H. Marie Ouédraogo
5 Novembre 2009
Après deux jours de concertations, les forces vives de Guinée ont remis mercredi dernier leurs propositions de sortie de crise à leur hôte, Blaise Compaoré. Ces revendications, jugées « à la fois constructives et intéressantes » par le facilitateur, portent sur la mise en place d'un organe de transition, la libération des détenus en rapport avec la répression du 28 septembre 2009, la restauration de toutes les libertés publiques et, surtout, la dissolution du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement), suivie du départ de la junte.
Une exigence qui n'est pas pour plaire au capitaine Dadis Camara, lequel caressait encore l'espoir de conserver la mainmise sur la transition, voire de se présenter à la prochaine présidentielle. Si la remise de ce document au facilitateur constitue le point de départ d'un hypothétique dialogue entre la junte militaire et ses opposants, son contenu démontre que les positions n'ont pas varié et que, bien au contraire, elles se sont durcies au fil des semaines : en effet, si avant la tuerie du 28 septembre dernier les forces vives demandaient seulement que Moussa Dadis Camara ne se présente pas à la présidentielle de 2010, aujourd'hui on ne parle que de démission, exigeant même qu'il débarrasse purement et simplement le plancher avec son CNDD et le reste de la junte.
Il faut dire que depuis cette journée sanglante, la Guinée, mise au ban de la communauté internationale, traverse des heures sombres, marquées par une insécurité croissante et un inquiétant déficit démocratique. En demandant à ses interlocuteurs de coucher par écrit leurs propositions, nul doute que le facilitateur entendait se donner un peu de temps et, pourquoi pas, un peu d'air pour examiner avec toute l'attention qu'il sied le mémorandum des Forces vives.
« On ne peut encore parler de chronogramme pour la transition, car ce n'est qu'une partie des acteurs de la crise qui a été entendue », a souligné mercredi soir le facilitateur. Tout le travail de conciliation reste donc à faire. Et du pain sur la planche, Blaise Compaoré en a, lui qui, dès la semaine prochaine, reçoit les émissaires de la junte afin de recueillir leurs propositions de sortie de crise.
Pas besoin d'être devin pour savoir que l'homme fort de Conakry, bien qu'acculé par les sanctions internationales, est bien parti pour vendre très cher sa reddition ainsi que l'éviction du CNDD du processus de transition. Un premier round qui s'annonce des plus délicats, tant les points de vue des deux parties diffèrent. Rarement, le docteur ès facilitation aura eu à concilier des positions aussi antagoniques. Espérons seulement qu'à l'issue de cette première phase, les protagonistes de la crise trouveront le moyen de s'asseoir enfin à la même table pour poser les problèmes et en débattre.
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