Pape Coly Ngom
6 Novembre 2009
L'année scolaire 2009/2010 a démarré sur l'ensemble du territoire national dans un contexte marqué par des inondations. A cela s'ajoutent des séries d'innovations pédagogiques et sociales pour une gestion démocratique de l'école sénégalaise. Dans cet entretien, l'inspecteur d'Académie, Maurice Ndéné Warore, fait le point de la rentrée dans les régions de Kaolack et de Kaffrine et dégage les voies d'amélioration du taux de scolarisation qui demeure très faible dans la zone.
En tant qu'autorité académique, comment se présente le bilan de l'année scolaire dans les régions de Kaolack et de Kaffrine ?
Quand on fait le bilan d'une année scolaire, on met l'accent sur les résultats. C'est ainsi qu'au niveau du baccalauréat, nous sommes à 46% d'admis contre 36% au Brevet de fin d'études moyennes (Bfem) et 51 % pour le Certificat de fin d'études élémentaires (Cfee). Par rapport à l'année écoulée, nous avons beaucoup chuté, notamment au Bfem et au bac. Ce qui m'amène à dire que nous avons une année scolaire mitigée. Une année marquée par les grèves des enseignants perturbant ainsi le fonctionnement normal du système.
Le ministre de l'Education a fixé les droits d'inscription entre 3.000 et 10.000 FCfa dans les lycées et collèges. Est-ce que cette mesure est effective ici à Kaolack ?
Ce n'est pas une innovation, la circulaire date de l'année dernière. Elle peut être appliquée à 100 %. Ce qu'il faut comprendre par la généralisation de cette mesure, c'est que le ministre veut corriger une anarchie et des manquements notés dans le fonctionnement et la gestion de certains établissements. Et je profite de cette occasion pour demander aux partenaires surtout aux parents d'élèves que lorsqu'ils constatent des anomalies dans le fonctionnement des conseils de gestion, de les signaler au niveau de l'IA. Je privilégie la concertation, le dialogue, le partenariat que de faire des déclarations par voie de presse. Donc je précise que la circulaire du ministère est venue à point nommé et elle est applicable dans toutes les académies.
L'Académie de Kaolack fait partie des quatre régions qui ont le plus faible taux de scolarisation. Qu'est-ce qui explique cette mauvaise posture ?
Cela peut s'expliquer par le fait que nous sommes dans une région où le type d'éducation proposé aux populations ne leur convient pas. Nous sommes dans un pays composé de 90 % de musulmans et au niveau de Kaolack, l'Islam est bien implanté. Ce qui fait que dans certaines zones, les gens préfèrent l'enseignement coranique. Et c'est pourquoi nous sommes en train de tout faire pour qu'on implante le maximum possible d'écoles franco-arabes dans ces zones. Il faut dire que les gens ne sont pas réticents ni à l'école ni à l'éducation mais ils ne veulent pans du type d'école que nous leur proposons.
Lors du Crd spécial pour la présente rentrée scolaire, vous aviez proposé le trilinguisme et la multiplication des écoles franco-arabes dans les zones de résistance. Est-ce que le projet va prendre forme cette année ?
Effectivement, le trilinguisme est un « daara » moderne où on apprend l'arabe, le français et une langue nationale. C'et un projet bien lancé et le ministre vient de nommer un inspecteur chargé des « daaras ». Ce qui veut dire que les « daaras » vont de plus en plu être pris en compte par le système éducatif. De même, des écoles franco-arabes seront ouvertes dans des lieux adéquats. Nous avons demandé au ministère d'augmenter le quota des enseignants en langue arabe lors des recrutements pour pouvoir faire fonctionner les écoles franco-arabes. Ce n'est pas facile mais nous savons que c'est par là qu'il faut booster le Taux brut de scolarisation de la région.
Une analyse a révélé un déséquilibre du personnel enseignant entre les zones rurales et les zones urbaines. Celles-ci regorgent d'une pléthore de suppléants. Que faire alors ?
C'est vrai. Le manque d'enseignants dans le monde rural, n'est pas lié au fait qu'il y a des écoles et des classes fermées faute de maîtres. C'est vrai aussi qu'il existe beaucoup de classes multigrades en zone rurale, alors qu'en ville on a le double flux. La pléthore d'enseignants en ville est liée à plusieurs facteurs. D'abord en ville, beaucoup d'enseignants sont âgés et d'autres sont malades. Et n'ayant pas encore complètement atteint l'âge de la retraite, on les amène dans les écoles urbaines pour encadrer les jeunes enseignants en attendant la fin de leur carrière. Très souvent aussi, il existe des pressions sociales. Mais nous ferons tout pour minimiser la pléthore et qu'aucune classe en brousse ne soit fermée.
Il y a six mois, vous aviez entrepris quelques projets pour la revalorisation de la fonction enseignante (la journée de l'excellence, la nuit de la craie, la maison de l'enseignant retraité, etc.). Où en êtes-vous avec ces projets ?
Ces projets sont avancés cette année. Pour la maison de l'enseignant retraité, il faut dire que l'Association des enseignants retraités du Sénégal (Aes), section Kaolack, a pris la chose à bras le corps. Le terrain est acquis et les cotisations des membres vont bientôt commencer. Donc cette année, les choses vont prendre forme. La nuit de la craie va devenir la grande journée de la craie et elle sera célébrée le 19 décembre prochain. Ce sera une fête où les enseignants méritants seront honorés et les partenaires de l'école récompensés. La généralisation de la tenue scolaire est aussi en bonne voie. Déjà, cinq collèges de la commune ont acquis leurs tenues. Et avec la sensibilisation menée auprès des parents d'élèves, on parviendra à réussir ce projet. Cependant les frais de la tenue scolaire n'ont rien à voir avec les droits d'inscription, c'est une affaire des autorités scolaires, alors que la tenue scolaire, c'est l'affaire des parents d'élèves parce qu'il appartient à chaque parent d'habiller son enfant avant d'aller à l'école.
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