Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Emmanuel Kabongo Malu - «La conscience historique est le moteur du développement humain »

Freddy Mulumba Kabuayi

6 Novembre 2009


interview

Kinshasa — Journaliste, universitaire et écrivain congolais, Emmanuel Kabongo Malu aborde dans cet entretien avec Le Potentiel le rôle structurant de la mémoire historique. Il explique dans les propos ci-dessous l'apathie congolaise, ses causes et ses conséquences. Selon lui, elle résulte de la violence coloniale et post-coloniale qui a inhibé la conscience historique du peuple congolais et son autonomie politique. Il invite donc les Congolais, en perspective du cinquantenaire de l'indépendance, surtout les élites politiques, à se doter d'une conscience politique autonome et nationale, dans un contexte politique international conflictuel.

Il y a un phénomène qui se passe en RDC et à Kinshasa, l'on constate que toutes les difficultés que nous avons, notamment la guerre à l'Est, mais on ne voit malheureusement pas les Congolais réagir. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi une telle apathie ? Comment les gens peuvent-ils rester comme ça dans une Nation menacée ?

C'est une question assez complexe et je pense qu'il faut y donner aussi des réponses complexes. L'apathie congolaise, c'est-à-dire l'incapacité ontologique du peuple congolais à lutter pour ses droits politiques et sociaux ou à combattre efficacement pour la Patrie, a plusieurs causes conjoncturelles.

Il y a d'abord l'absence, dans notre espace politique de ce qu'on peut appeler de vrais partis politiques, c'est-à-dire les organisations de masses qui ont pour fonction cardinale d'enseigner et de former la population à la défense de leurs droits politiques et sociaux. Parce que la fonction primordiale des partis politiques n'est pas d'accéder au pouvoir de gestion de l'Etat, mais de former la population à la culture du droit, de la justice, à la culture de la résistance et à la culture de la défense des droits humains constitutifs de l'essence même de la vie. Donc, il n'y a pas au Congo de véritables partis politiques qui assurent la pérennisation de la culture des luttes et de la résistance face aux oppressions de toutes sortes. C'est quand les populations sont formées à la résistance contre les oppressions qu'elles deviennent des militants patriotes aptes à promouvoir un leadership politique responsable.

La deuxième cause de l'apathie congolaise est que les organisations syndicales et les forces vives sont, structurellement lacunaires et par conséquent, elles ne sont pas encore capables de paralyser le système qui les victimisent et les martyrisent méchamment! Sinon, comment expliquer que les enseignants, les fonctionnaires, les militaires, les policiers qui constituent la couche salariale et humaine la plus importante et la plus déshumanisée, soient incapables de lutter pour leur droit à la vie, au salaire décent, si ce n'est que par inaptitude organisationnelle et incapacité à percevoir leur communauté d'intérêts et de destin!

Les gens oublient pourtant que la Première République a été déchue par les syndicats: ce sont les Boboliko, Kithima, c'est-à-dire les syndicalistes qui ont laminé le pouvoir de Kasa-Vubu, ouvrant la voie à Mobutu !

L' absence criante et tragique d'organisations politiques et sociales viables a pour conséquence ce formatage: un peuple congolais dépourvu d'énergie vitale et de sens de sacrifice, un peuple Congolais énergiquement léthargique, incapable de comprendre et d'exiger ses droits, même au prix de sa vie! Tout droit ne vaut que par le sang qu'on peut y verser!

Allons encore plus loin: l'absence d'organisations politiques et sociales actives, apparaît dans notre structuration fonctionnelle, comme les effets d'une cause plus profonde, plus structurelle : il y a, au Congo, l'absence tragique d'une conscience historique autochtone vivante comme invariant structurant de toute action collective dans une entité historique.

Veux-tu dire que les Congolais ne connaissent pas leur histoire ou des événements auxquels peuvent-ils se référer ?

La mémoire historique ainsi que la conscience politique autonome et autochtone qui en découle du fait de la continuité historique, est la colonne vertébrale structurante de toute société digne de ce nom : comment savoir où l'on va si on ne connaît d'où l'on vient !

C'est la mémoire historique qui façonne, formate et entretient le sentiment d'appartenance à une même patrie, entretient le fraternalisme, le patriotisme et la communauté de destin !

C'est la mémoire historique qui entretient en nous tous une obligation de responsabilité à l'égard de la patrie, terre sacrée héritée de nos ancêtres. C'est la mémoire historique qui nous rappelle que la patrie Congolaise est le fruit du sang versé par les pères fondateurs du Congo !

Que notre Congo est le prix du sang versé par Kimpa-Vita, brûlée vive, avec son bébé dans les bras, pour avoir dit non à l'oppression des négriers au 18e siècle. Le Congo, cette terre, c'est le prix du sang versé par Tata Simon Kimbangu, emprisonné trente ans durant, famille disloquée et dispersée et villages brûlés, parce qu'il a dit non à la colonisation !

Notre Congo, c'est le prix du sang de Patrice Emery Lumumba qui a dit non au néocolonialisme. Notre Congo c'est le prix du sang de Pierre Mulele tué par les laquais du néocolonialisme. La terre congolaise est le prix du sang de Mzee Laurent-Désiré Kabila, assassiné dans sa maison parce qu'il a dit non à l'exploitation sauvage de la R.D.C. par les Américains qui instrumentalisent Kagamé et Museveni pour déstabiliser l'Afrique, la dépecer en petites républiques bananières à gérer par les grandes compagnies américaines ! C'est vraiment la sud-américanisation de l'Afrique noire. Et, la République démocratique du Congo, suite à sa faible conscience historique et politique, est la première victime de la Mondialisation selon les compatriotes d'Obama.

Donc, la mémoire historique est la conscience que nous avons de ces luttes menées par les pères fondateurs de la patrie congolaise ainsi que les anticolonialistes du Kasaï, du Katanga, de l'Equateur et de la Province Orientale, etc.

Ce sont ces luttes, leurs souvenirs bien entretenus dans la mémoire collective qui nous déterminent à dire non à toutes les oppressions locales ou internationales. C'est le prix de notre sang. La patrie est le sang. Dès qu'on comprend cette équivalence, on devient historiquement conscient de ses responsabilités. On luttera alors pour améliorer sa vie et pour défendre sa patrie, sa terre, son héritage, ses droits politiques et sociaux. Cela, au prix du sang comme les géants sur lesquels nous nous sommes assis et qui ont pour noms: Kimpa-Vita, Kimbangu, Lumumba, etc.

En conclusion, l'apathie des Congolais et leur incapacité à dire non massivement aux exactions ou aux spoliations est l'effet de leur ignorance de notre histoire de luttes, de sang versé par les pères fondateurs et les patriotes congolais morts pour que cette terre nous revienne intacte, indivise que nous laisserons à nos enfants.

On a tout fait. On c'est qui ?

Quand on évoque la mémoire historique et la mémoire culturelle, cela renvoie à des problématiques de lutte pour la vie et la liberté. C'est-à-dire que quand un peuple, à un moment de son histoire, se demande est-ce que nous avons une histoire, une culture, cela signifie que ce peuple est confronté à de véritables difficultés de vie, difficultés pour la protection de ses libertés fondamentales. Cela veut dire surtout que ce peuple s'interroge et recherche ses piliers historiques et ses références pour asseoir la base matérielle de ses revendications. De ce fait, si ce peuple ignore ces bases-là, il est désorienté, déboussolé et dévitalisé, donc incapable de se mettre debout. C'est le cas du peuple congolais dans son ensemble.

La méconnaissance de nos bases historiques de luttes politiques et sociales, conduit notre peuple à la désaffection de sa patrie, de sa terre. Ce qui explique le déficit patriotique dont témoigne le peuple congolais: les étrangers envahissent une portion de notre terre, et la population locale fuie, abandonnant cet héritage millénaire! De même, les Congolais, parce qu'ils sont patriotiquement déficitaires, ils salissent leur espace de vie: ils jettent des saletés partout ! En définitive, ceux qui vont nous arracher le Congo, vont réussir, non pas parce qu'ils sont plus forts mais parce que les Congolais ignorent leur histoire, ignorent les sacrifices consentis par les pères fondateurs et n'ont, de ce fait, la détermination de nos Géants dont toute l'Afrique envie, particulièrement Lumumba.

Aujourd'hui, si Kimpa-Vita, Kimbangu, Lumumba, Kabila et Mulele reviennent à la vie, ils auront honte de leurs rejetons que nous sommes: un peuple incapable de défendre sa patrie et sa vie ! La mémoire historique est censée donner aux populations locales une base matérielle sûre relativement à leurs revendications en matière démocratique et de libertés.

D'autre part, la mémoire historique a pour fonction aussi, de doter la conscience politique nationale d'une autonomie. La conscience politique nationale est le centre d'organisation de la vie en société articulée à l'intérêt général. Quand ce centre est doté d'une autonomie, cela signifie que ce centre agit et n'agit qu'en fonction des intérêts et nécessités de vie de la population dont ce centre a le destin historique en charge. De ce fait, la mémoire historique confère à la conscience politique, donc à la classe politique dirigeante, la gestion de l'Etat en définitive, ce qu'on appelle la mission sacrée de la conservation et de la préservation de l'intérêt national. C'est-à-dire, les intérêts des gens et des personnes qui fondent la communauté nationale.

Pourtant, là aussi, la méconnaissance de nos bases de luttes est aussi très remarquable au niveau de notre classe politique. En effet, cette classe n'étant pas dotée de la mémoire historique comme continuité de la mission de prise en charge primordiale de l'intérêt national, elle se caractérise et témoigne de l'extraversion des intérêts matériels et immatériels des populations dont elle a en charge le destin historique. Ce qui explique pourquoi les gouvernants congolais, sous des fallacieux prétextes, préfèrent payer les intérêts à la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (Fmi), abandonnant à leur faim et à leurs souffrances les fonctionnaires, les militaires, les policiers, les enseignants , c'est-à-dire les organes structurants.

Nous sommes donc dans une société totalement déstructurée et désorientée. Voici donc le goulot d'étranglement : des populations incapables face à des dirigeants extravertis !

Comment s'en sortir ? Par l'appropriation collective de notre mémoire historique, laquelle va doter le peuple de sa mémoire revendicative, même au prix du sang; la mémoire historique va aussi doter la classe politique d'une conscience politique nationale, autochtone et autonome.

En effet, en situation d'autonomie, la volonté politique n'agit qu'en fonction des intérêts vitaux des peuples locaux. Voyez les Américains, les Russes, les Chinois, les Européens : ils n'agissent et ne pensent qu'en fonction des intérêts de vie de leur peuple exclusivement ! Parce qu'ils ont une mémoire historique vivante et responsable.

C'est bien beau de tenir un tel discours mais qui est responsable de tout ce gâchis et pourquoi ?

Je voudrais avant de m'appesantir sur les responsabilités des uns et des autres, expliquer comment est formatée la mémoire historique comme mémoire de luttes politiques, sociales, économiques et scientifiques.

Les premiers habitants du Congo que sont les Batwas, les Bantous et les Nilotiques vivaient comme toutes les populations primitives, sous la loi du Talion, la loi oeil pour oeil, etc. Comme toutes les populations de l'époque protohistorique, nos ancêtres se sont rendus compte que dans une société où l'on crève les yeux, se coupe les bras, -cette société finira par être habitée par des aveugles, des manchots, des unijambistes. C'est-à-dire des êtres amputés de leur force motrice. C'est pourquoi, ils se décidèrent de régler leurs problèmes par un arbitrage basé sur la justice humaine. Ils confièrent donc à quelques-uns d'entre eux, ce pouvoir d'arbitrage en aliénant leur droit naturel de règlement de conflit par la violence matérielle et immatérielle brute. C'est ainsi qu'est né le droit politique qui génère la politique comme gestion de la cité.

Le pouvoir politique est né par la volonté d'une communauté de confier à quelques-uns d'eux les moyens, la volonté de vivre ensemble et de régler les problèmes de façon pacifique.

Ce qui veut dire que le premier droit de l'homme, ce n'est pas le droit de manger et de boire, c'est le droit politique et ça le Congolais l'ignore. Cela veut dire que c'est le droit de regarder comment la cité pour laquelle vous aviez aliéné votre droit naturel, est gérée et de dire si cette cité est mal gérée, si nos intérêts de vie ne sont pas pris en charge par nos délégués, nous devons changer cette direction politique. C'est ainsi que le droit politique pour un peuple dans une démocratie est ce droit qu'a un peuple de chasser les dirigeants politiques quand ils deviennent néfastes à l'intérêt général. La conscience historique qui formate ce droit politique nous interpelle à tout moment et nous pousse à l'action.

Le deuxième droit que rapporte notre mémoire historique est notre droit suprême sur notre environnement en tant que cadre matériel de notre vie. Il n'y a pas d'histoire sans enracinement à la terre. Tout peuple historique a un environnement, une terre, une patrie où se déploient ses activités de vie. Le droit à la patrie, à la terre, à l'environnement est suprême et inaliénable.

La mémoire historique nous relate comment cette entité sociale a fait pour produire le savoir, c'est-à-dire les sciences et le savoir-faire aux fins d'une bonne prise en charge des besoins de la population à partir de son enracinement environnemental. Et ce niveau-là, c'est le niveau de la maîtrise de l'environnement parce qu'en réalité, la culture est l'interaction entre l'homme et son environnement. Cette interaction est codifiée par l'histoire.

La troisième dimension de l'histoire est de nous dire, parce que cette terre que Dieu nous a donnée n'a pas été conservée de façon gratuite, comment ceux qui ont été avant nous, se sont battus contre les animaux et d'autres peuples et comment avons-nous fait la lutte pour conserver notre terre et nos libertés? C'est cela la dimension de la mémoire historique. C'est-à-dire la dimension de dire aux gens que dans votre passé comme dans votre avenir, vous aurez des problèmes avec des gens qui viendront du dehors ou du dedans pour diminuer vos libertés, pour vous voler les terres, car elles sont l'espace vital, et comment les anciens se sont battus pour conserver cette terre et ces libertés héritées pour lesquelles nous devons nous battre aussi pour les laisser à nos enfants. Donc, ce sont ces trois dimensions de l'histoire qui constituent la mémoire historique.

De toute évidence, le peuple congolais se refuse à maîtriser ces dimensions historiques : il a abandonné le droit politique aux dirigeants politiques qui, eux-mêmes ont abandonné l'intérêt général ; le peuple congolais a abandonné son droit à la Patrie, laissant les étrangers spolier ses terres, ses ressources, oubliant le sang versé par les pères fondateurs.

Si à l'école, on n'apprend pas notre histoire. Selon vous, qui en est responsable ?

Je crois que là, il faut que je l'explique calmement. Chaque fois que dans une société, on a voulu asservir une population, la rendre incapable de comprendre ses droits et les protéger, on tue la dimension historique. Et cela ne date pas d'aujourd'hui.

En effet, pendant 4 siècles de traite négrière et 2 siècles de colonisation, les Blancs, en supériorité technique, nous ont spoliés nos terres, nos ressources et nous ont vendus comme des objets.

Et pour s'assurer de la pérennisation de cette exploitation, les blancs ont détruit notre mémoire historique en nous imposant leur histoire, en nous affirmant que nous étions des peuples sans histoire, sans passé et sans avenir. C'est le système scolaire qui a servi de cadre à cette désorientation. Et jusqu'à ce jour, nos manuels d'histoire sont amputés de nos luttes de résistance représentée par les pères fondateurs.

Mieux encore : pour nous désorienter de façon radicale, les blancs, par l'intermédiaire des ses organes de domination technique que la Banque mondiale et le FMI, imposent à nos dirigeants politiques la débudgétisation de l'école, des soins de santé, de l'armée, de la police et de l'administration qui sont de lieux par excellence de l'accroissement et de divulgation de la mémoire historique et de la conscience nationale autonome.

L'amputation permanente de notre mémoire historique a pour conséquence fondamentale la désorientation de la population : elle n'a pas de mémoire alternative, elle ne sait pas à quoi se référer pour résoudre ses problèmes présents et futurs.

Quarante ans après et bientôt l'on va fêter le cinquantenaire, il est inconcevable de tenir un tel discours.

Ce problème se pose au niveau de ce qu'on appelle la conscience héteronomique de la classe politique. Nous avons une classe politique dirigeante qui n'est pas dotée d'une conscience politique autochtone et autonome. La classe politique dirigeante depuis Mobutu jusqu'à ce jour est une classe politique qui a une conscience hétéronome, c'est-à-dire une conscience qui pratique l'extraversion des intérêts matériels et immatériels de la population. C'est-à-dire qu'elle ne tient pas compte des intérêts matériels et immatériels de la population dont elle a en charge le destin historique parce qu'elle est ignorante de l'histoire nationale.

Donc, aujourd'hui, si nous voulons changer des choses au Congo, il faut faire comme l'Algérie, la Chine, la France, etc. Il faut construire notre histoire nationale comme l'histoire de luttes contre les asservissements. C'est facile de la construire : il faut la construire sur de grands individus, de grandes personnalités représentatives, de grandes étapes dans notre lutte pour la liberté autour de Kimpa-Vita, Kimbangu, Lumumba, Mzee L.D Kabila et de Mulele. Autour de Paul Panda Fanana, Dr Numbi (le père de la Société civile congolaise), l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et de Tshisekedi pour la résistance contre des dictatures domestiques. Ce faisant, nous allons inscrire dans la mémoire collective, la lutte pour la liberté comme le moment paradigmatique de toute vie : mourir pour la liberté est le salut ; vivre en esclavage est une malédiction honteuse.

Comme partout ailleurs et sous l'inspiration de Lumumba qui disait que l'histoire du Congo va être écrite par ses fils, nous allons faire de l'histoire congolaise une matière obligatoire dans nos écoles, partant de l'école primaire jusqu'à l'université!

Et, si en plus nous faisons obligation à nos enfants de s'exprimer dans nos langues que sont le Lingala, le Swahili, le Ciluba et le Kikongo, la réappropriation historique sera rapide. Les centres de recherche doivent être ouverts pour travailler sur nos pères fondateurs et leurs actions.

Et là, c'est l'Etat qui doit élaborer ce programme ?

Non. L'Etat congolais aujourd'hui est caractérisé par une conscience hétéronome. L'Etat congolais est un Etat qui ne prend de décisions qu'en fonction des intérêts d'ailleurs. Même si vous regardez ce qu'on appelle le parlement d'aujourd'hui, toute sa production législative ne fait que donner aux étrangers la mainmise sur le Congo.

Donc, nous disons que le peuple congolais conserve son droit politique, c'est-à-dire, le droit de dire que si la cité est mal gérée et nous nous prenons en charge. Ceci signifie que nous rentrons à notre histoire auprès de tous ceux qui se sont battus dans cette histoire, à savoir : Kimpa Vita qui s'est battu contre l'homme blanc qui détruisait notre culture, leur disant que « votre religion est une religion étrangère », Lumumba qui leur a dit que « la colonisation est meurtre culturel », Mulele qui a continué le combat de Lumumba et L.D. Kabila.

De ces Géants de notre conscience historique, construire une mémoire historique Congolaise capable aujourd'hui de donner à la population la force de revendiquer ses droits et de dire que nous n'allons pas accepter une nouvelle colonisation. C'est ce qui nous manque.

Ne sera-t-il pas une occasion de constater l'échec et de poser les jalons pour s'en sortir ?

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Nous disons que pour s'en sortir, il faut que la population puisse recouvrer son droit politique. C'est-à-dire, comprendre qu'elle seule est détentrice du droit politique qu'elle délègue ce pouvoir et quand ce pouvoir ne marche pas bien, elle est dans l'obligation de le faire partir. Cette appropriation n'est possible qu'à travers l'appropriation de la mémoire histoire, la mémoire de nos Pères Fondateurs, ceux-là mêmes qui ont bravé les colonisateurs et leurs continuateurs nègres. Il faut que les congolais comprennent que la terre est sacrée et elle nous a été donnée par Dieu. Comme un proverbe malgache le dit : « la terre est l'épouse de Dieu ». Elle enterre les morts et nourrit les vivants.

Nous devons revenir à l'histoire nationale et l'Etat Congolais n'est pas censé la connaître mieux que nous. Nous la connaissons et nous devons l'apprendre à nos enfants dans la rue, partout où il le faut. Il faut que l'histoire revienne au centre de notre culture. Il n'y a pas de culture sans histoire. Les gens ont l'impression de séparer l'histoire de la culture.

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