Gabonews (Libreville)
Mandian Sidibe
5 Novembre 2009
Libreville — A l'occasion de la deuxième et dernière journée des travaux de l'Atelier sur la promotion d'une culture d'éthique, d'intégrité et de lutte contre la corruption dans les projets financés par la Banque Africaine de Développement, organisé par la Division de l'Intégrité et de Lutte contre la Corruption (IACD) et du Bureau d'Ethique (COEO), en collaboration avec Général Business Company, le président Ali Bongo Ondimba a été interpellé par les participants, en raison de « l'opacité cancérigène qui caractérise les passations de marchés publics au Gabon », a constaté GABONEWS.
L'immixtion intempestive de la haute sphère de l'administration pour l'attribution frauduleuse et arbitraire des marchés - en utilisant le code professionnel « accord exceptionnel » - la manipulation des appels d'offres par certains agents assermentés, le manque de véritables besoins de certains biens ou services, la sollicitation des mêmes prestataires, l'altération ou la modification des offres après la clôture de celles-ci, les commissions illicites et pots-de-vin, la surévaluation des prix, l'existence de sociétés-écrans appartenant aux décideurs, le chantage, le trafic d'influence, l'abus d'autorité, la fausseté et l'incompétence de nombre d'adjudicataires ayant pignon sur roue, les contrats de gré à gré, le manque de suivi rigoureux et de sanctions, sont entre autres, les maux qui minent les passations de marchés publics au Gabon, du moins de l'avis des spécialistes et victimes conviés au séminaire.
« Pourtant, le Gabon dispose des meilleurs textes en matière de règlementation des marchés publics. Seulement, il faut avoir l'honnêteté morale et l'esprit patriotique de le dire, c'est l'application des dispositions légales qui piétine. La Direction générale des marchés publics n'est qu'une caisse de résonnance. Elle reçoit des ordres parachutés, en violation de la loi », s'est désolée Madame Suzette Nzamba, Directeur Juridique à Direction Générale des Marchés Publics, conférencière ayant déroulé sa prestation sur « l'intégrité, l'éthique et lutte contre la corruption dans les cas des marchés publics ».
D'autres orateurs se sont également insurgés contre ces pratiques, tout en militant en faveur de la sensibilisation, de la prévention, du suivi et de la répression comme propositions de solutions devant aider à réduire la fraude et la corruption sur notre continent. Messieurs Patrick Assélé (Inspecteur des finances), Marc Ona Essangui (Coordonnateur national de l'ONG Publiez ce que vous consommez), Ezzeddine Nciri (BAD), Vincent Lebondo Lemali ( Commission nationale de la lutte contre l'enrichissement illicite) et Madame Esther Onwuzuruike (BAD), se sont respectivement appliqués, au cours de cette deuxième journée d'échanges fructueux de haut niveau, à tenir en haleine les participants autour des thématiques portant sur « Comment récompenser ceux qui dénoncent la corruption », « L'engagement de la société civile gabonaise dans la lutte contre la corruption », la manipulation des appels d'offres », « Présentation de la Commission et technique de contrôle des enrichissements illicites », et «Politique de dénonciation d'abus et de traitement des griefs du Groupe de la Banque Africaine de Développement ».
Pour une meilleure efficacité de la politique de dénonciation comme moyen concomitamment dissuasif et de répressif, l'animatrice, Madame Esther, a mis un accent particulier sur la protection et la récompense des dénonciateurs, la vigilance et la vérification approfondie des informations, au risque de confondre « dénonciation et délation ». En clôturant le séminaire - qui a été hautement apprécié par l'unanimité des participants en raison de son impact escompté au Gabon - le Représentant résident de la BAD, Monsieur Boubacar Sidy Traoré, entouré du Président de la Cour des Comptes et de ses principaux collaborateurs, s'est réjoui de la qualité des échanges, du choix de sa zone par la BAD et de l'intérêt porté à l'événement aussi bien par les participants que les autorités gabonaises.
Après avoir remercié les uns et les autres pour » leur contribution de qualité à la réussite du séminaire », Boubacar Sidy Traoré a lancé un appel pressant : « J'exhorte toutes les parties prenantes des projets financés par la BAD à s'approprier les enseignements et recommandations issues de ces assises, afin de combattre efficacement les fléaux que constituent la fraude et la corruption, pour nous inscrire dans la dynamique du « Gabon émergent que prône les nouvelles autorités du pays », a-t-il insisté. Pour sa part, le Président de la Cour des Comptes, Gilbert Ngoulakia, a vivement remercié la BAD consécutivement à l'honneur fait au Gabon d'abriter cet atelier et émis le souhait que celui-ci puisse contribuer à « endiguer les pratiques malsaines dans les rapports de coopération entre le Gabon et les institutions financières internationales ».
La cérémonie a pris fin par des recommandations - synonymes d'invite, à l'adresse de la BAD et son partenaire Général Business Company, de multiplier ce genre de colloque au Gabon et d'en prolonger le délai - des prises de vues pour la postérité et un cocktail entretenu par une atmosphère de satisfaction globale.
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