Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Agriculture, mamelle nourricière

R.d. Legobo Ndongo

6 Novembre 2009


Plus que jamais, l'agriculture apparaît comme un levier qui génère la croissance économique et apporte de précieuses recettes d'exportations.

Les débats théoriques des spécialistes explorent les meilleures voies pour accéder au statut de pays développé. Mais, à la faveur des « émeutes de la faim » qui ont parcouru, comme une onde, la planète en 2007, l'agriculture s'est imposée comme le socle de toute politique de développement. Et le Cameroun ne fait pas exception. Au contraire, notre agriculture est de plus en plus sollicitée pour nourrir les bouches du pays et celles des pays voisins.

Les défis

Les émeutes de février 2008 en moins, on pourrait dire que l'agriculture camerounaise a permis de tenir la baraque, qu'il s'agisse des cultures de rente ou des cultures vivrières.

Depuis l'indépendance et longtemps avant le pétrole, le Cameroun tire l'essentiel de ses recettes d'exportation des produits de la terre. Cacao, café, banane ont ainsi permis au pays d'encaisser d'importantes recettes. D'autres produits sont venus apporter leur contribution : ananas, légumes, fleurs, etc. Pour l'essentiel, ces produits étaient destinés aux pays développés.

Mais, ces éléments masquent le rôle des cultures vivrières dans la vie du pays. La culture de la banane plantain, du manioc, du macabo, du mais, de l'arachide, des tomates et de quelques autres produits a joué un double rôle. D'un côté, la production des champs donne de la nourriture aux familles. D'un autre côté, les excédents permettent aux producteurs d'alimenter les marchés et de tirer des revenus. Les villes sont ainsi ravitaillées. L'autosuffisance alimentaire n'est certes pas acquise. Mais les besoins des populations trouvent une réponse dans les productions locales.

Les acquis

Le principal acquis de notre agriculture est la tradition agricole qui n'a été remise en cause ni par les vapeurs du pétrole ni par les mirages de l'industrialisation. Ce lien permet aujourd'hui de relancer l'agriculture. En à peine deux ans de relance de la filière cacao, le cap de deux cent mille tonnes a été franchi pour la première fois.

Une relance qui s'appuie sur la forte demande intérieure. Outre les agriculteurs eux-mêmes, la production nourrit les populations des villes. Et Dieu sait que nos villes voient arriver chaque jour de nouvelles bouches à nourrir !

Même de manière informelle, les produits de nos champs alimentent les marchés des pays voisins (Gabon, Congo, RCA, R. D. Congo, Guinée Equatoriale, Tchad, Nigéria). Certes, on peut penser que la production qui va vers ces pays prive nos marchés des produits agricoles et contribue à l'augmentation des prix. Ce pourrait être un mal pour un bien : ce sont autant de pistes pour développer notre production et nos exportations.

Les pistes

Elles sont nombreuses. Si, jusqu'ici, les regards sont restés tournés vers les marchés traditionnels d'Occident, il est temps de regarder les nouveaux pôles de consommation des produits agricoles. La Chine, l'Inde, le Moyen-Orient sont autant de chemin que pourraient prendre nos bananes, nos ananas, notre poivre, notre thé.

Autre piste à explorer, la transformation des produits agricoles. Ce qui permet de limiter la déperdition par dégradation. A condition que les quantités produites soient à la hauteur des attentes des unités de transformation. Des produits transformés et orientés vers des marchés demandeurs constituent de nouvelles sources de recettes.

Du café du Cameroun en Chine, du bon thé de Ndu en Egypte ou en Arabie Saoudite, de l'ananas en tranches sur les étals d'Alger ? Ce ne doit pas être un rêve. Juste une ambition pour l'agriculture du Cameroun.

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