Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Ziguinchor - Infanticide - Rougui Diao condamnée à 5 ans de travaux forcés

Moussa Sadio

6 Novembre 2009


Reconnue coupable d'infanticide, Rougui Diao a été condamnée hier à 5 ans de travaux forcés par la cour d'Assises de Ziguinchor. Elle pourrait humer l'air de la liberté dans 19 mois, parce que placée sous mandat de dépôt depuis le 2 juin 2006.

L'Avocat général Youssouph Diallo avait requis 14 ans de travaux forcés contre l'accusée, soutenant, avec opiniâtreté, que cette dernière a accouché d'une fille qu'elle a volontairement jeté dans l'eau d'une rivière, située à 800 mètres du village de Saré Gagna où la mise en cause était mariée. C'était le 4 juin 2006 et sous le prétexte que son mari Mamadou Salif Baldé ne la considérait pas. Selon le Parquet général, la volonté qui avait animé Rougui Diao de donner la mort à son nouveau-né s'explique par le refus de son époux d'endosser la responsabilité de la grossesse dont il a, de manière constante, déclaré ne pas être l'auteur.

« L'accusée, qui est multipare (elle avait auparavant mis au monde trois enfants dans des conditions de sécurité optimales pour elle et ces progénitures) a, cette fois-ci, la délivrance proche, choisi de se retirer loin des yeux indiscrets pour accoucher », a indiqué le représentant du ministère public. « Ce faisant, a-t-il dit, Rougui a eu toute la latitude de disposer de la vie du bébé dans la mesure où, sa décision de garder le secret de sa grossesse passait inévitablement par la disparition de l'enfant dont l'existence ne devait pas être connue de sa belle famille ».

De l'avis toujours de l'Avocat général, après avoir jeté le nouveau-né dans la rivière et pour parfaire son « acte criminel », l'accusée s'est abstenue d'informer les premières personnes rencontrées en rentrant. De même que les membres de sa famille. « C'est d'ailleurs ce même dessein d'échapper à sa responsabilité pénale qui explique que, sitôt le corps de la victime découvert, Rougui Diao s'est approchée de Hiya et de Yoro Baldé (habitants du village de Saré Gagna) pour que le nouveau-né sans vie soit enterré, avant que les autorités ne soient avisées du crime d'infanticide qu'elle a commis et qu'elle avait reconnue sans ambages devant le magistrat instructeur ».

Considérant que les faits d'infanticide sont indubitables, le Parquet général a ainsi requis 14 ans de travaux forcés contre l'accusée. Mes Moussa Sarr, Mamadou Kor Sène et Kaoussou Kaba Bodian, qui défendaient Rougui Diao, ont écarté l'intention prêtée à leur cliente pour jeter volontairement son nouveau-né dans la rivière « aux fins de le faire disparaître et que son existence ne soit connue de la belle famille ».

Pour eux, Rougui Diao n'a jamais caché sa grossesse. « Elle en a même informé son mari qu'elle prétend être l'auteur, même si ce dernier a soutenu le contraire, attribuant la grossesse à un amant imaginaire ».

Les avocats de la défense ont poursuivi leur plaidoirie, en invoquant la thèse de l'accident. Comme l'avait laissé croire la mise en cause dans ses multiples déclarations contradictoires, ils ont tenté de convaincre la cour qu'après la délivrance, Rougui a posé l'enfant sur l'herbe humide qui bordait une bonne partie de la rivière pour aller chercher un pagne qu'elle avait posé à coté. A son retour, elle a trouvé le nouveau-né dans la rivière. Mes Sarr, Sène et Bodian de soutenir que l'enfant, qui était posé sur l'herbe, s'était agité et avait glissé dans le cours d'eau. Non sans déplorer l'absence de la reconstitution des faits qui, ont-ils dit, aurait permis de déterminer avec exactitude comment l'enfant s'est-il retrouvé dans la rivière. La défense a ajouté qu'aucun élément dans le dossier n'établit que l'accusée s'était rendue à la rivière pour accoucher.

« Elle était partie aux champs sur instruction de son mari qui devait s'absenter du village ce jour-là pour assister aux obsèques d'un ses frères. C'est dans ces conditions que Rougui Diao a accouché aux abords de la rivière, à 800 mètres de son domicile conjugal ».

La défense de marteler qu'on ne peut pas écarter ici la thèse de l'accident. « Même le médecin légiste n'a pu affirmer les causes de la mort de l'enfant, indiquant que c'est dû « probablement » à un traumatisme ou à une asphyxie sans les moindres précisions ».

Aussi, la défense a-t-elle demandé l'acquittement de sa cliente au bénéfice du doute. « Et dans le pire des cas, lui faire appliquer une peine extrêmement légère ». Dans son délibéré, la cour a condamné Rougui Diao à 5 ans de travaux forcés.

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