Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Il n'a pas changé ! Le Renouveau a 27 ans.

Par Marie-Claire Nnana

6 Novembre 2009


27 ans ! Que reste-t-il d'un parcours de 27 ans, lorsqu'il est tout sauf un long fleuve tranquille, que reste-t-il de l'utopie fondatrice, des rêves prométhéens, de la rage et de la foi, des élans d'enthousiasme et de passion? Bien malin celui qui croira pouvoir répondre à la place de Paul Biya, l'homme d'Etat qui unit son destin avec les gens d'ici, un jour du 6 novembre 1982, en leur proposant de partager pour longtemps sa vision du Cameroun, le Renouveau

S'il n'y avait qu'une certitude, en ce matin du 6 novembre 1982, c'était celle-ci : le cheminement vers l'avenir serait sinueux, escarpé, abrupt. Tout, sauf linéaire. Pensez donc ! Tout était à construire, ou presque, dans cette mosaïque de langues et de tribus : la conscience d'une nation, la liberté, la prospérité, la justice, la paix, la solidarité.

Les choses paraissaient cependant bien engagées : Les Camerounais ? Fiers et entreprenants, ils étaient las d'un régime autoritaire. En outre, le pays, ce triangle niché entre l'océan Atlantique et la luxuriance équatorienne, était un vrai don du ciel : riche de ses hommes, et de leurs savoir-être et savoir-faire, riche de sa terre, de sa forêt, de son sous-sol, de ses contrastes humains et physiques. Quant à Paul Biya, pour être nouveau président, il n'en était pas moins connu du landernau politique, et apprécié pour son efficacité et sa modestie.

Et pourtant, les nuages s'amoncellent très vite : tentative de coup d'Etat, crise économique, et ses tragiques conséquences : programmes d'ajustement structurel inhumains, laissant le peuple et l'économie exsangues ; naissance d'une corruption endémique ; retour chaotique au multipartisme (villes mortes, incivisme fiscal) et enfin la crise financière et économique, dernière-née des calamités, venue donner un sérieux coup d'arrêt à la dynamique des Grandes Ambitions initiée au lendemain de la grande crise.

Le moins que l'on puisse dire alors, c'est que les 27 années du Renouveau furent bien un parcours d'obstacles, un combat incessant entre les énergies créatrices et les forces d'inertie, entre la dictature du statu quo et la rage d'avancer au péril des obstacles. Au moment de regarder le chemin parcouru, il faudrait être aveugle pour ne pas voir l'immense chantier réalisé : démocratie apaisée, état de droit, médias libertins. Mais aussi, décentralisation, modernisation du processus électoral, amorce de grands projets industriels, portuaires, miniers, énergétiques, routiers, etc. Que dire de la multiplication des écoles et d'universités, d'hôpitaux ? De l'opération courageuse, inédite en Afrique, de lutte contre la corruption ?

Des ombres, bien sûr, il y en a. Pouvait-il en être autrement, au vu des contingences économiques et politiques ? Ainsi, les infrastructures, qu'elles soient liées aux transports, aux télécommunications, à l'énergie, à l'eau, à la santé ou à l'éducation, restent globalement insuffisantes en nombre et en qualité. L'emploi, notamment celui des jeunes, est un aiguillon permanent. L'environnement des affaires demeure prohibitif pour les investisseurs, et la corruption un fléau, malgré les signaux forts émis par le Renouveau

Mais personne, sauf les utopistes, n'avait pensé sérieusement qu'une telle oeuvre puisse être achevée en une génération. Rien n'est donc compromis.

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Car, pour ceux qui ont adhéré au projet de société du président Biya, il y a 27 ans, l'essentiel est là : l'oeuvre de construction nationale est en marche. Irréversiblement. Surtout, la flamme du bâtisseur est restée intacte. Malgré les soubresauts, les revers de fortune, la violence agissante des malfaisants, la pauvreté persistante. Ce qui importe pour les Camerounais de bonne volonté, c'est que Paul Biya, lui, n'ait pas changé. Qu'il caresse encore ses rêves de Prométhée, et qu'il garde l'envie fougueuse de les réaliser, avec tous. Mais ne nous le confirme-t-il pas, dans sa lettre inédite aux Camerounais ? «Je poursuivrai plus ardemment la bataille de l'amélioration des conditions de vie, la justice sociale et la lutte contre la pauvreté. J'irai jusqu'au bout dans la recherche des solutions au douloureux problème de l'emploi des jeunes. J'irai jusqu'au bout dans la moralisation des comportements, la lutte contre la corruption et le détournement de biens publics».

Le Renouveau a 27 ans ? Oui, mais qu'en reste-t-il ? A mon sens, c'est la foi et la passion d'un homme prêt à foncer avec la même ardeur juvénile vers de nouvelles batailles. Non, il n'a pas changé !

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