Abdou Karim Sawadogo
5 Novembre 2009
Rood Woko était ouvert hier à 7 h30 comme tous les jours, mais les boutiques sont restées fermées. Telle était la volonté de ses locataires qui en ont décidé le 4 novembre 2009 au cours d'une assemblée générale à la Bourse du travail, de baisser les grilles.
Après l'incendie du grand marché de Ouagadougou, Rood Woko, le 27 avril 2003, ces locataires ont connu une traversée de désert avant de revoir sa réouverture en grande pompe le 16 avril dernier. Malheureusement, cette euphorie sera de courte durée avec le bras de fer qui oppose les commerçants à la mairie de Ouagadougou, dirigée par Simon Compaoré. Pour que ce poumon économique retrouve ses performances d'antan, les marchands ont formulé des doléances en 16 points dont : la levée des barrières, la suppression de la zone piétonne ; revoir le positionnement des agents de la police municipale au niveau des portes d'entrée du marché ; l'instauration d'un sens unique, le retour du parking...
Les conclusions de la commission ad hoc de réflexion sur ces doléances n'ont pas résolu le problème. En effet, le représentant des commerçants, Souleymane Bandé, qui a paraphé le document, a été récusé et la fermeture des boutiques a été décidée au cours d'une Assemblée générale le 4 novembre 2009.
Hier, le mot d'ordre était suivi, Jean-Pierre Zoungrana, le seul que nous avons trouvé dans le marché, ne s'est pas embarrassé de circonlocutions : "Je n'ai pas lu l'information tôt, sinon je ne serais pas là. Simon Compaoré, à travers ses mesures, veut détruire le pays. Je suis là depuis 40 ans mais je n'ai jamais vu pareille situation. S'il ne revoit pas les choses, nous allons tous retourner à la maison et lui laisser son marché qu'il veut vendre aux étrangers".
Son camarade Lota Baguian, boucher livreur, est plus tranchant : "Nous avons fait 3 mois après la réouverture sans rien vendre, mais nous sommes restés parce que nous croyons à la grâce de Dieu. Maintenant que ça commence à marcher, Simon Compaoré décide de mettre le feu. Malheureusement, le président Blaise Compaoré n'a plus notre temps. Il ne s'occupe que des pays qui ont des problèmes ; c'est un cordonnier qui est mal chaussé. Si ça continue comme ça, nous ne serons plus avec lui en 2010", a-t-il martelé, sous les acclamations de ses camarades.
A la Bourse du travail où les commerçants se sont retrouvés par centaines pour faire le piquet de grève, c'est la satisfaction face au suivi du mot d'ordre. "Nous attendons la réaction des autorités avant de tirer la conclusion qui s'impose. Si elles voulaient avoir la preuve de notre mobilisation, elles sont bien servies". Le directeur du marché, Amadou Saoud Sondé, se veut conciliant : "Il y a eu des doléances auxquelles on est en train de répondre ; d'autres sont toujours à l'étude. Nous invitons les commerçants à faire prévaloir le dialogue, sans lequel on ne pourra rien construire ensemble".
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