L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Adduction d'eau potable à Bérégadougou - Entre inquiétudes des populations et vol de tuyaux

Luc Ouattara

4 Novembre 2009


Lancés le 7 mars 2008, après les villes de Banfora et de Niangoloko par l'ex-ministre d'Etat, ministre de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, Salif Diallo, les travaux d'adduction d'eau de Bérégadougou traînent. La cité sucrière du Burkina attend avec inquiétude la fin des travaux. Si, par moments, une pénurie de tuyaux est invoquée pour expliquer le blocage des travaux, deux agents de l'ONEA travaillant dans ce projet, et un receleur viennent d'être arrêtés et déférés à la maison d'arrêt et de correction de Banfora.

La question de l'eau taraude les esprits dans la cité sucrière du Burkina, avec en tête le premier responsable de la ville, le maire Martin K. Sourabié. Venu à Bérégadougou le 29 octobre 2009, le ministre Abdoulaye Combary, représentant le ministre de l'Agriculture, de l'Hydraulique et des Ressources halieutiques, s'est vu directement saisi de la question.

En effet, le premier des citoyens de la cité du sucre à lancé un cri du cÅ"ur qui ne laisse pas indifférent. Qui mieux que le ministre en charge de l'Hydraulique est plus habilité à recevoir ces doléances ? S'est interrogé le maire de Bérégadougou, qui s'explique : « J'avais décidé de ne pas utiliser cette tribune pour formuler des doléances ; mais vous savez, Monsieur le ministre, quand vous êtes responsable d'une collectivité et que vos concitoyens vous interpellent, vous ne pouvez pas rester insensible, surtout quand des opportunités de ce genre se présentent et, de surcroît, s'il s'agit du problème d'eau ».

Lancé en mars 2008, le démarrage des travaux n'a été effectif dans la ville qu'en septembre de la même année. Après que ces travaux ont été menés à un rythme accéléré jusqu'en janvier-février 2009, poursuit l'édile, « des ralentissements inquiétants ont commencé à apparaître. Depuis bientôt six mois, la machine semble totalement grippée. Le château d'eau est achevé et réceptionné depuis un an, et toujours pas une seule goutte d'eau à l'intérieur. La soif ne se fait pas encore sentir au niveau des populations, mais cela ne saurait tarder », a affirmé Martin Sourabié, qui a dit au ministre que c'est un appel au secours qu'il lance en vue d'une reprise diligente des travaux.

Les travaux, en fait, ont pris un retard considérable, car promesse avait été faite par Salif Diallo que les travaux devaient commencer le plus rapidement possible. Il annonçait qu'au plus tard fin janvier 2009, ces travaux devraient être à leur terme. Salif Diallo, à ce lancement, n'avait pas mâché ses mots. Au regard de l'absence de la nationale de l'eau dans cette ville, il avait, sans ambages, soutenu que c'était une grande injustice faite à cette localité qui, pourtant, avait gracieusement donné ses terres à la plus grande société du Burkina qu'est la SN-SOSUCO.

Après une telle vision réaliste de la situation qui avait enthousiasmé plus de la localité, les Bérégalais étaient loin d'imaginer une telle tournure dans l'exécution des travaux. Concernant l'arrêt des travaux, « on nous a dit qu'il manquait des tuyaux. Quand les tuyaux sont arrivés, ils ont commencé à les placer et à un certain moment, on a encore appris qu'il en manquait », explique M. Sourabié.

A maintes reprises, explique ce dernier, ils ont tenté de comprendre la situation et promesse avait été faite par l'ONEA de venir, en compagnie de l'entreprise en charge des travaux, afin de donner les raisons d'un tel blocage aux populations. Une rencontre qu'attendent toujours les Bérégalais. L'inquiétude est d'autant plus grande que Bérégadougou a connu un déficit pluviométrique de 300 mm d'eau enregistré cette année dans la ville.

Ce qui présage un assèchement précoce de la nappe phréatique et, partant, des puits. Avec le projet d'adduction d'eau dans la ville, il n'y a plus eu de nouveaux forages. Pire, à entendre le bourgmestre, il n'y a que trois forages actuellement fonctionnels dans sa ville. « Il faut que l'ONEA mette tous les moyens en leur possession pour amener l'entreprise à respecter les délais », a dit le maire.

Dans un tel climat d'inquiétudes face à des lendemains incertains à partir des mois de janvier et février prochains, à l'agence ONEA de Banfora nous n'avons pas trouvé d'interlocuteur. Le chef d'agence étant en congé annuel, son intérimaire nous a recommandé de nous adressé au directeur régional de Bobo-Dioulasso.

Joint au téléphone, ce dernier nous a renvoyé, à la direction générale, jugeant le directeur d'exploitation et des projets habilité face à la question. Si les travaux sont bloqués sur le terrain, l'agence ONEA de Banfora ne manque pas d'alimenter la chronique. Deux agents de l'agence et un receleur se sont fait épingler le 20 octobre 2009 par la gendarmerie pour vol de tuyaux de raccordement. Des tuyaux qui, indiquent les pandores, étaient destinés au projet.

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En effet, parti d'un constat que certains tuyaux inondaient curieusement le marché, les gendarmes ont pu mettre la main sur 42 gros tuyaux qui avaient été soutirés des magasins de l'agence par ces fautifs et placés en lieu sûr pour être vendus. Ces tuyaux ont été déjà restitués à l'entreprise HYDRAUBAT, chargée de l'exécution du projet. On ignore la valeur de ces tuyaux, mais on peut imaginer le préjudice causé à des populations au cas où ce ne serait pas la première opération du genre.

En effet, comment comprendre ce manque de tuyaux souvent invoqué pour expliquer le blocage des travaux alors que certains agents en profitent pour les soutirer ? En attendant, les auteurs de ces actes gravissimes ont été déférés à la Maison d'arrêt et de correction de Banfora où ils devront répondre de leurs actes. Le dossier est au rôle au Tribunal de Grande Instance de Banfora le 10 novembre prochain et ils comparaîtront avec un complice qui est venu de l'ONEA-Bobo.

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