Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
8 Novembre 2009
Après sa visite au pas de charge à Conakry, le 5 octobre 2009, le facilitateur dans la crise guinéenne a commencé le 3 novembre 2009 à tendre l'oreille aux frères ennemis de ce pays. Les représentants du Forum des forces vives de Guinée (FFVG) ont donc pu échanger avec le président burkinabè sur leurs revendications matricielles pudiquement appelées propositions. Elles tournent autour d'une triplicité politique : le Conseil national de transition (CNT), l'éligibilité et le chronogramme du processus électoral. Le chef de l'Etat du Burkina Faso a d'ailleurs exigé que les FFVG les consignent dans un mémorandum qu'il a réceptionné le 4 novembre dans la soirée.
Fin du premier round. En principe, c'est demain mardi 10 novembre 2009 qu'il devra en faire de même avec les missi dominici du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Fidèle à une procédure qui pourrait faire école dans la sous-région, en appliquant « sa méthode », le docteur ès crises qu'il est en passe de devenir, Blaise Compaoré va également demander à la junte de lui rendre par écrit ce qui bouillonne dans ses tripes. Cependant, la discipline étant l'âme de toute armée, même si en Guinée ce ciment est ce qui manque le plus, on ose espérer que les envoyés spéciaux des militaires seront dûment mandatés pour faire le déplacement de Ouagadougou. Ce qui ne fut apparemment pas le cas avec les Forces vives qui ont rappliqué dans la capitale burkinabè en surnombre, tout en multipliant les esclandres.
Etonnement, humour, voire agacement, ce sont quelques sentiments qui ont animé ceux qui ont vu la totalité des délégations du Forum des forces vives de Guinée (FFVG) déferler à l'hôtel Laico de Ouaga 2000... comme s'ils venaient à un meeting. Encore que certains partis dits « cabine téléphonique » ont souvent du mal à rassembler pareil monde. Certes, et comme son nom l'indique, les Forces vives sont un creuset de tous ceux qui ont dit NON au pouvoir kaki installé à la tête de la Guinée depuis le 23 décembre 2008, lequel a désormais, en attendant les résultats des enquêtes des commissions, le massacre d'une centaine de Guinéens sur la conscience. Mais tout de même !
Ces mandataires des FFVG étaient 70 ! Oui vous avez bien lu. 70 personnes venues pour discuter avec le facilitateur. Il y avait les leaders habituels des formations politiques et syndicales, plus une foultitude d'autres présidents de partis et de la société civile. Et d'autres qui se disent assez représentatifs ont tenu à être présents à ces pourparlers. Bref, une foule ingérable, même pour le médiateur.
Ce manque de tamis dès le départ a contraint les Forces vives à faire le tri au palais présidentiel de Kosyam. Au départ d'une vingtaine dans la salle polyvalente, 13 in fine auront représenté ces Forces vives pour cette réunion de prise de contact avec le facilitateur.
Un premier clash qui a étalé au grand jour les divergences qui minent les opposants guinéens. Ainsi a-t-on vu par exemple un Lassana Kouyaté (ex-Premier ministre), ou le richissime Mamadou Sylla être refoulés ce jour-là. Si le premier a préféré quitter précipitamment le Burkina Faso, le second est resté, quitte à s'informer à partir des coulisses. Le pire était d'ailleurs à venir en ce qui le concerne, puisque lors du déjeuner du jeudi 5 novembre 2009, une grave altercation l'a opposé à Sidya Touré.
Alors que ce dernier était en train de prendre son dessert, le patron de FUTURELEC Holding s'est mis à vociférer en l'insultant comme du poisson pourri et en jurant de le « détruire ». Celui qui fut libéré de prison en 2007 par le président Lansana Conté en personne en veut à Sidya, qui aurait dit des choses fausses sur lui. Ambiance !
Ce premier round guinéen aura en tout cas donné lieu à un joyeux raffut et il faudra mieux, à l'avenir, discipliner tout ce monde car ce serait le comble que survienne une foire d'empoignes, lors des face-à-face représentants Forces Vives-CNDD. Tant les rancoeurs sont recuites.
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