La deuxième édition des Journées d'excellence de la recherche scientifique et de l'innovation qu'a organisée le Minresi dans sa deuxième édition a pris fin vendredi 30 octobre à Yaoundé.
Au delà de tout le bien que la communauté scientifique et les milieux intellectuels pensent de cette initiative gouvernementale, l'intérêt qu'on porte aux Jersic est par ailleurs sorti des frontières nationales. Nous en avons pour preuve la participation physique de la diaspora et sa contribution par la remise d'un prix dit d' " encouragement ". L'implication des pouvoirs publics dans cette initiative est aussi incontestable : entre deux éditions, le gouvernement a primé la première distinction du jury passant de 5 millions en 2007 à 21,5 millions de Fcfa cette année. La détermination de Mme Madeleine Tchuinté, ministre de la Recherche à sortir ce domaine de son isolement semble ne faire l'objet d'aucun doute ; mais cette volonté à elle seule suffira t-elle pour obtenir des résultats que la recherche est susceptible de produire pour le développement attendu ?
Toute action de recherche bénéfique a des préalables ; ils sont en priorité : une définition des axes et des domaines ; des structures et des infrastructures conséquentes et adaptées de façon circonstancielle. Le Cameroun, sur ce plan, ne dispose pas d'équipements modernes comme cela se devrait ; il demeure un profond gouffre entre les trois segments pour lesquels la recherche existe : le chercheur, le segment de valorisation et les domaines d'application. En règle générale au Cameroun, les projets de recherche sont adoptés au sein des comités ministériels qui élaborent les programmes ; ceux-ci sont ensuite soumis aux rechercheurs. Le domaine de la recherche n'étant presque jamais laissé à des initiatives individuelles, il est impératif que les résultats de la recherche soient valorisés. Cette charge n'incombe pas au chercheur. Il faudrait enfin que ces résultats soient appliqués sur le terrain ; là encore, la responsabilité du chercheur n'est pas engagée.
Les relais nécessaires qui permettent à la recherche appliquée de produire des fruits utiles au développement ne fonctionnent pas comme cela se devrait au Cameroun. L'Irad de Nkolbisson et ses différentes antennes disséminées sur le territoire, le Centre de recherche d'Ekondo Titi dans le Sud ouest, les initiatives d'appui des structures telles que l'Ird ou la Gtz restent dramatiquement au fond des tiroirs et dans les chambres fermées. Les publics demandeurs ou consommateurs ont besoin d'éclairage sur les fruits de la science. Il incombe donc nécessairement aux pouvoirs publics non seulement d'entretenir des Jersic à l'intention de ceux qui ont besoin d'être stimulés pour découvrir, inventer et innover, mais il faudrait également aller vers les promoteurs de l'industrie pour les sensibiliser sur les opportunités exploitables, fruits de la recherche. Là où les relais ne fonctionnent pas, la recherche ne sera jamais opérationnelle ni porteuse.
Dans les récompenses qui ont sanctionné les Jersic 2009, Raphaël Nintcheu a remporté le prix du " Meilleur innovateur " indépendant. Sans remettre en cause les appréciations du jury à cet effet, il est tout de même curieux de constater que dans un domaine aussi pointu comme celui des technologies naissantes au sein desquelles les pays africains n'ont pas particulièrement brillé dans les inventions, on en vienne à leur reconnaître des " innovations ".Il nous semble qu'une innovation est essentiellement l'aboutissement d'un processus qui part d'un archétype ayant constamment apporté des améliorations reconnues par la communauté scientifique mondiale. Au lieu de courir après des termes empruntés pour donner l'impression qu'on est dans la modernité, il faut d'abord travailler avec nos réalités, évoluer avec elles.
Ces réalités aujourd'hui sont surtout alimentaires : comment la recherche pourrait- elle améliorer nos sols là où ils sont arides, là où il pleut insuffisamment, là où le désert fait des enjambées, là où nos cours d'eau tarissent ? Comment améliorer la qualité de notre riz, de notre banane plantain, de notre macabo ou notre de notre manioc sans recourir forcément aux méthodes décriées des Ogm ? Notre développement commence par notre autosuffisance alimentaire, puis par l'exportation de notre surplus de production. Voilà nos soucis de l'heure que les prochaines Jersic de 2011 devront intégrer dans leurs préoccupations.

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