Abdourahmane Sarr Gonzales
6 Novembre 2009
Accusée pour infanticide et inhumation sans autorisation administrative, Seynabou Wade devra rester dix mois encore en prison, le temps de méditer sur son acte et de compléter la peine de cinq ans de travaux forcés que la cour a prononcée. Elle peut s'estimer heureuse vu que l'Avocat général avait requis 15 ans de travaux forcés contre elle.
C'est dans la nuit du 28 au 29 août 2005 que Seynabou Wade, qui avait certainement mûri son plan, quitta son lit à la suite de douleurs abdominales insoutenables. Elle se leva sans faire beaucoup de bruit. Manque de pot pour elle, c'est sa cousine Bintou Diakhaté, son ennemie jurée, qui tomba sur elle, juste au moment où elle faisait des va-et-vient, munie de deux seaux. Seynabou et Bintou partagent la même chambre. Non loin, il y avait un sac de riz vide et tacheté de sang. Elle ébruita l'affaire au sein de la cellule familiale, précisément auprès de la grand-mère de l'accusée.
Les recherches entreprises ont finalement conduit les membres de la famille à faire une découverte macabre d'un nouveau-né enterré non loin d'un bâtiment inachevé. Suffisant pour que les gendarmes soient alertés. Seynabou a été gardée à vue pour les besoins de l'enquête, puis déférée au Parquet de Thiès.
Aussi bien à l'enquête préliminaire, chez le magistrat instructeur qu'à la cour, l'accusée a affirmé que le nouveau-né qu'elle a mis au monde n'était pas vivant au moment de son accouchement. Selon ses explications, une chute qu'elle a faite chez sa patronne l'avait mise mal en point. Toujours dans sa déclaration, elle dit avoir accouché d'une enfant sans assistance aucune.
« Je demande pardon. Et je regrette mon geste », a-t-elle laissé entendre. Entendue à son tour, son ex-amant Alé Dieng a dégagé en touche. Selon lui, ses relations amoureuses avec Seynabou avaient pris fin depuis son mariage avec une autre fille de la localité de Mékhé.
S'agissant de la grossesse de Seynabou, il a été formel : « je n'ai jamais accepté la paternité », précise Alé Dieng.
Pour l'enquête de personnalité de la jeune fille, les avis sont partagés. Tout le monde s'accorde à dire qu'elle est une fille calme, serviable, travailleuse.
Seulement, elle a toujours vécu dans un environnement hostile.
Ses tuteurs, qui savaient bien qu'elle était enceinte, n'ont jamais fait un effort pour la soutenir moralement ou pour lui prodiguer des conseils.
Le Parquet général fait ressortir quelques incohérences dans les propos de l'accusée. L'heure de l'accouchement, c'est tantôt 16 heures, tantôt 18 heures comme elle l'a prétendu, alors que l'accouchement a bien eu lieu vers minuit. Autre révélation de l'Avocat général Salobé Gning, c'est ce fameux trou de 40 cm creusé par Seynabou pour y cacher son nouveau-né.
Seynabou Wade, durant toute sa grossesse, n'a jamais daigné se présenter chez la sage-femme pour ses consultations prénatales, contrairement à toutes ses autres grossesses. Bien que le Parquet ait fait état de son enfance malheureuse et des nombreux avatars qu'elle a eu à subir. Il n'en demeure pas moins que son acte a été fustigé par l'Avocat général qui dit que l'accusée a déjà acquis de l'expérience en matière obstétricale et autres problèmes liés à l'accouchement. Pour lui, nonobstant tout ce « constat, Nabou ne doit pas être dédouanée pour l'acte très grave qu'elle a commis ».
Ainsi, a-t-il a requis 15 ans de travaux forcés à l'encontre de l'accusée.
Pour son conseil Me Souleymane Niang, Seynabou Niang mérite de larges circonstances atténuantes en raison de son existence mouvementée. Elle qui a « su faire face aux difficultés de la vie et ses effets collatéraux ». Il ajoute que l'élément matériel relatif à l'infanticide n'est pas prouvé et que par conséquent, il prend les conclusions du toubib avec des pincettes. Tout ce qu'il a demandé, c'est l'acquittement de sa cliente.
Finalement, elle a été condamnée 5 ans de travaux forcés. Elle a pris 6 mois pour le délit relatif aux infractions d'inhumation sans autorisation administrative. Et devra rester encore dix mois en prison pour compléter sa peine.
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