Cameroon Tribune (Yaoundé)

Afrique: Jean Marie Gankou - « Je ferai tout pour mériter l'honneur qui m'a été fait » [interview]

Propos recueillis par Simon Pierre Etoundi

5 Novembre 2009


interview

Jean Marie Gankou, Président du Comité technique de pilotage du Fonds monétaire africain (FMA), membre associé de l'académie des sciences d'Outre-mer.

Fraîchement admis comme membre associé de l'Académie des sciences d'Outre Mer, Jean Marie Gankou, économiste et universitaire, ancien ministre, président du comité de pilotage pour la mise en oeuvre du Fonds monétaire africain (FMA), a reçu Cameroon Tribune. En attendant son intronisation officielle qui va avoir lieu dans les prochains jours en France, le néo-académicien vaque tranquillement à ses occupations au siège du FMA à Yaoundé. De son propre aveu, il se remet à peine de l'émotion suscitée par sa distinction. En recevant CT, il a évoqué son élection et la mise en route du FMA.

Vous avez été élu récemment à l'Académie des sciences d'Outre-mer. De quoi s'agit-il en réalité.

Il y plusieurs académies. Mais une académie c'est avant tout une société savante qui réunit chercheurs, scientifiques et savants d'un certain niveau. Dans le cadre de l'académie des sciences d'Outre-mer, c'est une académie qui comporte cinq sections. La première section couvre les sciences historiques, géographiques, ethnologiques et linguistiques. La seconde met l'accent sur les sciences politiques et administratives. La troisième section met l'accent sur les sciences juridiques, économiques et sociales. Une autre section s'intéresse aux sciences physiques, naturelles, biologiques et leurs applications. Et la dernière couvre le domaine de l'Enseignement, littérature, archéologie et beaux arts. L'académie des sciences d'outre-mer est différente de l'Institut de France dont fait partie l'Académie française. Toutefois, nombreux sont les savants qui ont siégé dans les deux institutions. C'est le cas par exemple de Léopold Sedar Senghor et bien d'autres. J'ai été admis au terme d'un certain nombre d'étapes de sélection très rigoureuses.

Qu'est-ce que le Cameroun peut gagner de votre élection ?

Il s'agit d'une réelle source de motivation pour moi. Et j'en suis encore tout ému malgré les jours qui passent. Mais parce ce qu'il s'agit d'une distinction prestigieuse, et au regard des personnalités illustres qui ont siégé dans cette académie, je pense que mon pays, le Cameroun est particulièrement honoré. Personnellement, je me sens tout petit par rapport à tous mes illustres devanciers au sein de l'académie. Je pense qu'au-delà de moi, c'est le Cameroun et l'Afrique qui ont été honorés. Je ferai tout pour mériter l'honneur qui m'a été fait et à travers moi à mon pays.

Lorsque vous avez appris la nouvelle de votre admission, on imagine bien que vous avez eu une pensée particulière pour quelques personnes. A qui dédiez-vous votre distinction ?

Je dédie mon élection à l'Afrique, au Cameroun et au Chef de l'Etat Paul Biya. Comme je l'ai fait remarquer précédemment, mon élection honore tout notre pays dont le prestige est conforté par l'action du président Paul Biya. J'ai aussi une pensée pour mon épouse, ma famille biologique et ma famille adoptive sans laquelle tout ceci n'aurait pas été possible. Et parce qu'il s'agit d'une distinction scientifique, j'ai une pensée pour mes étudiants et à tous les enseignants de la maternelle au supérieur. C'est un enseignant qui est honoré et à travers moi, tous ceux qui se dévouent à la formation de la jeunesse.

Au-delà de votre brillante élection à l'académie des sciences d'Outre-mer, vous êtes le président du Fonds monétaire africain. Dîtes-nous depuis votre installation qu'avez-vous fait concrètement ?

Il n'y a pas longtemps que j'ai été installé, juste quelques semaines. Les choses se mettent en place progressivement. Mais je crois savoir que très bientôt les autres membres du comité qui ont été recrutés vont nous rejoindre au siège ici à Yaoundé. La réflexion se poursuit. La mise en place de l'institution qu'est le Fonds monétaire africain va se faire en plusieurs étapes. Nous travaillons déjà sur la première phase c'est-à-dire l'élaboration des textes constitutifs. Ces textes vont être appréciés à plusieurs niveaux. Au niveau des experts et des décideurs politiques notamment. Ce n'est qu'après cela qu'on peut songer à l'opérationnalité de l'institution. Le FMA entend bien jouer son rôle de catalyseur de la politique économique du gouvernement. Mais parce qu'il s'agit d'une institution financière, sa mise en place doit être méthodique. Il faut bâtir sur du solide. Et nous allons le faire.

Néanmoins, l'opinion s'interroge sur le fait si le FMA n'est pas un nouveau « machin ». Cette méfiance se fonde sur la difficulté des Africains à se mettre ensemble

Cette inquiétude est injustifiée. La décision a été prise au niveau le plus élevé à savoir celui des chefs d'Etat. Personne ne peut imaginer que nos chefs d'Etat prennent des décisions à la légère. En tant qu'ancien acteur politique au niveau du Cameroun, je peux dire que le FMA n'est pas un nouveau « machin ». Il regroupe de nombreux pays membres du FMI. Et quand on sait qu'on n'obtient pas toujours ce qu'on veut auprès du FMI, l'institution africaine va apporter des financements complémentaires pour accompagner les pays membres. Une chose est certaine, il n'y a pas toujours l'unanimité même au sein des familles. Toutefois, je pense que les Africains sont prêts à cheminer ensemble pour assurer leur développement. Je voudrais du reste saluer ici, l'engagement du chef de l'Etat camerounais dans la mise en place de cette institution. Le Cameroun en abrite le siège qui a été grâcieusement offert par le gouvernement. C'est la traduction de l'engagement du président Paul Biya pour l'intégration africaine.

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