Corinne Minerve
5 Novembre 2009
Port Louis — Elle est une des directrices de «The Silver Club», une maison de jeu à Chemin-Grenier. Elle nous parle de ses ambitions et de ses reproches aux autorités. Rien ne va plus? Non, tout va bien pour Nisha Rittoo. Depuis le 2 septembre, Nisha Rittoo et son époux ont ouvert The Silver Club, un casino à Chemin- Grenier. Elle s'est vite imprégnée du monde du jeu. Son téléphone qui sonne, et voilà que se joue le générique de la série Las Vegas.
Pour avoir des idées pour son casino, Nisha Rittoo est partie à Las Vegas, Macao et à Sun City. «Ensuite, nous avons rapetissé le concept pour l'île Maurice et pour Chemin- Grenier». Elle a choisi ce village «parce qu'il n'y a pas de casino à la Savanne. Nisha rentre de plain-pied dans ce secteur depuis 2005. Suivant les traces de son père, Ravin Luchoomun, qui avait une maison de jeu à Rivière-du-Rempart. Quand arrive la Gambling Regulatory Act, Nisha se dit qu'il serait plus avantageux pour elle de monter un casino plutôt que de garder son video game.
Avec l'avènement du loto et l'engouement que cela a suscité chez bon nombre de Mauriciens, Nisha Rittoo ne s'est pas sentie à l'aise. Non qu'elle redoute la concurrence, assure-t-elle, mais parce que «nous ne sommes pas traités sur un même pied d'égalité avec les autres». Alors qu'eux aussi sont «partenaires du gouvernement puisque 50 % de nos recettes lui reviennent. Nous aussi, nous faisons du CSR (responsabilité sociale des entreprises)... C'est injuste.»
Injuste et peu compréhensible. Elle ne comprend pas que les autorités veulent réduire la marge de manÅ"uvre des maisons de jeu et autres activités de night-life du pays, dans la mesure où les touristes sont nombreux à rechercher cette forme de loisirs.
«Après neuf heures du soir, que vont faire les touristes ? Dormir dans leurs chambres ? Ils sont venus à Maurice pour dépenser leur argent après tout». Elle raconte aussi comment les autorités ont gelé un autre projet de casino à Bambous.
«Mais nous comptons aller de l'avant,» dit-elle fermement, dans le ton combatif qui rappelle celui de sa soeur, la conseillère Sandya Boygah.
Outre sa formation sur le terrain aux côtés de son père, Nisha est aussi partie s'instruire à l'étranger. Elle est détentrice d'une licence en économie de l'université de Lincolnshire en Angleterre, ainsi que d'une maîtrise en finance de la même université.
Elle débute sa carrière dans l'offshore dans le groupe Rogers. Ensuite, elle sera chargée de cours à DCDM en gestion de risques et en économie. Elle quittera Maurice pour le Canada avec son époux. Y travaille comme consultante pour American Express. «Je donnais des conseils à des hommes et à des femmes d'affaires par rapport au Platinum Card. Je rencontrais des gens qui touchaient un salaire de 500, 600 000 dollars par mois,» raconte-t-elle.
Mais ce métier lui laissait peu de temps pour sa famille. Alors, elle décide de regagner Maurice avec son époux.
D'un père boutiquier, Nisha se familiarise au business dès son jeune âge. Et ouvre un video game, presque immédiatement après son retour du Canada.
Pour elle, le casino est «un lieu de détente, c'est interactif.» Un lieu qui encourage les Mauriciens à être des zougaders quand même ? «Non, je dirais plutôt que cela aide le Mauricien à se divertir. L'habileté du joueur est mise à l'épreuve. Si vous observez bien la machine, vous arriverez à savoir quelle est la probabilité qu'elle va vous payer, au lieu d'attendre bêtement que votre numéro sorte ou que le cheval sur lequel vous avez misé gagne».
Malgré les nombreuses qualités qu'on colle aux maisons de jeu, n'empêche que leur réputation a été considérablement entachée dernièrement, suite à l'affaire Ti-Vegas à Quatre-Bornes. Nisha Rittoo rétorque qu'il ne faut pas généraliser cette situation à toutes les autres maisons de jeu. «Et puis, estce qu'il n'y avait pas de prostituées à Quatre-Bornes avant que ce casino ne s'y implante ? N'y avait-il pas de prostituées à Port-Louis avant l'arrivée des casinos.
Cela a toujours existé. C'est le plus vieux métier du monde.» Elle soutient que son casino est sans tache. The Silver Club compte 103 caméras de surveillance pour une superficie de 3 500 mètres carrés. «10 % de nos profits partent dans la sécurité.» Elle dit aussi veiller à ce que soient admis «des joueurs sérieux. Pas ceux qui se collent aux tables à chercher quelqu'un».
Mère de deux filles de sept et six ans, Nisha a deux ambitions majeures : «Je veux terminer mes cours de droit, et puis je voudrais m'enrichir», dit-elle dans un grand éclat de rire.
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