Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Infanticide et inhumation sans autorisation administrative : Seynabou Wade condamnée à 5 ans de travaux forcés

Sidy Dieng

6 Novembre 2009


Seynabou Wade, une jeune femme de 23 ans demeurant quartier Ndiop, dans la commune de Mékhé, a écopé hier d'une peine de 5 ans de travaux forcés. Elle répondait, devant la Cour d'assises de Thiès, des délits d'infanticide et d'inhumation sans autorisation administrative.

Les faits pour lesquels Seynabou Wade a été hier attraite à la barre de la Cour d'assises de Thiès, remontent à la nuit du 28 au 29 Août 2005. C'est à cette date que les éléments de la gendarmerie de Mékhé, après avoir été informés d'un cas d'infanticide qui venait de se produire au quartier de Ndiop, ont découvert, dans un bâtiment inachevé, le corps sans vie et couvert de sable d'un nouveau-né de sexe féminin, dont le cordon ombilical et le placenta n'étaient pas encore coupés.

L'enquête diligentée par ces éléments de la brigade de Mékhé permettra d'identifier l'auteur présumé, en la personne de Seynabou Wade, 23 ans et déjà mère de deux enfants. Une identification rendue possible grâce aux témoignages de Binta Diakhaté, une cousine de l'accusée qui partageait la même chambre qu'elle. Cette dernière a confié aux enquêteurs avoir dépassé, devant la porte de la maison, le jour de la découverte macabre, sa cousine portant deux sceaux. Mais aussi qu'elle l'a vue entrer, portant toujours les deux sceaux, dans une parcelle où se trouve un bâtiment en construction. Toujours dans ses témoignages, Binta Diakhaté fera savoir que lorsqu'elle revenue à la maison, elle a retrouvé sa cousine dans la chambre qu'elles partageaient, se tordant de douleur sur le lit et sur le plancher, il y avait un sac de riz vide tacheté de sang. Aussi comprenant de suite que sa cousine venait d'accoucher et, n'ayant pas vu l'enfant, elle se fit le devoir d'alerter sa grand-mère avec qui elle est allée dans le bâtiment où elle l'avait aperçue. Sur les lieux, elles découvriront l'enfant enterré, avant d'aviser le voisinage.

Quant à l'accusée, Seynabou Wade, elle reconnaîtra, au cours de l'enquête préliminaire, avoir accouché d'un enfant mort né et l'avoir enterré dans un bâtiment inachevé. Un fait qu'elle expliquera par le fait qu'elle avait peur de voir son oncle mettre à exécution sa menace de l'expulser de la maison familiale si elle tombait en état de grossesse Devant le juge d'instruction, Binta Diakhaté réitèrera le même témoignage. Quant à Seynabou Wade, la mise en cause, elle se rétractera partiellement, mais déclarera, en définitive, avoir enterré l'enfant à cause de la forte odeur qu'il dégageait. Mais, selon les termes de l'arrêt de renvoi, cette argumentation de la mise en cause sera anéantie par les conclusions du médecin légiste. Lesquelles conclusions établissent que l'état dans lequel le bébé a été constaté, laisse à croire qu'il était né vivant et qu'il serait mort à la suite d'un enterrement. Ce démenti de l'expert médical ajouté au fait que l'accusée a dissimulé sa grossesse jusqu'à l'accouchement, seront assez suffisants pour lui valoir un mandat de dépôt.

Devant la cour, Seynabou ne variera pas dans ses déclarations. Elle ajoutera toutefois que si sa cousine s'est mise à la charger, c'est parce qu'elles entretenaient de mauvaises relations. Quant à l'auteur de sa grossesse, elle dira que c'est le nommé Alé Dieng, père de son troisième enfant, mais qui, parce qu'il s'est marié entre temps, a refusé de reconnaître cette dernière grossesse.

Dans son réquisitoire, l'avocat général se fondera sur la constance des faits. Pour dire que l'accusée a bien prémédité son forfait. Sinon comment expliquer qu'elle ait attendu jusqu'à minuit pour aller enterrer l'enfant, alors qu'elle a accouché entre 16 et 18 h. Sans compter qu'elle est parvenue seule à creuser un trou de 40 centimètres pour y ensevelir l'enfant. Par conséquent, il demandera à la cour de la déclarer coupable et de la condamner à 15 ans de travaux forcés. Cette peine demandée par l'avocat général sera jugée trop sévère par la défense assurée par Me Souleymane Niang. Pour ce dernier, la situation de fille abandonnée par ses parents et recueillie par son oncle, avec toutes les privations et autres souffrances, peut constituer des circonstances atténuantes. En effet, dira Me Niang, Seynabou Wade n'a pas connu son père. Et à cause de ses précédentes grossesses, elle avait fini par représenter une honte pour sa famille d'adoption où elle était considérée avec mépris. C'est ce qui explique qu'elle a accouché sans assistance.

Après en avoir délibéré, la cour a jugé la dame Seynabou Wade coupable des faits qui lui sont reprochés. Toutefois, lui trouvant des circonstances atténuantes, elle ne suivra pas l'avocat général dans son réquisitoire et l'a condamnée à 5 ans de travaux forcés.

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