Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Election présidentielle: Poursuivons, dans l'intérêt national, l'alternance, avec Laurent Gbagbo

Par Amangoua Lookensey

6 Novembre 2009


analyse

M. Amangoua Lookensey est ancien député et président d'un cercle de réflexion appelé CRABE. Dans ce texte qu'il soumet à notre lecture, il vante les mérites de l'alternance politique qui, selon lui, a des avantages salutaires pour l'équilibre général du pays.

1. Il y a alternance dans un système politique démocratique lorsque, après un ou plusieurs mandats successifs exercés sans discontinuer par une personnalité issue d'une formation politique ou d'une catégorie sociale donnée, une autre figure appartenant à une sensibilité politique ou catégorie différente accède, à la suite d'élections libres, justes et transparentes, à la tête d'une institution politique en général ou au sommet de l'Etat en particulier.

2. On peut citer comme exemples, au plan international, l'accession à la magistrature suprême du socialiste François Mitterrand en France, en mai 1981, après de longues années de règne de la droite; celle du républicain Georges W. Bush aux Etats-Unis en 2000 après 2 mandats successifs de Bill Clinton du parti démocrate ; l'élection de Yahi Boni tout dernièrement à la tête du Bénin après les dinosaures de la classe politique que représentaient Kérékou et Soglo ; et enfin celle de Barack Obama aux Etats-Unis, le premier noir américain.

3. En Côte d'Ivoire, l'alternance politique est symbolisée par l'avènement de Laurent GBAGBO, président du Front Populaire Ivoirien et homme de gauche, à la tête de l'Etat en octobre 2000 après 39 ans de régime PDCI, parti de droite et une année de transition militaire ; alternance qui ressemble étrangement à celle du parti socialiste français en 1981. Mais que peut-on tirer de ce changement historique dans notre pays ?

4. Pour certains, à la fois nostalgiques du passé, conservateurs et tenants du statut quo, le changement opéré en 2000 après un long règne au cours duquel des habitudes sont devenues une seconde nature, d'une part, le manque manifeste d'expérience des rouages de l'Etat des tenants du nouveau régime au moment de leur accession au pouvoir, pour être restés trop longtemps dans l'opposition, de l'autre, pouvait être source de remise en cause dans de nombreux domaines et conduire à terme à une instabilité généralisée, naturellement préjudiciable au développement.

5. Selon eux, il est difficile de définir des orientations dans l'ignorance du passé. Et ce n'est pas totalement faux. En effet, ceux qui ont exercé des responsabilités le savent bien. On se souvient, d'ailleurs, des nombreux atermoiements et balbutiements qui ont marqué les débuts de la présidence de François Mitterrand en France en 1981 et qui ont conduit, à la suite d'un phénomène de rejet, à la première cohabitation en 1986.

6. De même, l'épisode Carter nous rappelle également que même le pays de l'Uncle Sam n'échappe pas à ce phénomène, même si les effets négatifs de l'alternance y sont moins sensibles, en ce que dans les domaines-clés comme les Affaires étrangères, la Défense, l'Economie, les Finances, le Trésor, la règle dans ce pays est de faire appel naturellement à des hommes d'expérience quand une nouvelle administration s'installe.

7. Si ces appréhensions sont en principe fondées, on ne peut s'empêcher de penser qu'elles sont avancées aussi à des fins purement égoïstes, dans le but de perpétuer des situations de rentes et de privilèges indus. Ces sentiments sont d'ailleurs si forts que malgré les professions de foi, peu d'hommes politiques acceptent les conséquences de l'alternance.

8. On se souvient bien de ces barons du PDCI qui n'ont pas hésité à suivre en 2000 le chef de la junte, pour lui livrer le parti et lui servir le pouvoir d'Etat. Comment comprendre une telle générosité envers quelqu'un présenté à tort ou à raison par les militants, comme le bourreau de leur parti, si ce n'est tout simplement dans le but de continuer à bénéficier des avantages du pouvoir d'Etat, parce qu'ils n'avaient pas, selon eux, la culture de l'opposition. Que de prétextes fallacieux !

9. Pour les autres, c'est-à-dire les partisans du changement, la remise en cause, après de longues années de domination d'un parti est, au contraire, plutôt opportune et porteuse d'espoir. Elle permet au nouveau pouvoir de rompre dès le départ avec le confort de la pensée unique et du surplace dans lesquels tout régime tend à s'installer après plusieurs années de pouvoir, en appelant aux postes de responsabilités de nouvelles personnes, dont l'instinct et le réflexe premier seront nécessairement d'imaginer de nouvelles approches là où les vielles démarches se sont révélées infructueuses. Et cela ne peut que servir l'intérêt national.

10. Ce changement d'ailleurs perceptible au plan politique dès le retour du multipartisme dans notre pays en avril 1990, s'est amplifié considérablement après le 26 octobre 2000. D'abord, le chômage politique qui frappait une bonne partie des cadres et intellectuels du fait de la saturation des postes de l'appareil du parti unique, a été sensiblement résorbé. Ceux qui n'y avaient pas voix au chapitre, pour diverses raisons, ont pu trouver une plate-forme d'expression dans les nombreux partis qui se sont constitués et notamment au FPI, au PIT et à l'USD.

11. En outre, l'existence des partis a donné lieu à des débats contradictoires fort enrichissants qui ont permis de donner du rythme et de la vie à notre jeune démocratie. Ainsi les idées qu'on ne pouvait avancer parce qu'en contradiction avec celles des « apparatchiks du parti unique », ont eu droit de cité ailleurs. Le cas banal qui suit et qui a été vécu par votre serviteur en fournit un bel exemple d'illustration.

Dans les années 80, dans le but d'accélérer la réduction des disparités régionales, un groupe de députés a proposé, à mon initiative, l'institution d'un budget minimum d'équipement des sous-préfectures dont les ressources seraient constituées par un prélèvement de 20 % sur celles du Budget Spécial d'Investissement et d'Equipement national (BSIE) ; ce qui revenait en fait à allouer environ 250 millions de francs CFA par an à chacune des 200 sous-préfectures que comptait notre pays en 1982, soit

12. sensiblement les moyens mis aujourd'hui à la disposition des départements à travers les conseils généraux.

13. En effet pour ces députés, cette proposition, synonyme de la généralisation des FRAR était non seulement le seul moyen de doter notre pays, de manière régulière et continue, des moyens nécessaires à son équipement, mais représentait aussi et surtout une certaine façon de redistribuer, de manière plus équitable, les fruits de la croissance. Malheureusement, le président Bédié n'a même pas accepté, pour des raisons évidentes qui relèvent du parti unique, de soumettre à débat général cette proposition, soutenue par l'ensemble des députés. Triste paradoxe ! C'est ainsi qu'au fil du temps, les députés ont perdu l'espoir d'en faire un jour, une proposition de loi.

14. C'est cette idée, qui a été reformulée de façon plus complète et magistrale par le FPI dans son programme de décentralisation, pour le bonheur des Ivoiriens. Ce parti a eu le grand mérite de mettre en oeuvre cette volonté de générosité dans un monde où le centralisme, l'égoïsme l'emportent généralement sur toute idée de partage du pouvoir ou des richesses.

15. C'est le lieu de rappeler que les pays les plus développés au monde sont ceux où la démocratie et la décentralisation sont plus avancées. Ce n'est pas le fruit du hasard. Si certains pays et non des moindres (Etats-Unis, Allemagne, Suisse) sont nés dans un système décentralisé, d'autres comme la France, bien connue pour son jacobisme viscéral, ne sont venus à la décentralisation qu'en 1982, sous l'impulsion du Parti socialiste, après la victoire de François Mitterrand.

16. C'est pourquoi, on peut affirmer sans risque de se tromper, que les efforts colossaux de développement et les progrès considérables réalisés par les Français depuis ces vingt dernières années ont été largement favorisés par la décentralisation, méthode de gestion qui, généralement, permet une meilleure expression et prise en compte des aspirations profondes tant des militants des partis que des populations en général.

17. De même, l'élargissement et le renouvellement de la classe politique qui accompagnent généralement l'alternance, contribuent nécessairement à renforcer les capacités de l'ensemble de cette classe. D'abord au plan des partis, signalons que les appareils des partis significatifs mobilisent globalement aujourd'hui, trois fois plus de cadres politiques qu'à l'ère du parti unique, tant au niveau des structures centrales, fédérales ou départementales qu'au niveau des structures de base.

En outre, des partis significatifs comme le FPI à qui il manquait cruellement des cadres rompus à la gestion des affaires publiques, car enseignants en majorité, ont pu combler ce retard par l'expérience acquise au forceps dans les services de l'Etat et

18. disposent aujourd'hui, à tous les niveaux, de ces ressources humaines indispensables à la conduite des affaires de l'Etat, dans l'intérêt bien compris de notre pays.

19. Par ailleurs, l'alternance présente, pour la classe politique, des avantages salutaires pour l'équilibre général du pays. En effet, si le parti qui a perdu le pouvoir comme le PDCI espère un jour y revenir, il lui faudra s'éloigner des certitudes fallacieuses dont il se nourrissait pendant l'exercice du pouvoir pour se mettre à l'écoute des populations et mieux comprendre leurs problèmes. Ainsi s'offre à lui une chance de régénération, à travers ceux qui, à l'intérieur du parti, avaient été muselés et qui pour se faire entendre, avaient décidé de porter des courants particuliers, comme les Rénovateurs. Toute cette remise en ordre est naturellement salvatrice aussi bien pour le parti que pour le pays.

20. Enfin, parce qu'elle permet aux populations de vivre des expériences différentes en matière de commandement, de gouvernance et de leadership en termes de capacité de gestion et de qualité de la vie, l'alternance apparaît comme la seule voie susceptible de conduire à terme à un choix conscient. En effet, dans un système démocratique comme le nôtre où les populations, du fait de l'analphabétisme, n'ont ni une ouverture ni un accès faciles à l'information de base, le choix basé sur l'exemple et la comparaison que permet l'alternance, présente une garantie supplémentaire de qualité. Elle permet ainsi de rectifier ne serait-ce qu'a posteriori, les insuffisances du régime précédent.

21. En la matière, les populations, loin des idées préconçues, stéréotypées, des préjugés du passé, ont aujourd'hui, une meilleure idée de tous ceux qui aspirent à nous gouverner, car tous ont exercé des responsabilités par le passé. Tout le monde sait que c'est par son humilité, sa simplicité, son honnêteté et son goût maladif de la vérité que Gbagbo Laurent est jugé le plus proche des populations, le plus rassembleur. On sait également que c'est par son sens élevé de la générosité, de son lien quasi inexistant avec l'argent qu'il est le plus apte à mener la lutte contre la pauvreté et à combattre la corruption. C'est par son attachement à la population dont il se sent membre à part entière qu'il a doté les forces de défense et de sécurité de la capacité nécessaire à la protection des personnes et des biens.

22. Ainsi, avec Laurent Gbagbo, on découvre qu'un Président, fut-il le premier magistrat du pays, n'est ni un messie, ni un génie, ni un «prince» encore moins un sorcier, mais simplement un Ivoirien comme les autres qui connaît son pays, son peuple et son histoire, pour l'avoir parcouru de long en large et pour avoir séjourné et dormi dans la plupart de ses villages. Un citoyen transparent que les populations connaissent bien, car proches d'elles pour avoir partagé avec lui des nuits.

On peut donc affirmer, à la suite de tout ce qui précède, que l'alternance, qui génère nécessairement un mécanisme de régularisation, est un passage souhaitable voir obligé, dans la vie d'un système démocratique et doit être encouragée et soutenue

23. dans la mesure où ce soutien ne profite ni à une personne ni à un parti politique, mais à l'ensemble du système politique et en fin de compte au pays tout entier, de manière générale.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2009 Notre Voie. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Côte d'Ivoire

Rubriques