L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Journées économiques du Sanmatenga - Dans l'univers des cuirs et des brochettes au "coura coura"

Abdou Karim Sawadogo

4 Novembre 2009


Avec une production annuelle contrôlée de 6500 cuirs et 54 500 peaux (en 2008), la filière cuirs et peaux constitue une véritable source de revenus qui créé plus de 2000 emplois directs avec un chiffre d'affaires au-delà du milliard. Quant aux tourteaux d'arachide, communément appelés par l'onomatopée "coura coura", et aux brochettes qui en sont assaisonnées, ils ont des valeurs culturelles et économiques certaines.

Découverte de ces potentialités artisanales à travers les premières éditions des "journées économiques pour le développement de la filière cuirs et peaux et des pôles d'entreprises de la province du Sanmatenga" tenues du 30 octobre au 1er novembre 2009 à Kaya. La filière peaux du Sanmatenga va des collecteurs de peaux aux maroquiniers en passant par les tanneurs ; chacun défend bien sa "chose" dans des contextes parfois difficiles.

El hadj Souleymane Sawadogo est dans le métier depuis 1988 : "Je collecte les peaux des chèvres chez les bouchers contre 200 F l'unité, ceux des moutons à 350 F et ceux des bÅ"ufs à 2000 FCFA. Je les conserve avec du sel en poudre pour les revendre. Sur chaque peau de chèvre, j'ai 50 F de bénéfice, 150 sur celle de mouton et 500 F pour le bÅ"uf. C'est une activité qui nourrissait son homme, si bien que j'ai pu construire une maison en matériaux définitifs ; je me déplace avec une moto et j'ai pu me rendre à la Mecque en 1995 pour le pèlerinage. J'ai deux femmes et 10 enfants, tous scolarisés, ont deux fonctionnaires".

A écouter ce quinquagénaire, on serait tenté de se lancer dans le métier de collecteur de peaux. Mais il y a un bémol, comme il nous le confie. "Avant, nous vendions aux étrangers mais depuis le monopole de Tan-Aliz les choses sont devenues dures, les prix que cette société, nous propose sont moins alléchants et, pire encore, les paiements sont lents. Mon grossiste me doit depuis le mois d'avril 2 210 000 FCFA et j'ai eu des difficultés pour cette rentrée scolaire. Chaque fois, il dit attendre d'avoir son argent avant de me rembourser. Je suis quelque peu découragé, c'est pourquoi j'ai maintenant un seul pied dans le métier et beaucoup de mes camarades vivent la même situation. Nous attendons de la part de l'Etat un appui pour mieux booster ce secteur".

A côté de ce collecteur, le secrétaire général des tanneurs de Kaya, Boukary Ouédraogo, nous décrit son activité : "Nous achetons les peaux brutes avec les collecteurs qu'on trempe dans l'eau, ensuite une deuxième fois avec de la potasse et du carbure. Deux jours plus tard, on enlève les poils et on retrempe la peau dans la potasse et dans la décoction de "pegnega" (NDLR : produit d'un arbre qui contient de la colle) pour racler la viande. La peau est ensuite malaxée dans une jarre d'eau chaude, après le séchage on la tire pour la rendre plus tendre et plus longue avant de les revendre par lot de 10 aux maroquiniers".

Au nombre des difficultés, le tanneur s'offusque d'emblée de ce que son gagne-pain n'est pas très en vue comme celui des maroquiniers : "Quand on vient à Kaya, on ne voit que les sacs, les ceintures et autres objets en cuir, on oublie le travail préalable des tanneurs alors que sans la tête, on ne peut pas parler de coiffure".

La chute des prix des peaux tannées est, à l'en croire, une difficulté majeure : "Actuellement, les dix peaux coûtent 10 000 FCFA alors qu'on en vendait entre 15 000 F et 20 000 F, cela s'explique par l'abondance de l'offre alors que le marché est étroit. L'Etat doit nous accompagner dans nos initiatives parce que la peau nourrit une grande partie de la population du Sanmatenga".

Dans cette filière, les maroquiniers semblent ceux qui s'en sortent le mieux. "Comme pour bien d'autres maroquiniers de la région, ce métier est pour moi une façon de perpétuer la culture de mes parents. Sur le plan économique, on arrive à se nourrir et à pourvoir à nos besoins. J'ai pu me construire une maison en dur et je suis arrivé à changer plusieurs fois de moto. Mes deux enfants sont scolarisés, on trouve toujours quelque chose à prendre chez nous avec la variété de nos produits.

Sac, ceinture, portefeuille, chapeau, chaussures, pour ne citer que cela. Pour des rencontres à Ouagadougou, nous avons quelquefois des commandes. L'Etat peut exploiter le fait qu'il y a beaucoup de rencontres dans notre pays pour nous aider à nous épanouir".

Quid du "coura coura" ?

Dans le Sanmatenga, la culture de l'arachide occupe une place importante comme chez nos "esclaves", les Bissa. Des milliers de femmes font de cette filière leur source de revenus. Awa Ouédraogo, entourée de ses camarades, nous décrit le travail qui est le leur : "Nous achetons les arachides que nous décortiquons et vanons pour avoir les graines. Celles-ci sont grillées et apportées au moulin pour avoir la pâte d'arachide dont nous extrayons l'huile. Le résidu est utilisé pour les tourteaux que nous façonnons. Une partie est frite pour ensuite être rendue en deux qualités de poudre.

Celle plus fine est utilisée pour la sauce d'arachide et la moins fine comme ingrédient pour assaisonner les brochettes. On ne saurait dénombrer les femmes qui font ce travail qui relève de notre culture. Même si elles ne sont pas riches, elles donnent néanmoins l'argent pour la récréation aux enfants à l'école". Malheureusement, les femmes ne travaillent pas dans le cadre d'une association pour mieux s'épanouir. Une autre femme nous confie : "Ce métier rime avec misère et nous ne sommes pas considérées comme il se doit, ce qui fait que chacune de nous se bat toute seule".

Habibou Sawadogo pense que le "coura coura" est irremplaçable dans le Sanmatenga. "Le coura coura est meilleur en hivernage, il a un goût particulier pendant la soudure, il n'y a pas meilleur aliment pour calmer la faim ni vider une calebassée d'eau", nous lance-t-elle, le sourire en coin. L'importance du coura coura se révèle encore avec les brochettes pour l'assainissement desquelles il est utilisé. Beaucoup de jeunes dans la ville de Kaya font de ces grillades leur métier.

Parmi eux, Zakaria Simporé, qui emploie 5 autres jeunes. "Mon père, nous explique-t-il, avait pour surnom ministre de brochettes. Il a formé des dizaines de jeunes dans la préparation des brochettes. Je poursuis donc son Å"uvre ; nos recettes journalières varient entre 25 000 FCFA et 40 000 F et mes employés sont payés en fonction de la vente". A en croire Adama Targougou, employé de Madi Simporé, au secteur 1, chaque jour ils ont au moins une commande de 60 000 F pour Ouagadougou et un des gros clients, El hadj Soulga, envoie régulièrement les brochettes à ses amis européens. C'est dire la qualité de leur cuisine qui, selon lui, dépasse nos frontières.

JEDES Kaya, il le fallait

Au regard de ce qui précède, l'institution des Journées économiques pour le développement de la filière cuirs et peaux et des pôles d'entreprises au Sanmatenga (JEDES Kaya) est, pour le moins, pertinente. C'est ce qui a sans doute poussé le Premier ministre, Tertius Zongo, à accepter de patronner la première édition, qui s'est déroulée du 30 octobre au 1er novembre 2009 à Kaya, chef-lieu de la région du Centre-Nord. Elle était présidée par le ministre des Ressources animales, Sékou Bâ, et parrainée par le Naaba Koom du Sanmatenga.

Le promoteur n'est autre que Rasmané Ouédraogo, économiste-planificateur de formation et actuellement expert en commerce régional des produits agricoles et agroalimentaires au CILSS. Cette édition a rassemblé au moins 100 exposants, dont 42 en compétition, et une gamme d'environ 500 produits et articles avec des visiteurs, et des acheteurs locaux, nationaux, ivoiriens et français.

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Pour Rasmané Ouédraogo, JEDES Kaya a pour objectif de promouvoir un partenariat stratégique (public-privé) dans le but ultime d'initier les acteurs à un entrepreneuriat rentable et générateur d'emplois, renforcer les capacités institutionnelles, organisationnelles, techniques de gestion, de négociation et de mise en marché des acteurs...

Le maire de Kaya, Naba Koom de Sanmatenga, le ministre des Ressources animales et le Premier ministre ont tous salué cette initiative et dit leur engagement à l'accompagner pour le bien-être des populations. Celles-ci se sont mobilisées pour dire leur adhésion pleine et entière à JEDES Kaya, qui va promouvoir les potentialités de la région à l'échelle nationale et internationale.

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