Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Lancée dans la région de Kolda en janvier 2009 - L'initiative Bajeenu Goxx tarde à décoller onze mois plus tard

Issa Niang

5 Novembre 2009


Onze mois déjà que l'initiative a été lancée dans le Fouladou, mais elle ne décolle toujours pas. Certes, le comité de pilotage a été mis en place et les cinq cent cinquante femmes devant faire de 'marraines de quartier' identifier, mais l'initiative Bajeenu Goxx en est restée là à Kolda alors qu'elle a progressé à Vélingara.

Même s'il est trop tôt pour parlait d'échec patent, l'Initiative Bajeenu Goxx du chef de l'Etat, lancée à grande pompe en janvier 2009 dans la région de Kolda, a du mal à procréer 'in vitro' dans cette région. En effet, elle est toujours restée à l'état de foetus dans le Fouladou onze mois après son lancement. Mise en place d'un comité restreint de pilotage et identification de 550 femmes qui feront office de 'marraine de quartier', tel est le bilan constaté sur le terrain, onze mois après le lancement de l'initiative. Seul le département de Vélingara a vu grandir le bébé en formant 56 Bajeenu Goxx, avec l'appui de l'Unfpa.

'Nous avons mis la charrue avant les boeufs. Les femmes ne se sont pas encore appropriées l'initiative Bajeenu Goxx. Elles ont été identifiées et elles attendent depuis lors pour la formation. C'est pourquoi elles sont découragées', souligne l'agent Education pour la santé (Eps) du département de Kolda, Sékou Baldé. Il s'exprimait hier, lors de la séance de présentation des indicateurs Santé de la reproduction de la région de Kolda. Cette séance se tenait dans la région médicale, lors de la mission d'intervention et de sensibilisation contre les fistules obstétricales, initiée par l'Unfpa dans la région du Fouladou.

Le même constat a été fait par Mme Badiane Reine Marie Coly, responsable de la Santé de la reproduction (Sr) dans la région de Kolda. De son avis, il se pose un problème de financement pour la formation des Bajeenu Goxx. En réalité, ce sont les partenaires qui ne suivent pas. Cette thèse est corroborée par le médecin chef de la région médicale de la région de Kolda, le Docteur Amath Mbaye qui tente de 'panser la plaie', en soutenant que l'initiative Bajeenu Goxx ne doit pas échouer.

Disponibilité, reconnaissance par ses paires, crédibilité et confiance, autant de critères qui président aux choix des Bajeenu Goxx. D'autres critères exigent une certaine alphabétisation. Sur ce point, la région médicale de Kolda est en train de prendre en charge cette capacitation pour que les Bajeenu Goxx puissent avoir un minimum dans ce sens. La Bajeenu Goxx doit également disposer d'un téléphone portable pour qu'on puisse la joindre à tout moment et qu'elle puisse appeler en cas d'urgence.

Lancée depuis le 19 janvier 2009 à Kolda, l'initiative Bajeenu Goxx est un programme communautaire pour la promotion de la santé de la mère, de l'enfant et du nouveau-né. Pour sa mise en oeuvre, la région médicale du Fouladou est en train de dérouler cette activité en collaboration avec le Service régional de développement communautaire, la gouvernance et les autres services compétents.

REGION DE KOLDA : La stigmatisation confine les fistuleuses dans la souffrance en silence

La fistule obstétricale est considérée comme une infectieuse honteuse, dans la région de Kolda. C'est pourquoi les fistuleuses se refusent de se signaler aux soigneurs, préférant se recroqueviller dans leur souffrance. Dans la région du Fouladou, où une campagne de réparation a été lancée par l'Unfpa, seules deux cas ont été identifiés. L'une d'elles a même refusé de se faire traiter. Ce qui donne encore aux autorités médicales de la région et aux acteurs de la lutte contre les fistules obstétricales du pain sur la planche. Pour l'heure, les chirurgiens déployés dans la région pour une mission de réparation des fistules attendent la détection des cas dans la Fouladou, avant la prochaine étape de Sédhiou.

Ce cas identifié à Kolda est l'arbre qui cache la forêt. Malgré le message porté au niveau des autorités administratives et politiques, la situation reste toujours 'incomprise'. Ce n'est pas encore le rush à l'hôpital de Kolda où les chirurgiens attendent des cas à traiter.

Présentant une communication portant sur la santé de la reproduction à Kolda, Mme Badiane Reine Marie Coly a souligné le faible taux d'accouchement assisté par un personnel qualifié dans la région. Ce taux se situe dans l'ordre de 15 % au premier semestre de l'année 2008, et de 27 % dans le premier semestre 2009. Ce taux jugé faible est à l'origine des causes de fistules, car, dit-elle, un long travail sans assistance provoque une nécrose. Cette non-assistance lors des accouchements est liée à l'inaccessibilité des structures de santé. En effet, les villages se situent à une trentaine de kilomètres du poste de santé le plus proche. Ce qui décourage les femmes. A cela s'ajoute l'extrême pauvreté qui frappe les ménages dont plus de 60 % vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Ainsi, les cas de fistules obstétricales existent dans le Fouladou, mais les faire ressortir relève d'un véritable parcours du combattant. C'est pourquoi la mission de l'Unfpa a décidé de mettre à contribution les tradipraticiens pour que ceux-ci les aident à identifier les cas. En effet, la médecine traditionnelle constitue le premier recours des populations. A Kolda, les tradipraticiens reconnaissent avoir reçu des cas d'infections ressemblant à la fistule, même s'ils ne savent pas de quoi il s'agit réellement. Pour la prise en charge, les tradipraticiens affichent leurs limites, mais ils restent disposés à accompagner la campagne d'élimination, en référant 'en toute discrétion' les fistuleuses qu'ils connaissent.

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