Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso:"Le 27-Octobre ne doit pas être politisé"

Dabadi Zoumbara

4 Novembre 2009


interview

La commémoration du 27 octobre cette année à Koudougou, par les sankaristes dont le commandant du Bataillon d'infanterie aéroporté (BIA), Boukari Kaboré dit le "Lion", a suscité une réaction controversée au sein des militants de l'UNDD. Pour lever l'équivoque, nous avons rencontré le secrétaire général (SG) communal de l'UNDD de Koudougou, Adama Ouédraogo. Au cours de l'interview, nous avons abordé d'autres sujets relatifs à la vie de son parti.

Le pays : Comment se porte l'UNDD de nos jours ?

Adama Ouédraogo, (AO) SG communal de l'UNDD : L'UNDD se porte à merveille. Et vous l'auriez constaté lors de nos récentes rencontres régionale, provinciale et municipale au niveau de Koudougou. Nos militants sont restés éveillés et c'est le même engouement qu'on avait depuis l'époque de l'ADF-RDA qu'on nous a arrachée.

On a appris que Me Hermann Yaméogo résiderait définitivement à Koudougou. Confirmez- vous cette rumeur ?

Comme à l'accoutumée, Me Hermann Yaméogo rend visite à sa famille biologique et politique à Koudougou. Il a un domicile à Koudougou et un autre à Ouaga. Donc il partage sa vie entre les deux villes. Si on disait qu'il résidait à Ouaga, c'est comme si on disait qu'il résidait à Bobo parce qu'il va partout, à Manga, à Kombissiri, etc.

Mais définitivement, où réside-t-il ?

Je ne peux pas dire où réside définitivement le président de l'UNDD. Mais il est beaucoup plus à Ouagadougou qu'à Koudougou.

On sait que depuis un certain temps, votre parti, l'UNDD, s'implique dans la commémoration du 27 octobre. Cette année, qu'avez-vous fait concrètement ?

Effectivement, depuis un certain temps, nous partons nous incliner sur la tombe commune de ceux qui sont tombés sous les balles le 27 octobre 1987 à Koudougou suite au coup d'Etat de 1987. Au niveau de l'UNDD, nous nous sommes dit qu'il faut à tout moment, comme on le fait, pleurer les disparus. Et pour ce qui concerne la date du 27 octobre, c'est un événement douloureux qui s'est produit à Koudougou. Et nous, étant à Koudougou, et militants d'un parti qui se veut responsable, nous nous devons de porter un regard rétrospectif sur ces évènements et les commémorer à leur façon. Pourquoi les commémorer à leur façon ? Il faut non seulement soutenir les familles des victimes, ne serait-ce que moralement en allant se recueillir sur les tombes des disparus et également en prenant contact avec des personnes ressources comme Sa Majesté le Lallé Naaba Sanem, le comité des sages, etc. Cette année, nous n'avons pas eu l'occasion de rencontrer tout le monde, mais nous avons pu rencontrer certains dont le Lallé Naaba Sanem. Nous avons fait comprendre à ce dernier que la journée du 27 octobre devrait être une journée de souvenir à Koudougou, une journée de souvenir de toute la population de Koudougou. Cela parce que le 27 octobre n'a pas été une journée facile pour l'ensemble des habitants de cette ville. C'est pour cette raison que l'UNDD essaie de rencontrer les chefs coutumiers, le comité des sages afin qu'ensemble, s'il y a lieu, on essaie de commémorer cette journée ensemble comme étant une journée de souvenir et non la journée d'un parti politique. Le 27 octobre, ce n'est pas la journée d'un parti politique parce qu'à l'époque il n'y avait pas de partis politiques et il n'y a pas de raison qu'un parti politique l'accapare pour dire que c'est sa journée ou pour profiter de cette journée et faire l'apologie d'un parti politique ou d'un régime en l'occurrence le CNR qui, à l'époque, a également fait des mécontents dans les familles.

L'UNDD s'oppose-t-elle à la commémoration du 27 octobre ?

C'est comme je l'ai dit plus haut et le député Amadou Dabo l'a également dit, le 27 octobre n'est pas une journée qu'il faut mettre à profit pour faire l'apologie d'un régime qui, à l'époque, a fait des mécontents, ou d'un parti politique qui n'existait pas à l'époque. Ce n'est pas intéressant. Mais, comme le député Dabo l'a dit, il faut mettre à profit cette journée pour se souvenir des évènements douloureux du 27 octobre et essayer de voir dans quelle mesure on peut interpeller le gouvernement ou sensibiliser l'opinion nationale afin que ces évènements qui sont nés de la révolution ne surviennent plus encore au Burkina Faso. Quoi qu'on dise, s'il y a eu des tueries à l'époque, c'est parce qu'il y a eu un régime révolutionnaire, un régime d'exception. Et c'est pour cela que le député Dabo, vice-président de l'UNDD, qui a conduit une délégation chez le Lallé Naaba Sanem le 27 octobre 2009 , a, au nom du bureau national de l'UNDD, signifié que la journée du 27 octobre mérite que tous s'accordent à dire qu'elle doit être une journée de souvenir et non pas une journée dont on va se saisir pour faire l'apologie d'un parti politique ou d'un régime d'exception qui à l'époque, a endeuillé des familles. Nous sommes républicains et nous sommes d'accord pour un régime démocratique et non pour une éventuelle révolution. En plus, il n'y a pas de raison qu'après avoir connu des évènements douloureux dont on se souvient, que l'on pense que ces époques-là doivent revenir. Certes, il y a eu des moments heureux pendant la révolution, mais qu'on s'accorde à dire qu'il y a eu également des moments très douloureux. Et si chaque famille qui a connu des évènements malheureux sous le CNR doit commémorer de cette façon ces évènements douloureux, je ne sais pas où nous en serons, mais nos chemins ne vont pas se croiser. Voilà pourquoi, il y a lieu d'essayer de s'entendre en ce qui concerne la journée du 27 octobre afin qu'elle soit une journée de souvenir pour tous, sans parti pris.

En définitive, l'UNDD s'oppose oui ou non à la commémoration du 27 octobre ?

L'UNDD ne s'oppose pas à la commémoration du 27 octobre en tant que telle. L'UNDD s'interroge sur l'exploitation que certains partis politiques ou certains individus voudraient en faire. Sinon, tout le monde a le droit, selon la Constitution burkinabè, de réagir en fonction des lois du pays, de manifester son mécontentement ou sa joie.

Concrètement, comment voulez-vous qu'on commémore la journée du 27 octobre ?

Nous pensons que cette journée peut se faire dans le recueillement. Et cela à travers les rites religieux que l'on ferait soit à l'église, au temple, à la mosquée ou selon la tradition, qu'on invoque les mânes, qu'on prie le Seigneur, que les musulmans lisent le coran pour invoquer le Tout- puissant afin que ces évènements ne reviennent plus. Nous estimons que c'est dans le recueillement qu'on peut concilier tout le monde à Koudougou.

La commémoration telle que les autres l'on faite ne s'inscrit-elle pas dans le sens du recueillement ?

Boukari Kaboré dit le "Lion" par exemple est venu le 27 octobre qui coïncide, comme il l'a dit, avec un mardi 27 octobre, jour de l'attaque de Koudougou. C'est également pour la première fois qu'il se présente au niveau de la tombe commune. C'est normal parce que c'était ses hommes. C'est lui qui était le commandant du BIA. Il n'y a pas de raison que Boukari le "Lion" ne vienne pas s'incliner sur la tombe de ses hommes qui ont combattu à ses côtés pour défendre le territoire national. Et c'est de bonne guerre que Boukari le "Lion", accompagné de ses camarades, vienne s'incliner sur la tombe commune pour se souvenir de ses camarades qui sont tombés sous les balles le 27 octobre 1987. Il n'y a pas de raison que nous disions que Boukari ne doit pas venir s'incliner sur la tombe. Il n'y a pas de raison que nous disions aussi que la famille d'un tel ne doit pas venir s'incliner sur la tombe. Mais nous avons des doutes sur l'exploitation que certains voudraient faire de cette journée du 27 octobre à savoir les différents partis politiques qui s'activent soit disant que c'est l'idéal sankariste que les victimes défendaient alors qu'il n'est pas démontré qu'il y avait des partis politiques à l'époque qui se réclamaient partis sankaristes. C'est juste après l'ère démocratique, après 1991 qu'on a vu tous les partis naître. S'il y a une journée de consensus national à commémorer, c'est la journée du 19 octobre 1987, jour où le Président Blaise Compaoré, dans son appel à une nouvelle ère disait ceci : « L'accélération de l'histoire fait défiler les évènements à une allure telle que la maîtrise de l'homme des faits devient impossible, rendant celui-ci artisan des situations non désirées." Et c'est à cet appel que beaucoup d'anciens hommes politiques ont répondu favorablement pour qu'ensemble on puisse ouvrir l'ère démocratique. Tous étaient d'accord et ils ont lutté pour qu'en 1991 on puisse voter la Constitution du Burkina Faso. Donc, on peut dire que c'est cette journée du 19 octobre qui est à commémorer même s'il y avait des mécontents parce que d'autres voulaient toujours la révolution. Mais, comme la majorité voulait la démocratie, la partie favorable à l'appel du 19 octobre s'est retrouvée pour qu'on aille vers la démocratie.

Cette année, le "Lion" a pris part à la commémoration du 27 octobre. Quelle interprétation faites-vous de sa présence sur la tombe de ses hommes ?

Je dirai que c'est un non évènement. Ce n'est pas exceptionnel. Je me dis qu'à tout moment, le "Lion" prie pour ses hommes disparus. Ce n'est pas parce qu'il est venu se recueillir le 27 octobre sur la tombe de ses soldats tués que cela va créer la sensation. Tout le monde le connaît et on sait qu'il a défendu le pays vaillamment.

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Votre parti n'a pas pu aller se recueillir sur la tombe commune cette année mais a plutôt essayé de rencontrer certaines personnalités. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Nous avons estimé qu'avec les problèmes que le pays a vécus, notamment les différentes inondations, il fallait se souvenir des évènements du 27 octobre dans la discrétion. Voilà pourquoi nous avons placé la commémoration de ces évènements sous le signe du recueillement et également de la concertation locale pour voir dans quelle mesure tout le monde pourrait être concerné par leur commémoration les prochaines fois.

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