Wal Fadjri (Dakar)
Yakhya Massaly
5 Novembre 2009
C'est maintenant officiel : Abdoulaye Wade et Idrissa Seck ont fumé le calumet de la paix après de multiples rencontres au Palais présidentiel, loin des yeux et des oreilles des Sénégalais. Thiès, fief d'Idrissa Seck est le lieu choisi pour célébrer en grande pompe ces retrouvailles. Avec, comme prétexte, l'inauguration de la deuxième phase de Senbus. Passant, par pertes et profits, les milliards du contribuable sénégalais.
Chronologie d'un feuilleton hors norme
Tout est parti de la décision du Chef de l'Etat de faire tourner la célébration de la Fête nationale de l'indépendance dans les capitales régionales. L'objectif étant de doter les autres régions du Sénégal d'infrastructures modernes. Alors Premier ministre, maire de Thiès et homme de confiance d'Abdoulaye Wade, Idrissa Seck se trouve, ainsi, au coeur du dossier qui finira par révéler des scandales. La manifestation prévue à Thiès sera vite transférée à Dakar. 'C'est le Conseil national de la sécurité qui a décidé que, pour des raisons de sécurité, il était impossible de célébrer le 44e anniversaire de l'indépendance à Thiès', annonçait, l'ancien porte-parole du président de la République, Souleymane Ndéné Ndiaye, aux journalistes. Or, le même jour dans la matinée, Salif Bâ, ancien ministre de la Construction tient un discours opposé à celui du porte-parole du Chef de l'Etat. Selon M. Ba, en visite de chantiers, il y a un satisfaisant avancement des travaux à Thiès. Les choses vont très vite s'accélérer quand, en plein Conseil des ministres, Abdoulaye Wade lui-même accuse son Premier ministre de dépassement budgétaire dans les chantiers de Thiès. Et décide de confier l'enquête à l'Inspection générale d'Etat (Ige) pour y voir clair. La mission sera conduite par Nafi Ngom Keita qui, à la fin de l'enquête, conclut en l'existence de fautes de gestion.
Wade vilipende Idrissa Seck
Armé du rapport de l'Ige, Abdoulaye Wade décide d'en finir, sans élégance, avec Idrissa Seck. En effet, le Chef de l'Etat a choisi d'étaler sur la place publique le rapport accusant Idrissa Seck de dépassement de crédit. C'était lors d'un meeting de ralliement au Pds de militants socialistes, venus de Thiès, le fief d'Idrissa Seck. A ces derniers, Abdoulaye expliquait, en ces termes, ce qui l'oppose au maire de Thiès : 'vous dites à quelqu'un de prendre de l'argent et de vous acheter telle chose pour 2 000 francs à la boutique. Il revient vous dire qu'il a pris 10 000 francs, vous êtes en droit de lui demander ce qu'il a fait des 8 000 francs restants. Voilà tout ce qu'il y a entre Idrissa Seck et moi ' leur a-t-il fait savoir. Non sans préciser que le dossier, constitué à la suite d'un rapport de l'Inspection générale d'Etat (Ige), a été transmis à la justice. Un document qui relève, selon un communiqué du ministère de l'Intérieur, 'un dépassement de 26 milliards de francs Cfa, par rapport à une enveloppe de 20 milliards autorisée par le président de la République'. La messe est dite. Idrissa Seck sera cueilli quelques jours après par les limiers, à son domicile du Point E pour être livré à la Division des investigations criminelles (Dic). Nous sommes en juillet 2005. L'ancien Premier ministre d'Abdoulaye Wade sera, par la suite placé en garde-à-vue après une perquisition à son domicile. Avant d'être accusé de détournement dans les chantiers de Thiès et d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Ceci, malgré ses dénégations : 'Jusqu'à l'extinction du soleil, pas un seul centime de détourné ne pourra m'être reproché', lance-t-il à la presse, juste avant de prendre le chemin de la Dic.
L'Assemblé nationale entre dans la danse
L'Ige dépose son rapport quelques mois plus tard et pour la première fois de l'histoire du Sénégal, ce rapport est déclassifié par décret du président de la République. Macky Sall et Cheikh Tidiane Gadio, respectivement, Premier ministre et ministre des Affaires étrangères ont été choisis pour en livrer le contenu à l'opinion nationale et aux diplomates accrédités à Dakar.
Au même moment, un dossier d'accusation confectionné est envoyé à l'Assemblée nationale. Le 3 août 2005, la représentation nationale, par une majorité de 69 députés, envoie Idrissa Seck sous la glaive de la Haute Cour de justice.
Idrissa Seck ne sera pas seul. Le nom de Salif Ba, ministre de la Construction a été ajouté sur la liste. Il leur sera reproché 'des dépassements de crédit, des détournements de deniers publics, des surfacturations, le non-reversement de taxes pré-comptées'. Pour Idrissa Seck, il s'agira 'd'enrichissement illicite via des comptes bancaires issus des fonds politiques gérés à la discrétion du président de la République et sous son expresse délégation'. Ce qui porte la somme à près de 40 milliards.
Depuis Rebeuss, Idrissa engage la riposte
C'est derrière les barreaux que Idrissa Seck organise la riposte via les Nouvelles technologies de l'information. Auparavant, le maire de Thiès a, d'abord, choisi de s'adresser aux Sénégalais, à travers un Compact disc (Cd) avant de donner, au cours d'une conférence de presse, sa version des chantiers de Thiès. Dans son premier Cd intitulé : 'Lui et Moi', Idrissa Seck révèle au grand public, les confidences du Chef de l'Etat dès leur accession au pouvoir. 'Diouf (l'ancien Chef de l'Etat, Ndlr) m'a parlé des fonds politiques et d'autres ressources. Nous en parlerons plus tard. Mais, nos soucis d'argent sont terminés', lui avait dit le président de la République. Et Idrissa Seck de poursuivre dans le Cd : 'J'ai pu en vérifier la véracité aux contacts de quelques princes et rois avant que le président ne décide que Karim Wade me remplace auprès d'eux'. Le maire de Thiès de poursuivre, citant toujours Abdoulaye Wade : 'Tu sais que même les grands bandits ont un code d'honneur, ils y tiennent toujours. Ils ne se disputent qu'à l'heure du partage du butin'.
Les observateurs avertis n'avaient jamais douté que ce qui opposait Abdoulaye Wade et Idrissa va au-delà des chantiers de Thiès et des accusations d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Il s'agit bien de fortes sommes d'argent. Et, l'inspectrice générale d'Etat, Nafi Ngom Keïta a semblé conforter leur position quand, dans une interview accordée au quotidien Wal fadjri, elle révèle qu'il 'y a de l'argent du Sénégal caché quelque part à l'étranger'. Un second Cd s'en suit, dans lequel Idrissa Seck traite son 'père' d"ancien spermatozoïde et futur cadavre'.
De la responsabilité de la justice
Idrissa Seck sera élargi, après 7 mois de détention préventive, par la volonté du Chef de l'Etat qui l'a envoyé en prison. Le procureur, maître des poursuites, n'a pas eu suffisamment de preuves contre Idrissa Seck. Voilà en résumé les explications servies par le Chef de l'Etat, interpellé sur la question, de retour de voyage en Guinée équatoriale. Ensuite, à la Haute cour de justice de mettre un terme à ce feuilleton Wade/Idy. Elle s'en lave les mains en arguant que ce sont les comptes qui constituent la pomme de discorde entre Idrissa Seck et Wade. Ainsi, des chantiers de Thiès, l'on en arrive au fonds politiques. Entre temps, Idy avait avoué avoir utilisé les fonds politiques à des fins personnelles. Se déclarant incompétent en ce qui concerne les fonds politiques, la Haute cour de justice sert un non-lieu à l'ancien Premier ministre. Passant ainsi, par pertes et profits, un dossier d'instruction dont l'unité de compte était le milliard. Le fameux 'protocole de Rebeuss' était passé par là. Désormais, Idrissa Seck est blanc comme neige ; il n'est plus coupable des accusations de prévarication, de détournement de derniers publics, etc.
Une histoire rocambolesque qui ressemble à une vaste farce de mauvais goût dont le dindon n'est autre que le peuple sénégalais.
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