs, la stratégie nationale mise en place ambitionne d'améliorer nettement le taux de couverture sociale, en touchant toutes les catégories sociales, tout en préservant les équilibres financiers des caisses de sécurité sociale.

On apprend d'ailleurs qu'une étude relative à la pérennité des équilibres financiers des caisses de sécurité sociale ainsi qu'aux régimes de retraite à l'horizon de 2030 est déjà engagée. Pour bien conduire cette étude, un diagnostic de la situation actuelle des caisses sociales a été effectué. Une série de recommandations ont été retenues en vue d'assurer la réforme des régimes actuels avec le souci d'assurer leur pérennité sans porter atteinte aux équilibres financiers.

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