Idrissa Sane
6 Novembre 2009
Le Fonds des Nations-unies pour la population (Unfpa) a organisé un voyage d'études à l'intention des journalistes sur les Fistules obstétricales dans les régions de Tambacounda, Kolda et Sédhiou. Les acteurs s'accordent sur la nécessité d'impliquer les leaders d'opinion pour prévenir les nouveaux cas et lutter contre la stigmatisation.
Le calme règne dans les couloirs du bloc opératoire du Centre hospitalier de Tambacounda. Trois femmes sont assises sur une banquette en béton. Fatoumata Bintou Diallo est à l'extrémité. Elle a 38 ans. Elle est sans enfant. « J'ai eu 5 enfants mort-nés. Je suis exclue par ma belle-famille. Je suis victime de stigmatisation, de discrimination », confesse-t-elle.
Enveloppée dans un tissu « wax » bleu frappé de divers motifs, elle indique s'exposer à toutes sortes de commentaires dans son village. Ainsi souffre-t-elle dans sa chair. Fatoumata Bintou Diallo figure parmi ces femmes qui doivent bénéficier d'une intervention chirurgicale gratuite grâce au Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) qui supporte, depuis 2003, les frais des interventions pour ces femmes démunies. « J'attends depuis un an à Tambacounda une intervention gratuite. J'ai quitté mon village pour m'installer ici dans l'attente d'une intervention chirurgicale. Aujourd'hui, je garde espoir. Je crois qu'après l'opération, je serai guérie et je vais retrouver ma place dans la société », lance-t-elle, la voie nouée par l'émotion.
Le lendemain, nous avons trouvé Fatoumata Bintou Diallo dans son lit d'hôpital. Elle affiche bonne mine. Tout comme Soutou Kamara et deux autres femmes allongées sur leur lit. Elles sont une dizaine de femmes opérées par les docteurs Labou, Milago et Sarr.
Mais combien sont-elles les femmes victimes de fistules et obligées de cacher leur souffrance ? « Nous devons accentuer la sensibilisation, parce qu'il y a un nombre important de fistuleuses qui préfèrent rester chez elles. Ces dernières ne savent pas que c'est une maladie guérissable. Elles n'ont ni l'information, ni les moyens », soutient le médecin-chef adjoint de la Région médicale de Tambacounda, Bernadette Gning.
Ces propos sont corroborés par ceux du docteur Issa Labou. « Il y a beaucoup de tabous qui confinent les femmes dans l'isolement. Les femmes sont abandonnées par leurs époux qui sont en partie responsables de leur maladie ».Issues pour la plupart de milieux où les croyances religieuses et traditionnelles ont encore tout leur poids, la lutte contre la marginalisation de ces femmes et la prévention de nouveaux cas de fistules passent par l'implication des leaders d'opinion, les populations. « Nous devons mettre en place un comité local de lutte contre les fistules. Les chefs religieux et coutumiers doivent être impliqués. Cette bataille ne peut pas être gagnée sans l'implication des populations », avance l'adjoint au gouverneur de la région de Tambacounda, Ahmadou Bambara Koné.
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