Sulpice O. Gbaguidi
5 Novembre 2009
opinion
L'ambiance du remaniement envahit la politique et Boni Yayi est mis sous pression par les nécessités de modification de son équipe gouvernementale. A quelques mois de la présidentielle, le chef de l'Etat, architecte du changement se chargera volontiers d'apporter des matériaux pour relooker l'édifice. Le système, comme tout régime en fin de mandat, a besoin d'un coup de pinceau en vue de voiler les craquelures. C'est parfois au vernis que se réalise la bonne apparence.
Quand l'affaire se vermoule, l'injection du sang neuf, le recours à des pièces de rechange et le maintien des éléments utiles deviennent un devoir. L'inévitable remaniement ministériel est annoncé pour le mois prochain. Mais décembre balbutie déjà ses promesses. Qui part qui reste ? Cette seule interrogation malmène l'actualité politique.
Boni Yayi a l'art de déjouer les pronostics et de tailler ses choix, donnant à la couture gouvernementale un style qui ne dégonfle pas les curiosités. L'imminence du remaniement recueille l'agitation classique de ministres en butte aux défaveurs de l'opinion. Les affres du remaniement poussent certains à des initiatives cocasses, sans un examen profond de la raison politique. Le vent de limogeage secoue visiblement des ministres dont la propension à l'épate et les derniers soubresauts se révèlent inaptes à changer le cours implacable des choses. A la manette, le leader du changement inscrit dans la logique de 2011 peut céder à des contraintes et se libérer de collaborateurs zélés, obsédés par le maintien au gouvernement.
Le prochain remaniement, peut-être le dernier du mandat en cours, est un test politique pour Boni Yayi qui a échangé son costume de néophyte enfilé en 2006 contre celui du leader politique des cauris et monnayé le style apolitique contre le mode politique de conquête du pouvoir. L'impossible dialogue avec les G et F en cette fin de mandat fait peser sur le chef de l'Etat l'obligation de fonder l'ossature du gouvernement de combat sur le conglomérat politique de la mouvance.
La cacophonie autour de l'Union pour la majorité présidentielle plurielle (Umpp), Force cauri pour un Bénin Emergent (Fcbe) et les minuscules partis qui se créent et qui gravitent gauchement et prétentieusement autour de Boni Yayi, ce méli-mélo où s'incrustent de poids plumes à la fausse camisole de géants emballe Yayi dans les tissus de l'embarras. Les considérations politiques suggèrent à Yayi qu'il surclasse maintenant les petits calibres par les colosses, mais le leader cauri n'affectionne pas ce genre de méthode qui consiste à composer d'emblée avec les politiquement valables aux fiefs évidents.
Dans un système où les béni oui oui ont la cote, la coterie de ministres résolument rebelle à digérer crûment les résolutions du chef n'est pas à l'abri de l'épée du remaniement. Il serait avantageux au corbeau de ne plus se laisser embobiner par le renard. Le ramage ne se rapporte pas toujours au plumage et le phénix chanté peut être dans les chimères. Yayi doit s'élever au dessus des flagorneries et hisser les compétences au rang de critère associable à l'envergure politique.
Qui part qui reste ? La réponse appartient à Boni Yayi. Le souci de 2011 appelle des approches politiques et le rêve de l'émergence impose le réflexe de la prime des compétences. Et finalement, le ciment de la solution peut résulter d'un savant dosage de la compétence et des ingrédients politiques. Pour le gouvernement de combat, la politique devrait cependant l'emporter. A vous de jouer et de bien jouer monsieur le président !
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