Séni Dabo
4 Novembre 2009
Les Forces vives guinéennes se sont donné rendez-vous à Ouagadougou pour trouver une solution à la crise que traverse leur pays après le massacre à huis clos de manifestants de l'opposition le 28 septembre dernier. Depuis le 2 novembre, des délégués de partis politiques, de la société civile et de syndicats du pays de Dadis Camara sont les interlocuteurs du médiateur du dialogue inter-guinéen, le président du Faso Blaise Compaoré. Mais voilà, le nombre de tous ceux qui veulent être de la partie est tellement élevé (on parle de 70 personnes) qu'il a fallu faire un tri pour n'en retenir qu'une dizaine dans un souci d'efficacité et de sérénité des débats. Conséquence de cette coupe "sombre" : de "célèbres" délégués comme l'ancien Premier ministre Lansana Kouyaté et le richissime Mamadou Sylla ont été éconduits.
Le manège n'est pas sans rappeler celui qu'il a été donné de voir à Conakry lors de la visite du médiateur fraîchement nommé aux lendemains du massacre du stade du 28-Septembre. En effet, des représentants des Forces vives et ceux des Forces de la nation se sont chamaillés pour se faire recevoir en audience par le médiateur. Ce dernier, pour ne pas créer des frustrations, a accordé des audiences séparées aux deux camps. On croyait la querelle de leadership terminée, réglée depuis lors. Mais ce n'est visiblement pas le cas au regard de la pléthore de représentants qui a convergé à Ouagadougou. A ce que l'on dit, certains sont même venus sans être invités, convaincus d'être incontournables. Chacun se dit représentatif sur l'échiquier politique, syndical ou de la société civile et tient à être de la partie, quitte, pour cela, à jouer les indisciplinés.
Pourtant, c'est le propre des négociations de n'inviter autour de la table que ceux qui comptent. Vouloir y convier tout le monde, c'est prendre le risque de créer une belle pagaille. En médiateur averti, Blaise Compaoré s'est vu obligé de mettre de l'ordre dans le cafouillage que les Forces vives n'ont pas pu régler au pays avant de venir. Le chef de l'Etat burkinabè n'a donc pas hésité à tailler le nombre des "incontournables" et aussi à mettre la bride à certains délégués qui font des déclarations à l'emporte-pièce, sans être des porte-parole attitrés. Si cette propension arrange la presse qui a alors quelque chose à se mettre sous la dent, il n'en demeure pas moins qu'elle peut compliquer les négociations en l'absence de tout encadrement.
En effet, on ne sait pas ce qu'une personne non attitrée peut faire comme déclaration surtout si elle n'est pas d'accord avec une décision prise à huis clos. Or, des désaccords sur certains points ne sont pas à exclure. Le dénominateur commun des Forces vives, jusqu'à présent, est le départ du pouvoir de Dadis Camara et de sa junte. Toutefois, cela n'a pas mis fin aux vieilles querelles qui demeurent surtout entre les politiciens dont certains ont une part de responsabilité dans le sort peu enviable de la Guinée pour avoir été aux affaires, notamment sous le régime de feu Lansana Conté. C'est cela aussi la spécificité de la crise guinéenne qui n'est pas à comparer à celles ivoirienne et togolaise qui ont également pour facilitateur un certain Blaise Compaoré.
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