Fasozine (Ouagadougou)

Madagascar: Une caresse dans le sens de la paix

Serge Mathias Tomondji

8 Novembre 2009


Ça y est, la Grande Ile sort de sa torpeur politique et de sa léthargie institutionnelle. Après moult tergiversations, entre claquements de portes et positions intransigeantes, le quatuor de bretteurs qui menait la danse infernale du partage du pouvoir à la tête de Madagascar, a fini par trouver la note de la conciliation...

La crise politique aura duré dix mois. Mais, alors qu'on s'y attendait le moins, les quatre protagonistes de la crise malgache ont conclu, dans la nuit du vendredi 6 novembre 2009, un accord sur le partage du pouvoir. Un accord signé dès le lendemain, qui porte sur la constitution d'un gouvernement d'union nationale, et au terme duquel un «conseil présidentiel» conduira les affaires de la Grande Ile, jusqu'à la tenue, en 2010, d'élections générales.

Ainsi, flanqué de deux co-présidents, issus des camps de marc Ravalomanana et de Albert Zafy, le jeune Andry Rajoelina continuera de tenir les rênes de la présidence à la tête de la Haute autorité de transition (HAT). Pendant ce temps, il reviendra à un partisan de Didier Ratsiraka d'assurer les fonctions de Premier ministre. Ainsi, chacune des couleurs qui se disputaient la légitimité du pouvoir dans le jeu politique malgache devenu trouble, se voit-elle partie prenante dans la sortie de la crise, par une participation effective à l'exercice du pouvoir. Un équilibre diplomatico-politique arraché de haute lutte par le pool de négociateurs et de médiateurs qui caresse, depuis un certain temps, Madagascar dans le sens de la paix...

Ainsi que l'on peut en juger, il s'agit d'un attelage à la fois complexe et millimétré, dont on ne peut, pour l'heure, préjuger de la réussite, dans la concorde retrouvée, d'un plan partagé pour tourner les pages sombres de la crise politique qui sévit à Madagascar. Car, en réalité, tout n'est pas, tout n'est plus dans le compromis politique d'aujourd'hui, mais plutôt dans la capacité de chaque camp à en faire un véritable levier pour conquérir le pouvoir, tout le pouvoir, demain. Une fois le combat à fleurets mouchetés que constitue la transition passée, les camps rivaux sortiront sans doute, cette fois-ci, sabres et épées démouchetés, pour l'ultime bataille des urnes. Il faut donc espérer qu'en toutes circonstances, force reste au bulletin de vote et que le résultat des urnes s'impose à tous.

En attendant, on a certainement bien des raisons de saluer cette composition hétéroclite, appelée à gérer les affaires de l'Etat, dans un esprit de consensus et de paix. Et si j'applaudis la conclusion de cet accord pour en avoir appelé personnellement, à plusieurs reprises, à sa concrétisation, je ne reste pas moins quelque peu sceptique quant à la tenue correcte de sa feuille de route. A l'appui de mes doutes, le précédent béninois, qui a vu, entre 1970 et 1972, l'expérimentation d'une formule similaire, justement parce que les différents clans politiques restaient en désaccord permanent, au point que l'un quelconque d'entre eux ne pouvait gérer le pays sans les autres. Du moins, ainsi avait-on diagnostiqué le mal de «l'enfant malade de l'Afrique», à l'orée des années 1970.

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Pour mémoire, le... conseil présidentiel mis alors en place au Bénin, et constitué des trois personnalités politiques fortes du moment - Hubert Maga, Justin T. Ahomadégbé et Sourou Migan Apithy, qui devait le présider pendant deux ans - fit long feu. En passant le témoin à Justin Ahomadégbé, le 1er août 1972, fête nationale du pays, au terme de ses deux années de présidence à la tête de ce que Mathieu Kérékou, le putschiste du 26 octobre 1972, appellera plus tard le «monstre à trois têtes», Hubert Maga ne se doutait certainement pas que cette expérience allait tourner court. Le conseil présidentiel a fini de vivre dès lors que les militaires ont finalement décidé de mettre bon ordre dans toute cette «pagaille», à

travers un coup d'Etat salué par tous.

Evidemment, dans le cas malgache - et cela ne m'a nullement échappé - à l'inverse de ce lointain exemple béninois, il ne s'agit que d'une situation ponctuelle pour passer le cap de la crise, afin que dans une démarche consensuelle, le pays retrouve enfin la sérénité constitutionnelle. Mais il est souvent utile de remettre l'histoire en scène pour réécrire les actes du présent et du futur. Gageons donc que

Madagascar saura éviter les pièges du passé, pour s'inscrire résolument dans la dynamique de la paix, de la démocratie et du développement. C'est tout le mal que je souhaite à cette terre africaine, qui a encore fort à faire pour sortir de l'auberge.

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