Cameroon Tribune (Yaoundé)

Ile Maurice: Le Dr. Maurice Doube - « Nous comptons valoriser les résultats des lauréats »

Interview réalisée par Hugues Marcel Tchoua

6 Novembre 2009


interview

Le Dr. Maurice Doube, secrétaire général au ministère de la Recherche scientifique et de l'Innovation.

Quelle lecture faites-vous de l'organisation et du déroulement des JERSIC 2009 ?

Nous n'avons pas eu à nous plaindre. Le ministre non plus. Nous avons donc capitalisé en termes d'expérience, puisque nous sommes à la deuxième édition. Globalement, nous pensons que les choses se sont bien passées. Evidemment, nous sommes à l'intérieur de la marmite. Donc, ce sont d'autres personnes qui peuvent dire comment elles ont perçu les Jersic 2009. Et pour ceux qui ont connu les Jersic 2007, ils peuvent aussi faire la comparaison. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'en 2009 on a vu plus grand qu'en 2007, serait-ce qu'au niveau des stands. Nous avions en 2007, 87 stands. En 2009 nous en avons eu 160. Et sachant que dans chaque stand il y avait deux ou trois exposants, nous situons le chiffre de participation à environ 220 exposants. Ce qui constitue effectivement une grande gamme de produits qu'on devait montrer au public en termes de recherche. Et nous pensons que c'était bien. On pourra peut-être faire mieux la prochaine fois, mais c'était bien.

Pourquoi l'accent a-t-il été mis cette année sur la contribution des Camerounais de la diaspora et comment appréciez-vous leur implication dans la recherche et le développement du Cameroun ?

En 2007, nous voulions nous rapprocher des chercheurs privés. Car pendant longtemps, il y a eu une individualisation de la recherche. On s'occupait un peu plus de la recherche institutionnelle, à savoir les instituts de recherche, les universités, et rarement, on avait un lien avec la recherche privée en institutionnel. C'est pourquoi en 2007, nous avons organisé les Jersic pour avoir un contact avec ces nouveaux partenaires qui sont très importants dans le dispositif de la recherche nationale. Et ayant fait cela en 2007, nous avons eu de très bons résultats parce que nous avons inventorié bon nombre de chercheurs isolés, des tradi-praticiens, des innovateurs. Et on s'est dit que, ce n'est pas qu'au niveau du territoire national qu'on a des partenaires. On a des partenaires valables à l'extérieur, notamment la diaspora scientifique. Et étant donné que cette diaspora avait déjà quelques relations privées avec certains d'entre nous, nous nous sommes dit qu'on allait officialiser ce partenariat d'où les Jersic 2009 qui ont mis l'accent sur ce que la diaspora apporte au développement durable du Cameroun.

S'agissant justement de cet apport, qu'en est-il?

Ils ont apporté leur volonté d'être avec nous. Je pense que c'était cela le but principal de leur participation. Puisqu'ils venaient d'abord établir un contact avec la recherche nationale du Cameroun, avec les chercheurs du Cameroun. Ok, pas après lequel on devrait s'asseoir autour d'une table, voir ce qu'on peut faire en commun, ce qu'ils peuvent nous apporter et ce que nous pouvons leur donner en retour. Et je voudrais dire dans ce cas là que la première chose qu'ils peuvent nous apporter c'est leur savoir faire. Ils sont à l'extérieur, dans des laboratoires suffisamment avancés, bien équipés.

Pendant les JERSIC 2009, l'invité d'honneur, David Mola s'est félicité des efforts fournis par le gouvernement pour valoriser la recherche. Jusqu'où comptez-vous aller ?

Le gouvernement nous a donné une mission : celle de coordonner la recherche dans l'ensemble du territoire, la valoriser et la vulgariser pour le développement du pays. Il s'agit de développer le pays en mettant un accent sur la recherche pour le développement. Je vous donne quelques cas concrets. Premièrement il faut atteindre l'autosuffisance alimentaire dans notre pays, être capable de maîtriser la sécurité sanitaire dans notre pays. Il faut que nous puissions être capables de soigner nos compatriotes. En plus, nous connaissons les principales maladies qui nous embêtent : le paludisme, le Vih/Sida et d'autres maladies émergentes. Notre but c'est d'apporter des solutions concrètes au gouvernement en ce qui concerne le domaine de la recherche. Or vous savez que c'est la recherche qui participe au premier chef au développement d'un pays.

L'opinion publique reste toutefois assez perplexe sur l'impact des recherches et inventions des scientifiques camerounais. Que comptez-vous faire pour que ces recherches deviennent un vrai catalyseur de développement pour le Cameroun ?

Vous devez sans doute parler d'un public ignorant. Tout le monde n'est pas sensé savoir ce que le ministère de la Recherche scientifique fait s'il n'est pas dans ce domaine. C'est pour cela justement que nous essayons de mettre les découvertes à la disposition du public à travers les Jersic. Je suis sûr que vous avez déjà consommé du maïs jaune qui n'existait pas. Tout comme les ignames jaunes, les papayes solo : ce sont des fruits de la recherche. On utilise au quotidien des résultats de la recherche sans même le savoir. La recherche sur le maïs par exemple a commencé avec les Américains et puis les Camerounais ont continué. Les recherches au Cameroun devraient être un peu plus médiatisées.

Pour parler plus précisément du Cameroun, que vont devenir les recherches présentées lors des JERSIC 2009 par exemple ? Quel est l'avenir immédiat des lauréats ?

Lorsqu'on arrive à trouver quelqu'un qui a innové sur quelque chose, nous cherchons à valoriser son résultat. Il s'agit tout d'abord de protéger son invention pour que quelqu'un d'autre ne se l'approprie pas. Puis nous cherchons maintenant un partenariat qui puisse l'appuyer dans le développement de son innovation. Parce que le gouvernement camerounais, en dehors des domaines stratégiques, ne peut pas se permettre de donner de l'argent à quelqu'un pour par exemple multiplier un prototype de machine à écraser le maïs par exemple.

En attendant les JERSIC 2011 les chercheurs camerounais sont-ils en congé ?

Ils ne sont nullement en congé. Ces Jersic ont été préparés depuis 2007. De même, les chercheurs préparent déjà la prochaine édition prévue en 2011. Et au moment où je parle, beaucoup de gens ont repris leurs éprouvettes, d'autres sont rentrés dans leurs champs expérimentaux. Parce que les 20 millions Fcfa attribués par le président de la République au gagnant du Lions d'or, ce n'est pas peu. Les chercheurs sont permanemment en train de travailler.

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